Face au tollé suscité par la suspension temporaire du compte de l'actrice Rose McGowan, qui dénonçait le silence d'Hollywood autour de l'affaire Weinstein, Twitter a tenu à expliquer sa décision. Au moment même où la plateforme est menacée d'un boycott de ses utilisatrices ce vendredi 13 octobre, porté par le hashtag « #WomenboycottTwitter ».

Twitter a-t-il tenu à calmer le mouvement de protestation en train de gagner sa plateforme ? Ou faut-il voir un simple hasard de timing dans la publication de ses explications sur la suspension temporaire de l’actrice Rose McGowan, qui s’était lancée, ces derniers jours, dans une dénonciation du silence d’Hollywood au sujet de l’affaire Weinstein, le producteur accusé d’avoir violé et agressé sexuellement de nombreuses femmes depuis plusieurs décennies ?

Jeudi 12 octobre, Kelly Ellis, une ingénieure — qui a témoigné l’an dernier sur le harcèlement dont elle a été victime sur le réseau social — a initié le hashtag « #LesfemmesboycottentTwitter », appelant les utilisatrices de la plateforme à la boycotter ce vendredi 13 octobre « en solidarité avec Rose McGowan et toutes les victimes de harcèlement et de haine que Twitter échoue à protéger ».

« Nous n’appliquons pas les règles de manière sélective »

Plusieurs célébrités féminines comme masculines — d’Alyssa Milano à Jeffrey Wright — ont repris le hashtag en soutien. Moins d’une heure plus tard, Twitter s’est fendu d’une explication sur la suspension de 12 heures de l’actrice au franc-parler : «  Nous sommes en contact avec les représentants de Mme McGowan. Nous tenons à préciser que son compte a été temporairement suspendu car l’un de ses tweets contenait un numéro de téléphone privé, ce qui contrevient à nos conditions d’utilisation. Le tweet a été supprimé et son compte a été débloqué. »

La plateforme promet en outre de se montrer « plus claire au sujet de ces décisions et règlements à l’avenir », tout en affirmant soutenir «  les femmes et hommes courageux qui utilisent Twitter pour partager leur vécu ». De son côté, Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter, a reconnu que la plateforme devait encore s’améliorer pour « montrer que nous n’appliquons pas les règles de manière sélective », ce qui lui est souvent reproché, comme cela a été le cas récemment avec Donald Trump.

L’appel au boycott féminin de Twitter a aussi donné lieu à certaines interrogations jusque chez les soutiens du mouvement. La réalisatrice afro-américaine Ava DuVernay, a ainsi regretté que cette mobilisation n’ait pas eu lieu avant : « J’appelle aussi les femmes blanches qui comptent parmi nos alliées à reconnaître le conflit #LesfemmesboycottentTwitter pour les femmes de couleur qui n’ont pas reçu le même soutien sur des problèmes identiques ».

Au cours de l’été 2016, l’actrice afro-américaine Leslie Jones, l’une des vedettes du reboot féminin de Ghostbusters, avait notamment fait l’objet d’une campagne de harcèlement raciste sur Twitter — à base notamment de photos la comparant à un singe — qui l’avait amenée à supprimer son compte.

Depuis, Twitter a déployé de nouvelles mesures anti-harcèlement, parmi lesquelles une limitation temporaire de diffusion de tweets, dont Rose McGowan a fait l’objet cette semaine.

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