France, 2018 : 1 700 opticiens se sont coordonnés pour entacher la « e-réputation » de l'association UFC-Que Choisir.

« Comme un cri de colère, il n’aura fallu qu’un week-end à vos confrères pour faire descendre en flèche la « e-réputation » de l’association UFC-Que Choisir  » écrit L’Acui’Post, lettre d’information d’Acuité.fr, « le portail des décideurs de l’optique  ». À l’origine de ce cri de colère, il y a un comparateur en ligne préparé par l’association de consommateurs qui, par cet outil, a mis en lumière un écart souvent incompréhensible dans la tarification pratiquée par les commerçants.

Ensemble, ils visent une étoile

Piquée par ce qui s’apparenterait à une « stigmatisation des professionnels  », la profession a répondu sur Internet en mettant en œuvre une campagne que l’on pourrait assimiler à un Raid tel que les menaient les adolescents du site jeux-video.com.

L’objet de cette mobilisation en ligne était d’entacher la réputation, dans les notes accordées par les internautes sur Facebook, de l’association de consommateurs. Acuité.fr résume :  « Au total, la page Facebook de l’UFC-Que Choisir compte à ce jour près de 1 900 avis dont 1 700 d’une étoile et accompagné de commentaires qui défendent la profession d’opticien-lunetier  ».

CC. Andrew Jasso

La sidération est encore nette du côté de l’UFC qui rappelle auprès de Numerama n’avoir jamais vu de telle réaction au cours des différentes affaires qui ont pu l’opposer à des commerçants. Dans un article, l’association se voit contrainte de rappeler que son outil, loin d’être une campagne pour discréditer les opticiens, vise à «  aider les consommateurs à situer le tarif d’un devis par rapport aux prix constatés sur le marché  »

En outre, il est difficile de comprendre l’intérêt de cette grogne numérique. La note Facebook de l’association n’a aucune emprise sur son travail et sa réputation, celle que lui octroie les consommateurs et adhérents. Cette modification volontaire de la note n’aura en outre pas survécu longtemps : l’UFC a réussi, grâce à l’aide ses adhérents, à remonter rapidement cette note de confiance. À l’heure où ces lignes sont écrites, l’UFC voit sa note de cinq étoiles être de nouveau affichée sur sa page Facebook.

Bombe à reviews

Une histoire moderne sans conséquences, mais qui raconte quelque chose de l’époque. Comme le souligne France Inter, le review bombing, action organisée de trafiquer une note sur Internet, a plus que jamais le vent en poupe. Opticiens, militants politiques, restaurateurs, la mode est à l’influence de ces notes plus ou moins importantes pour leurs business respectifs. Dans le cas de la restauration, l’article de Vice racontant la naissance du (faux) meilleur restaurant de Londres sur TripAdvisor donne à voir ce monde de notes absurdes.

Le journaliste à l’origine de The Shed, le restaurant fictif, était auparavant payé pour écrire de fausses critiques culinaires pour le compte de restaurateurs. Il a, pour Vice, décidé de donner à ce business de la fausse note un tournant inédit. Son expérience, longue et particulièrement documentée, a produit une arnaque incroyable dans laquelle le jeune homme est parvenu à maintenir l’illusion de l’existence d’un restaurant fictif dans la banlieue londonienne des mois durant. Inventant ainsi un lieu couru par tous les londoniens sans qu’aucun client ne s’y soit jamais rendu.

Facebook, dans le cas de l’UFC, a dû procéder à un nettoyage des évaluations, comme TripAdvisor qui rappelle, auprès de Vice, que la grande majorité de la fraude qu’elle combat est générée par des « fraudeurs qui sont surtout impliqués à manipuler la note de véritables établissements, » ajoutant, que c’est contre cette fraude qu’elle s’est armée de technologies « de pointes  ».

cette étonnante idée que les notes définissent le réel

Il apparait qu’aujourd’hui, toutes les entreprises du web ayant adopté la mode de la notation sont contraintes de lancer des larges campagnes pour lutter contre ce mensonge insistant des internautes. Amazon a ainsi fait de la lutte contre les faux avis une priorité : le géant est allé jusqu’à traîner en justice des sites spécialisés dans la création de faux avis (sic).

Évidemment, un monde sépare les querelles d’opticiens de celle des restaurateurs, pourtant, au cœur de leurs déboires sur le web, il y a cette étonnante idée que les notes définissent le réel et que le mensonge est comme intrinsèque à l’idée que nos congénères se font des avis en ligne.

La chute de cet article pourrait bien entendu être une référence à Black Mirror, mais nous préférerons penser à ces opticiens, dans la fleur de l’âge, qui ont passé un weekend entier à rédiger des messages tel que celui-ci « amis, famille, connaissance, clients : faites le savoir autour de vous, il faut dénoncer l’enquête de l’UFC !  ».

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