Le malaise chinois concernant Donald Trump se prolongera aussi longtemps que le président américain ne clarifiera pas sa stratégie concernant le régime de Xi Jinping. En attendant, la société chinoise est muselée par un gouvernement qui marche sur des œufs. Les réseaux sociaux locaux sont les premières victimes.

Sur Sina Weibo, clone chinois de Twitter, le compte La voix féministe de Chine est une institution locale pour les jeunes progressistes. Avec plus de 80 000 fidèles, de nombreux collaborateurs et une ligne éditoriale dirigée à la manière d’un média, le compte n’est pas un insignifiant mouvement du web chinois. Ce n’est pas non plus un ennemi public numéro un du régime qui jusque-là laissait à ce groupe mêlant militants et journalistes citoyens une liberté relative conquise grâce à l’indifférence de Beijing à l’égard des mouvements féministes dès lors qu’ils restent virtuels.

Pourtant, ce lundi, le groupe a reçu en privé un avertissement du réseau social. Weibo prévenait les membres de La voix qu’une de leur publication serait finalement censurée. Une première pour le mouvement qui s’interroge sur le sens de cette censure inopinée. Le groupe sera également banni du réseau durant 30 jours.

Cette décision répond, à six jours d’écarts, à une publication par La voix d’une traduction en chinois du très relayé Women of America : we’re going on strike initialement publié par le Guardian. Ce texte signé par diverses figures du féminisme américain, d’Angela Davis à Barbara Ransby, appelait les femmes à faire grève le 8 mars : going on strike, un mot qui détonne aux États-Unis, pour persévérer dans la lutte et la protestation contre l’administration Trump.

Le groupe chinois avait donc réalisé une traduction en mandarin pour ses lecteurs. Mais cette attaque frontale de Donald Trump semble déranger une Chine encore paralysée par l’élection du Républicain aux déclarations belliqueuses à l’encontre de la politique économique chinoise.

Dans son avertissement à La voix, l’équipe de Weibo se garde de préciser les motifs de la suspension temporaire du compte. Manifestement obligé par le régime à répondre aux attaques à l’encontre de Trump, le réseau a sobrement indiqué au groupe que ses « récentes publications contrevenaient aux lois de l’État. » Lesquelles ? Mystère.

Ne pas écorner l’image de Trump en Chine, une priorité diplomatique

Xiong Jing, figure de prou du mouvement féministe chinois a précisé sur Radio Free Asia (une radio financée par le Congrès Américain) que le réseau n’avait pas été précis concernant ses motivations mais la militante féministe ajoute : « Nous pensons que c’est dû au fait que nous avons publié des tweets appelant à une grève des femmes contre l’action de Trump.  »

Alors que l’incertitude règne entre Xi Jinping et Donald Trump, il apparaît que le régime communiste souhaite étouffer et calmer les protestations les plus virulentes à l’encontre du président américain. Un président toujours indécis et opaque concernant la Chine. Après avoir accusé la politique monétaire du pays de tous les maux durant sa campagne, Donald Trump n’a toujours pas éclairci son rôle dans l’avenir de la relation sino-américaine, un duo dont le devenir de la seconde puissance économique dépend lourdement.

donald trump
CC Gage Skidmore

Le mois dernier, le régime forçait également les médias chinois à traiter l’actualité américaine avec beaucoup de délicatesse et de précautions. Un communiqué venant du parti unique, depuis mis en ligne par le China Digital Times, donnait aux différentes rédactions du pays des instructions précises pour ménager l’image de Trump en Chine. Ainsi, on peut lire dans le communiqué : « Tout article à propos de Trump doit être abordé avec prudence ; les critiques non-autorisées des paroles ou décisions de Trump sont interdites.  »

Marchant sur des œufs, l’administration communiste tente donc d’effacer les critiques qui fusent dans le pays contre ce président si menaçant pour la Chine. Face à un interlocuteur imprévisible et instable, les autorités chinoises deviennent extrêmement prudentes quitte à se livrer à une censure systématique, à laquelle le régime est désormais plus qu’habitué.

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