Les vacances se dessinent à l'horizon pour les juilletistes, et avec elles, nos velléités de detox numérique. Or la « digital detox » de nos amis anglo-saxons commence parfois par quelques choix judicieux pour avoir la paix. Sans se déconnecter tout à fait, se passer de certaines applications particulièrement intrusives est un premier pas. Aujourd'hui, nous nous débarrassons de Facebook et de Messenger.

Pour l’utilisateur de smartphone, Facebook Messenger est une des applications les plus diaboliques qui soit.

Dans la messagerie instantanée du plus grand réseau social, tout est fait pour nous retenir captif et alerte, jusqu’à l’épuisement. Des notifications incessantes qui apparaissent sous forme de « bulles » alors même qu’elles sont déjà dans le panneau de notifications, jusqu’aux conversations de groupe proprement insupportables en passant par l’impossibilité de se mettre « hors ligne » et l’intégration, quasi forcée, des SMS dans l’interface, Messenger est une vraie plaie.

Messenger est une vraie plaie

Comprenez : si l’application est installée sur votre mobile et que vous êtes relié au réseau internet, vos « amis » penseront que vous êtes disposé à recevoir de leurs nouvelles et vous enverront à toute heure du jour des messages. Ça ressemble au SMS, mais avec Messenger, l’ami en question sait à quelle heure vous avez jeté un œil à son message, et si vous l’avez sciemment ignoré. Autrement dit, ne pas répondre sur Messenger vous expose davantage que si vous répondiez : vous êtes celui qui fait mine de ne pas voir alors que l’application, délatrice, souligne que vous avez vu et ignoré. C’est à mon sens cauchemardesque : aucun de mes « amis » ne mérite d’être méprisé, mais ma tranquillité, pardonnez-moi, est prioritaire.

Ajoutons que l’application, déjà très lourde, s’est progressivement complexifiée ad nauseam : aujourd’hui, dans Messenger, il y a des stories à la Snapchat, des appels à la Skype, des autocollants à la Line ou encore des jeux. Et chacune de ces fonctionnalités a été créée avec un seul objectif : nous retenir infiniment dans l’application de Facebook.

Facebook burn-out

Or si cette injonction à l’attention perpétuelle est bonne pour le business, elle est déprimante, harassante et épuisante. Personnellement, je suis proche du Facebook burn-out pour toutes ces raisons. Je me réveille la nuit en sursaut à cause de mauvais rêves dans lesquels M. Zuckerberg sort de mon smartphone pour me forcer à rappeler mes « amis » que j’évite non sans difficulté sur Messenger.

Voudriez-vous, M. Zuckerberg, me laisser être un beau salaud en paix, s’il vous plait ? Laissez-nous ne pas répondre et ignorer les messages d’inconnus revenus des profondeurs du web pour nous demander un service, laissez-nous ne pas dire au revoir à tata Jeanine avant que la canicule ne l’emporte, laissez-nous vivre en fin de compte.

Laisse-nous vivre fréro !

Le problème avec Facebook, c’est qu’il s’agit encore à l’heure actuelle du meilleur identifiant sur le web. Si quelqu’un doit me trouver, il y a de plus en plus de chances, même dans un cadre professionnel, qu’il le fasse par Facebook — à mon grand désarroi.

Avec deux milliards d’êtres humains enregistrés sur le réseau social, on comprend l’intérêt d’y être et d’y rester. Néanmoins, l’injonction à être toujours en ligne, toujours disponible et surtout toujours affable semble proprement invivable. D’où l’envie de créer un entre deux, une routine detox qui permette, sans quitter le réseau, de gagner en liberté et surtout en temps libre.

Une routine detox

Premièrement, j’ai désinstallé Messenger de tous mes appareils mobiles. Et je ne l’ai remplacé que sur un seul appareil, mon smartphone principal, sur lequel j’ai installé Messenger Lite.

Cette version épurée de la messagerie est destinée aux pays émergents mais a de nombreux avantages : possibilité de se déconnecter, pas de stories, pas de jeux, pas de notifications bulles etc. Toutefois, ce n’est pas encore parfait, mes amis voient toujours si je lis ou non leurs requêtes, mais c’est déjà beaucoup mieux. À l’avenir, j’espère me passer complètement de cette app’ car j’ai en horreur la fonctionnalité de VoIP nommée appels de la messagerie, mais je dois d’abord observer mon usage sur mobile : j’ai encore de vrais amis qui l’utilisent quotidiennement et je ne voudrais pas arrêter d’échanger avec eux.

Suis-je vraiment un salaud ?

Quant à Facebook, je ne l’ouvre plus depuis longtemps en onglet systématique et ne le consulte sur mobile qu’une fois par jour, un coup d’œil me suffit souvent pour comprendre qu’il n’y a rien à voir sur le réseau social des fake news, des bébés, de la bouffe, des pieds devant les piscines, des mèmes de la semaine passée et de l’astroturfing.

Les notifications, elles, sont toutes désactivées : manquer le commentaire d’un inconnu qui m’insulte pour un article dont je ne me souviens guère n’est vraiment pas un problème.

DETOX ? DETOX ! CC. Jaroslav Filo

Suis-je vraiment un salaud ou est-ce l’impératif tacite de socialisation permanente de Facebook qui est intenable ?

À vous de voir si lorsque vous siroterez en terrasse votre scotch, humant les embruns et profitant, serein, de l’union éphémère entre vous et le monde, vous souhaitez voir votre téléphone s’enflammer dès que votre voisine postera une fake news d’extrême droite sur le Burkini. Pour moi, c’est non. Nous avons tous beaucoup mieux à faire.

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