Une vidéo Facebook publiée par un étudiant sur le réseau social montre les défauts des vidéos Facebook conçues comme moyen d'informer. Ses critiques sont extrêmes, mais les médias web pourraient en tirer des règles pratiques pour éviter de tomber dans la désinformation.

Facebook en rêve déjà : dans quelques années, le réseau social pourrait être entièrement constitué de vidéos, qu’il s’agisse de replays, de créations dédiées ou de lives. La tendance est déjà très nette et si vous allez sur votre timeline Facebook, vous devriez voir apparaître plusieurs vidéos en différents formats en lieu et place des habituelles photos de chatons ou de bébés. La facilité avec laquelle le réseau social permet aujourd’hui de faire des live ne fait que renforcer ce mouvement, le commentaire écrit laissant petit à petit sa place au commentaire vidéo.

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Et pour s’intégrer dans ce nouveau mode de diffusion, les médias d’information comme les sites de divertissement ont rapidement inventé et popularisé un format bien adapté à la consommation de l’info sur Facebook : la vidéo de 30 à 60 secondes qui résume une actualité avec des légendes écrites pour commenter l’image. Le son n’a souvent aucune importance dans la mesure où ces vidéos doivent pouvoir être lues au bureau ou dans des environnements bruyants, comme les transports en commun. C’est un format que nous utilisons fréquemment sur Numerama et FrAndroid car il permet de synthétiser rapidement une actualité ou un événement en donnant les points clefs au lecteur-spectateur. Au fond, plus qu’une vidéo, il s’agit d’un format texte synthétisé avec des images animées en guise d’illustration.

Cela dit, cette nouvelle manière d’informer qui partage son esthétique avec des formats qui n’ont aucune prétention journalistique a déjà ses détracteurs qui en voient les limites. Nelson Gomez, étudiant en informatique à l’université de Columbia, a réalisé une vidéo reprenant à merveille les codes de ce nouveau format popularisé par Facebook et en les poussant à l’extrême. On y voit, en quelques secondes, l’ensemble des écueils qui peuvent amener à la désinformation la plus totale.

 

La critique de l’étudiant touche juste sur plusieurs points. D’abord, il est vrai qu’un résumé d’actualité en quelques secondes constitué de 4 ou 5 phrases a tendance à simplifier le traitement d’événements qui peuvent être complexes et difficile à appréhender et à comprendre. Peut-on synthétiser un sujet comme le Brexit en 30 secondes avec une vingtaine de mots ? Difficile.

Mais le raccourci de l’info n’est que le premier des soucis. Ce format, qui hybride le texte et la vidéo, coupe le lecteur de la source première d’information en faisant passer l’image animée pour une preuve suffisante de ce que le texte avance. Par exemple, il est possible de faire dire n’importe quoi à un homme politique en mettant une vidéo d’un discours en arrière-plan et une légende qui dit tout le contraire. Notez que c’était aussi possible sur des formats plus traditionnels et la télévision est souvent critiquée pour cela, mais en l’absence de son, la personne qui cherche à s’informer est obligée de croire ce que le texte lui dit, quand elle peut contester une traduction ou un sous-titre sur une vidéo classique.

Vient ensuite la question à double tranchant de la légitimité d’un média, associée à la viralité des contenus sur les réseaux sociaux, le tout renforcé par la vidéo d’illustration qu’on considère dans ce cas, à tort, comme une preuve suffisante de la fiabilité d’une information. Le logo d’un média est censé apporter une marque de confiance pour un lectorat qui sait, a priori, que les journalistes qui ont produit l’information sont des professionnels.

Il nous aura fallu par exemple 15 minutes pour faire une vidéo annonçant la démission de Tim Cook

Mais, l’erreur est humaine, que faire quand une information erronée ou incomplète devient virale, sur laquelle, en plus, un sceau de confiance a été apposé et que tout indice qui pourrait aider le spectateur à corriger de lui-même l’information a été supprimé pour coller au format ?

Sans son et avec un montage rapide, il sera très difficile pour le lecteur de poser un véritable jugement construit sur un contenu. Il sera alors soit convaincu immédiatement, soit complètement sceptique et se tournera vers un plus grand mal, celui de la désinformation volontaire qui utilise aussi ces nouveaux codes et formats à merveille.

Tout cela, sans parler de la facilité avec laquelle il est possible de créer des vidéos de ce genre et de les publier sur ses propres réseaux sociaux en usurpant une marque média. Il nous aura fallu par exemple 15 minutes pour faire une vidéo annonçant la démission de Tim Cook d’Apple. Nous avons bien entendu forcé le trait de l’absurde afin d’éviter de mettre une pièce dans la machine de l’intox, mais n’importe qui aurait pu faire la même chose sans compétence particulière.

L’usurpation est naturellement condamnable, quel que soit le format, mais une vidéo peut avoir fait le tour du web et être reproduite des milliers de fois avant que les réseaux sociaux s’aperçoivent de la supercherie et fassent tomber les premières copies. Sans enrayer les mécanismes de viralité qui se fondent sur la reproduction d’un contenu à l’infini.

Toutes ces critiques formulées en une seule vidéo vue déjà plus de 600 000 fois ont le mérite de mettre les problèmes du format sous les projecteurs. Il n’empêche que ces petites vidéos sont plébiscitées par les lecteurs et semblent être un incontournable pour les médias. Le format est donc aujourd’hui à éprouver et à peaufiner : c’est comme cela que ses erreurs de jeunesse seront corrigées et qu’il pourra devenir un élément pertinent dans la transmission de l’information. Et pour arriver à cet idéal, les critiques, mêmes violentes, sont toujours bonnes à prendre.

Plébiscité par les lecteurs, le format est donc aujourd’hui à éprouver et à peaufiner

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