Depuis plusieurs mois, Matt Furie subit la réappropriation par l'extrême droite anglophone de sa création, la grenouille de cartoon Pepe the Frog. Après avoir appelé à cesser ce détournement en vogue sur le web, il vient d'obtenir l'interdiction d'un livre pour enfants qui présentait sa créature en héroïne de l'alt-right.

La mort symbolique de Pepe the Frog, la grenouille verte crée par l’artiste américain Matt Furie en 2005, devenue un meme au succès mondial avant que l’extrême droite ne se la réapproprie comme symbole de ralliement, n’a pas suffi à mettre fin à ce détournement. Au grand désespoir de son créateur.

Celui-ci vient toutefois de remporter une victoire symbolique grâce à l’interdiction du livre pour enfants The Adventures of Pepe and Pede, qui dépeignait son personnage de cartoon en héros de l’alt-right, l’extrême droite anglophone.

Dans ce récit auto-publié le 1er août 2017 par Eric Hauser, le proviseur adjoint d’un collège du nord du Texas — qui a perdu son poste après la polémique provoquée par ce livre — et illustré par Nina Khalova, la grenouille Pepe est en effet prête à tout pour défendre sa ferme de Wishington d’un crocodile barbu nommé Alkah (une référence assez transparente à Allah), bien décidé à s’approprier les lieux avec ses sbires.

Le livre pour enfants signé d’Eric Hauser

« Pepe est amour »

L’histoire pour enfants comporte d’autres clins d’œil à Donald Trump ou à ses partisans, comme la colline Covfefe ou encore le personnage de Pede, l’ami mille-pattes de Pepe, dont le nom fait référence à un terme utilisé par certains partisans de Trump sur Reddit pour s’auto-désigner.

Matt Furie n’a pas tardé à réagir face à ce détournement commercial de son personnage. Contacté par les avocats de l’artiste, Eric Hauser a immédiatement reconnu la violation de droit d’auteur et s’est montré suffisamment coopératif pour trouver un accord. De fait, la vente de l’ouvrage est désormais interdite et l’argent des ventes déjà réalisées — un peu plus de 1 500 dollars — sera intégralement reversé au Conseil des Relations Américano-Islamiques (CAIR), le plus grand groupe national de défense des droits civils des musulmans.

Une décision dont se félicite le cabinet d’avocats qui a défendu l’artiste : « Ce n’est pas grand chose mais Furie ne veut pas qu’on s’enrichisse grâce à la promotion de sujets haineux aux enfants […]. [L’auteur] veut qu’une chose soit bien claire : Pepe the Frog n’appartient pas à l’alt-right. Comme cette démarche le prouve, Furie défendra agressivement sa propriété intellectuelle […] pour mettre fin au détournement de Pepe the Frog à toute fin de racisme, de suprémacisme blanc, d’islamophobie, d’anti-sémitisme, de nazisme ou de toute autre forme de haine. »

En octobre 2016, à la veille de l’élection de Donald Trump, Matt Furie tentait déjà de renverser la donne dans une tribune publiée par le Time  : « C’est complètement dingue que Pepe soit associé à un symbole de haine […] mais au final, Pepe est ce qu’on dit qu’il est, et moi, son créateur, je dis qu’il est amour. »

Depuis, il a notamment mis en scène la mort de son personnage dans un dessin publié en mai 2017. Ce qui n’a pas empêché Pepe the Frog de continuer de sévir sous sa version détournée, même si Apple a récemment banni de son App Store les applis mettant en scène la grenouille.

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