Certains prétendent le Bluetooth prêt pour tous les usages. En réalité, sur une platine, le choix semble singulier et inflige de sacrifier en partie la qualité audio. Mais à côté, cela donne l'occasion de jouer avec vos vinyles pour un prix très nettement réduit. Alors pourquoi pas ?

Le Bluetooth, grâce à certains codecs comme l’Apt-X aujourd’hui répandu, atteint désormais un débit convenable pour la musique. Le format susmentionné permet théoriquement d’exploiter une bande passant de 350 Kbits/sec : nous sommes encore loin du Graal audiophile, mais la définition s’approche de cette drôle de notion de qualité CD. Notons qu’un codec, assez rare malheureusement, le LDAC, atteint une qualité lossless (16 bits / 44,1 kHz maximum).

L’honneur serait ainsi sauf et le Bluetooth prêt à tous les usages. Si bien que dans la Hi-Fi, cette liaison sans fil pourrait se démocratiser… C’est du moins le discours en vogue.

La dernière tentation, qui, sans faire des émules, commence à intéresser, serait la platine que l’on relierait par Bluetooth à ses enceintes. Pour le néophyte, l’idée est plaisante : l’objet du siècle dernier se débarrasse de ses fils, son ampli, et de ses grosses paires d’enceintes pour coller à la modernité. Pour le puriste, l’idée peut sidérer : autant écouter YouTube sur une enceinte Bluetooth bas de gamme à ce compte là.

Sillons sans fil

Pro-Ject Phono Box E BT

Et pourtant, le très sérieux autrichien Pro-Ject a jeté le préampli (phono) dans la marre audiophile. La marque a dévoilé une édition de sa Phono Box nommée E BT, pour répondre à la demande croissante d’une introduction facile au monde du diamant.

Le petit pré-ampli, connu des débutants pour son prix serré et une qualité convaincante, peut donc désormais émettre un signal Bluetooth en convertissant un signal analogique entrant. En somme, n’importe quelle platine — même vieille de cinquante ans — pourrait dès lors faire vibrer le dernier gadget Bose ou JBL. Et cela, pour 119 €.

Ion Air LP System

L’aventure de la platine en Bluetooth n’est pas inédite : des constructeurs peu regardant comme Ion, que l’on ne recommande pas vraiment, avaient déjà introduit l’idée sur un ampli intégré à l’une de leurs platines d’entrée de gamme, la Air LP System.

Sacrifice de la qualité ?

Mais ce concept titille le passionné : pourquoi s’embêter avec une platine et des vinyles, pour transmettre à une enceinte Bluetooth, même excellente, un signal rabougri ? Là, certains répondront, sans doute pas à tort, que dans le cas d’une installation compatible Apt-X : la qualité atteint une qualité satisfaisante pour des nombreuses oreilles.

Or, et c’est peut-être là là l’argument de ce type de matériel : pour débuter dans les platines, les coûts peuvent paraître disproportionnés à l’heure où un smartphone et une enceinte à moins de 200 € donnent l’impression d’une expérience sonore convenable.

Pour la platine, il faut penser ampli, bien souvent pré-ampli, et haut-parleurs. Il s’agit alors de créer un ensemble cohérent que nos parents appelaient la chaîne, un concept qui semble disparaître alors que les barres de son remplacent les home-cinema et que les enceintes connectées volent la vedette aux enceintes colonnes. Et pourtant, dans cette transition vers un nouveau monde, la qualité sonore est sacrifiée pour le confort.

Si cette évolution vous indiffère, ou bien même que vous avez une platine qui traîne dans la cave mais que vous ne comptez pas investir dans un ensemble coûteux, le Bluetooth pourrait faire sens. Ne nous invitez pas à une soirée vinyle dans ces conditions là, nous nous moquerions, mais pourquoi vous empêcher de faire revivre des galettes que vous n’écouteriez sinon plus du tout ?

Après tout, le matériel d’aujourd’hui n’est que rarement compatible phono, alors pourquoi ne pas vous faire plaisir tout en sachant que la sacro-sainte qualité du vinyle sera, un peu, sacrifiée ? Nous ne sommes pas si puristes.

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