La Commission européenne chercherait à étayer les proches faits à Google Shopping, pour mieux défendre son dossier en justice, au risque de perdre encore quelques mois avant d’infliger une amende record.

Google a droit à un délai supplémentaire pour répondre à la Commission européenne dans le cadre de la procédure en abus de position dominante ouverte en avril 2015, qui cible son service de comparaison de prix (Google Shopping). L’entreprise américaine, qui risque une amende record d’environ 3 milliards d’euros, a un peu plus de trois semaines pour affiner sa stratégie de défense.

Ses réponses sont désormais attendues pour le 7 novembre 2016.

L’exécutif européen, qui fait office de gendarme de la concurrence au niveau de l’Union européenne, reproche en particulier à Google son comportement de bulldozer pour imposer le comparateur de prix Google Shopping auprès des marchands et des consommateurs au détriment de la diversité des comparateurs. Il serait typique d’un abus de position monopolistique.

Démontrer qu’il y avait là un plan stratégique et non pas de simples coïncidences

Parce que Google représente plus de 90 % des recherches des Européens, les comparateurs indépendants comme Le Guide, Kelkoo, Twenga ou AchetezFacile étaient dans les faits très dépendants de leurs positions dans les pages de résultats de Google. Or quelques mois avant de lancer Google Shopping en Europe, Google a commencé à déclasser les pages issues des comparateurs au nom d’une plus grande « qualité des résultats » proposés aux consommateurs.

Il a ensuite proposé à tous les marchands le référencement gratuit sur Google Shopping, lequel était mis en avant sur Google, cette fois sans ce soucier de la « qualité » qui était parfois (voire souvent) moindre que sur les comparateurs concurrents. Lorsque ces derniers ont perdu de leur influence et lorsque les marchands sont devenus davantage dépendants de Google Shopping pour acquérir des clients, Google a rendu payant le référencement.

Sur la droite, les résultats issus du comparateur Google Shopping.

Sur la droite, les résultats issus du comparateur Google Shopping.

Toute la procédure de la Commission européenne consiste donc d’une part à démontrer qu’il y avait là un plan stratégique et non pas de simples coïncidences et d’autre part à démontrer que Google est bien, juridiquement, en position dominante sur le marché des comparateurs de prix.

C’est ce que le complément des griefs chercherait à étayer, puisque la défense de Google consiste à dire que l’environnement web a changé et qu’il faut prendre en compte la puissance de plateformes comme Facebook, Amazon ou Twitter, et pas seulement les moteurs de recherche. La Commission a donc envoyé un questionnaire complémentaire aux plaignants pour leur demander d’apporter plus d’éléments communicables à Google, notamment sur la perte de chiffre d’affaires induite par l’arrivée de Google Shopping et la manière dont il est mis en avant.

La bonne nouvelle, c’est donc que la procédure suit son cours et est prise au sérieux par Bruxelles qui s’intéresse par ailleurs à la manière dont Google utilise Android comme cheval de Troie (à la manière de ce que Microsoft avait fait avec Windows et Internet Explorer). La mauvaise nouvelle, c’est que la procédure complémentaire impose que Google puisse y répondre et donc qu’elle recule encore de plusieurs mois la sanction très attendue par les professionnels et surtout les mesures obligatoires que Google devra mettre en place pour ne plus abuser de sa position dominante.

(article mis à jour avec l’extension du délai donné à Google pour répondre à Bruxelles)

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