Adobe et Nvidia se sont associés pour créer Project Wetbrush, un simulateur de peinture à l'huile ultra-puissant capable d'imiter à la perfection les moindres détails d'une vraie toile. Mais concrètement, cette prouesse technologique est-elle utile ?

Beau, réaliste, impressionnant, précis… Tels sont les adjectifs mélioratifs pour vanter toutes les qualités de Project Wetbrush, un outil qui permet de réaliser virtuellement des peinture à huile. Comment ? Simplement. La simulation est tellement parfaite que, sur la toile modélisée en 3D, on peut distinguer chaque détail de la texture : l’épaisseur de chaque couche de couleur, des rainures entre deux coups de pinceaux, même la viscosité de la peinture. La technologie est tellement poussée qu’elle imite même les propriétés de séchage de la peinture à l’huile, calquées sur celles de la fameuse « vraie vie  ».

Project Wetbrush est né d’une collaboration entre Adobe Research et Nvidia. Dans la vidéo de présentation, on peut voir une reproduction de La Nuit étoilée de Van Gogh qui semble tellement réaliste qu’on croirait voir l’original. Rien à redire, le simulateur laisse pantois devant une telle prouesse technologique tant le détail est poussé jusqu’aux mouvements du moindre poil de pinceau. Et ce n’est pas fini puisque il est prévu d’observer comment les peintres virtuels se saisiront de l’outil et d’analyser leurs habitudes — via une technique d’apprentissage profond — afin de pousser encore plus loin le réalisme et d’ajouter davantage d’effets et de filtres (un peu comme ceux de Prisma).

Quel intérêt ?

On ne doute pas que Project Wetbrush attisera la curiosité et l’intérêt de plusieurs artistes qui se réapproprieront l’outil et utiliseront des imprimantes 3D pour concrétiser leurs toiles virtuelles dans la vraie vie.

Néanmoins, on se demande pourquoi tant de technologies veulent à tout prix imiter la réalité au lieu de développer le numérique comme un support à part entière de la création et de l’expression artistique. Alors qu’on avance toujours plus dans le 21e siècle, que les technologies sont chaque jour plus impressionnantes, il serait dommage de reproduire virtuellement ce que l’on sait déjà faire depuis des centaines d’années. Pourquoi ne pas exploiter ces nouveaux outils pour réaliser des œuvres d’art que les techniques traditionnelles ne permettent pas ? Pourquoi ne pas dépasser les limites de la réalité au lieu de les copier virtuellement ?

On n’a pas fait le numérique pour refaire ce qu’on fait dans la réalité

Nous avons demandé à notre designer, Romain Gerardin, ce qu’il en pensait. « On n’a pas fait le numérique pour refaire ce qu’on fait dans la réalité », nous répond-il. Il ajoute que l’expérience pour un artiste n’est pas du tout la même car, sur une vraie toile, on ressent beaucoup plus la peinture, les objets ou tout simplement le plaisir de mélanger des couleurs sur sa palette. Il admet que « l’outil pourrait être intéressant à tester une fois, il y aurait un effet « Waouh ! », mais rien de plus ».

Romain estime que l’art virtuel gagnerait plus à favoriser le design interactif, un concept développé, entre autres, par John Maeda graphiste et informaticien diplômé du MIT. « L’œuvre réagit différemment en fonction de la manière dont on interagit avec. Chaque personne a une expérience unique », résume notre designer. Ce genre de création permet d’ailleurs de combiner le virtuel et le réel et n’est pas une simple tentative de rendre le numérique plus analogique.

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