Pour les Français de Crosscall, ce MWC 2017 est une étape : pour la première fois, la petite entreprise d'Aix-en-Provence se paie une visibilité internationale sur le salon.

Crosscall est une aventure française intéressante. Au lieu de chercher à construire le même smartphone que tout le monde, la marque qui a son siège à Aix-en-Provence s’est donné une mission bien précise : produire des smartphones résistant qui conviennent aux sportifs de l’extrême et aux professionnels. Alors que la facilité aurait dicté de faire des engins à moins de 200 € directement importés de Chine au design lambda qu’on retrouve par centaines chez les opérateurs et dans les grandes surfaces, Crosscall a choisi de creuser sa niche.

Aujourd’hui, au Mobile World Congress de Barcelone, celle qui ne veut plus qu’on l’appelle startup a son propre stand pour la première fois. Symboliquement, c’est un plongeon dans le grand bain. Face à des Samsung ou des Huawei qui se retrouvent avec des stands de plusieurs centaines de mètres carrés, le petit présentoir de Crosscall a tout à envier — mais l’entreprise est loin d’être effrayée. Et cela tient en une raison : elle sait ce qu’elle fait et où elle va.

Le Trekker-X3 est l’aboutissement des recherches de Crosscall autour de ces produits très ciblés. L’engin résiste à l’eau et à tout type de liquide (eau salée, sueur…), à de très basses températures (jusqu’à -10 degrés, le smartphone peut être laissé dans de la glace) et une bonne canicule (50 degrés Celsius). Il est résistant aux poussières les plus pernicieuses et saura également amortir la plupart des chutes. L’entreprise française ne parle pas de smartphone incassable, qui nous donnerait simplement envie d’essayer de le casser, mais d’un engin extrêmement résistant.

Côté logiciel, au-delà d’Android que tout le monde connaît et qui assure à Crosscall une compatibilité avec les applications les plus populaires, c’est l’application dédiée aux capteurs de l’engin qui retient notre attention. Elle permet en effet d’accéder à des informations brutes livrées par les capteurs du Trekker-X3. Vous trouverez ainsi un baromètre, un altimètre, un thermomètre, un capteur de lumière et un rendu visuel de l’accéléromètre présent dans la plupart des smartphones.

Cette application, bien pensée, ne résonnera peut-être pas dans votre esprit mais a du sens pour la cible de Crosscall. Le maçon qui veut savoir rapidement si sa dalle est droite ou l’ingénieur lumière qui souhaite vérifier l’éclairage d’un tableau dans un musée trouveront dans cette application un véritable couteau suisse qui remplacera, pour eux, plusieurs outils. Même remarque pour le skipper qui souhaitera mesurer sa vitesse ou l’alpiniste qui veut connaître sa position lors d’une ascension. Au fond, Crosscall a appliqué la logique du smartphone à une niche très précise : comme un smartphone grand public est l’association d’un appareil de communication, d’un petit ordinateur et d’un appareil photo, les produits Crosscall associent différents outils qui répondent aux besoins de leurs clients.

Pour la marque qui réalise toute sa R&D en France, le MWC est un moyen de montrer qu’elle s’internationalise : aujourd’hui, elle est présente dans 10 pays européens. Chacun applique la même recette, à savoir une orientation grand public pour vendre ces engins aux particuliers et des contrats plus globaux avec des entreprises dans la logistique ou dans le BTP pour renouveler des flottes complètes.

On a l’impression finalement que Crosscall s’inscrit dans une des tendances qui va former le marché des smartphones dans les années à venir. En effet, aujourd’hui, on a l’impression que l’appareil grand public a atteint une forme définitive qui va progresser par petites touches. Bords arrondis, écran mieux intégré, meilleur appareil photo sont autant d’améliorations matérielles qui ne changent pas radicalement le concept du smartphone. À côté de cela, on trouve une hyper-spécialisation de l’informatique de poche avec des entreprises comme Crosscall ou Caterpillar qui proposent des engins vraiment taillés pour un public qui a des exigences particulières.

Et il faut reconnaître que cela fonctionne : avec 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, cela fait 4 ans que, à l’ombre des géants d’Asie ou d’Amérique, Crosscall est rentable.

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