Uber parviendra-t-il à transformer le marché des camions de transport comme il l'a fait dans le secteur du transport payant ? C'est ce qu'entend réussir l'entreprise avec son service Uber Freight, lancé aux États-Unis, qui permet aux chauffeurs de camion de réserver une marchandise depuis l'appli dédiée.

Six ans et demi après son lancement, Uber entend désormais révolutionner le secteur des camions de livraison comme il l’a fait avec celui des transports de particuliers — pour le plus grand malheur des taxis. Aux États-Unis, l’entreprise du controversé Travis Kalanick vient de lancer un service intitulé Uber Freight (« Uber Fret »), qui permet aux conducteurs de camion de trouver un produit à transporter en quelque secondes.

Uber présente cette nouvelle appli  — disponible dans tous les États-Unis mais particulièrement riche en offres au Texas, après son pré-lancement en décembre 2016 — comme un moyen de simplifier la vie des chauffeurs, pour qui «  le moment le plus stressant de la journée » serait celui où il s’agit de « trouver une cargaison et d’assurer sa réservation ». L’entreprise ajoute : « Ce qui nécessitait jusqu’ici des heures et de nombreux coups de téléphone peut désormais être accompli d’une simple pression sur un bouton. »

Derrière ce discours se pose évidemment la question de l’intérêt financier des chauffeurs : Uber Freight va-t-il contribuer à maintenir ou développer une activité au détriment des conditions de rémunération de ses chauffeurs, comme on le reproche notamment à son service de VTC en France et, plus largement, dans tous les pays où le service est disponible ?

« J’ai bien plus peur d’Uber que d’Amazon »

L’entreprise entend prouver que les camionneurs auront tout intérêt à ne plus passer par les cabinets de courtage, qui leur permettent de trouver des livraisons en échange d’une commission allant de 15 à 20 %. Uber Freight n’a pas précisé le montant de sa propre commission mais souligne que ses clients seront payés bien plus vite, sous 7 jours, contre 1 à 3 mois aujourd’hui en moyenne. Uber Freight adaptera par ailleurs ses prix selon l’état du marché : faire livrer des fleurs juste avant la fête des mères coûtera ainsi plus cher qu’à un autre moment de l’année.

Si l’inquiétude semble dominer parmi les camionneurs américains réunis au sein d’une même communauté sur le web, le dénommé « boredsocial » nuançait pour sa part en janvier dernier : « J’ai bien plus peur d’Amazon que d’Uber. La plupart de ces services doivent accomplir deux choses : 1) créer une plateforme qui n’est pas nulle […] 2) inciter les camionneurs et les vendeurs à l’utiliser. Amazon n’a pas ce problème puisqu’il s’appuie largement sur son propre fret. S’il commençait à le proposer à travers sa propre plateforme, vous la téléchargeriez tous pour tester. »

À terme, il semble probable qu’Uber cherche à relier ce nouveau service à Otto, sa filiale dédiée aux camions autonomes. Celle-ci même est actuellement au cœur d’un procès avec Waymo, l’entreprise de Google consacrée à cette technologie de conduite sans chauffeur.

Il est encore trop tôt pour savoir si Uber compte exporter son nouveau hors des États-Unis. Les premiers retours d’utilisation d’Uber Freight et un potentiel succès joueront forcément dans cette décision, alors que les conducteurs du Uber « traditionnel » risquent bientôt, en Europe, de devoir obtenir des licences, comme les chauffeurs de taxi.

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