La Chine passe à la vitesse supérieure. Beijing aurait donné son feu vert à DeepSeek, la jeune pousse chinoise emblématique de l’IA, pour acquérir des puces H200 de Nvidia, rapporte Reuters le 30 janvier 2026. Quelques jours avant, ByteDance, Alibaba et Tencent auraient également reçu une autorisation similaire pour plus de 400 000 GPU H200.
Cette vague d’importations intervient après que Washington a accepté, en décembre 2025, que Nvidia exporte des H200 vers des « acheteurs chinois filtrés », à condition de s’acquitter de l’équivalent d’une taxe de 25 % sur ces ventes. Mais surtout, elle marque peut-être un tournant dans la stratégie chinoise en matière d’IA, qui, depuis deux ans, s’était progressivement éloignée des solutions américaines au profit de technologies locales.

Pourquoi la Chine accepte la livraison de puces Nvidia
Cette décision ne sort pas de nulle part : elle s’inscrit dans un contexte où les performances des acteurs chinois de l’IA — à commencer par DeepSeek — ont rebattu les cartes. La start-up chinoise avait provoqué un véritable séisme sur la scène internationale de l’IA lors du lancement de DeepSeek‑R1, en janvier 2025. En proposant des modèles de langage open source capables de rivaliser avec ceux des grands acteurs américains, mais à des coûts nettement inférieurs, l’entreprise s’était rapidement imposée dans le débat. Si des interrogations ont vite émergé sur la fiabilité du système et l’origine des données utilisées par le chatbot, celui-ci n’en a pas moins offert à la Chine une vitrine technologique de premier plan dans le domaine.
Mais voilà : la Chine avait, dans le même temps, réaffirmé sa volonté de miser sur ses solutions nationales, à l’instar de Huawei et de sa gamme Ascend, aujourd’hui déployée dans des clusters nationaux d’IA et dans un nombre croissant de data centers publics et de projets d’État. Si l’investissement technologique est bien réel, le pays avait néanmoins fait un choix assumé : accepter temporairement des performances moindres pour gagner en souveraineté technologique. Au point qu’à l’automne 2025, le régulateur chinois (CAC) a demandé aux grands groupes de cesser d’acheter certaines puces d’IA de Nvidia, comme la H20 et la RTX Pro 6000D.
Désormais, avec l’acceptation de cette livraison de H200, la dynamique pourrait évoluer. Pour rappel, ces puces d’IA sont suffisamment performantes pour répondre à une large partie de la demande chinoise, sans pour autant leur donner accès aux versions les plus avancées de l’industrie américaine.
De quoi renforcer sensiblement la puissance de calcul des modèles, en particulier ceux des géants du cloud chinois comme Alibaba et Tencent. Avoir accès à des centaines de milliers de H200 permettrait de former et servir des modèles nettement plus grands et plus rapides que ce que permettent aujourd’hui la plupart des puces chinoises, malgré les progrès de Huawei ou Baidu.
DeepSeek pourrait bien accélérer sa croissance
DeepSeek ne peut que se réjouir de la nouvelle. L’entreprise, en particulier son CEO, expliquait que son principal goulot d’étranglement était l’accès aux capacités de calcul, plus que l’argent ou le talent. Jusqu’ici, elle a compensé en optimisant à l’extrême, un fonctionnement qui a vite montré ses limites. À l’été 2025, DeepSeek a, par exemple, retardé son modèle R2 après avoir échoué à l’entraîner sur les puces Ascend de Huawei.

Avoir des H200 de Nvidia lève donc en grande partie cette contrainte et lui permet de viser des modèles vraiment « frontier‑scale », c’est-à-dire tout en haut de la pyramide. En améliorant sa capacité de calcul, DeepSeek pourrait lancer plus vite de nouvelles versions (chatbots, modèles multimodaux, modèles spécialisés), offrir des SLA plus solides aux gros clients chinois et étrangers, mais aussi monétiser davantage via API, cloud et des licences exploitables en local. De quoi se positionner plus clairement encore comme une alternative chinoise crédible face à OpenAI, Anthropic, Google ou Meta, en combinant coûts plus bas et performances proches. Ce feu vert en est un signal fort : l’autorisation consacre DeepSeek comme un acteur stratégique aux yeux de Beinjing, au même rang que les géants de l’internet.
Les grands groupes chinois bénéficieront eux aussi de cette ouverture. Tencent, Alibaba et ByteDance pourront exploiter les H200 pour entraîner et faire tourner leurs modèles maison — LLM et modèles multimodaux — beaucoup plus vite et à plus grande échelle, que ce soit pour des assistants conversationnels, de la recherche, de la traduction ou des copilotes pour développeurs.
Ce choix risque toutefois de renforcer l’avance de ces acteurs sur des concurrents locaux plus petits, cantonnés à des puces domestiques moins performantes ou à des volumes bien plus limités de GPU Nvidia. Et sur le plan technique, ces groupes restent dépendants de Nvidia — et donc des décisions américaines : un nouveau durcissement des règles à Washington pourrait à nouveau freiner leurs trajectoires en matière d’IA. Côté américain, cette approche dessine une ligne rouge assumée : autoriser certains niveaux de puissance, lourdement encadrés et taxés, tout en maintenant les puces de dernière génération hors de portée des acteurs chinois jugés sensibles.
Aux États-Unis, ces livraisons font d’ailleurs déjà polémique. Selon Reuters, un élu américain a accusé Nvidia d’avoir aidé DeepSeek à perfectionner des modèles ensuite utilisés par l’armée chinoise, ravivant les appels à un durcissement des contrôles.
Reuters précise enfin que les autorités chinoises sont encore en train de définir les conditions auxquelles les entreprises devront se conformer avant de pouvoir passer commande, un processus susceptible de retarder la livraison des premiers lots. De son côté, le CEO de Nvidia, Jensen Huang, a indiqué n’avoir, à ce stade, reçu aucune commande de ces groupes, estimant que Beijing finalisait encore les licences nécessaires.
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