Lancé par des Youtubers en colère contre le gouvernement, le hashtag #onvautmieuxqueça a envahi les réseaux sociaux. La loi Travail peut-elle réinventer la contestation sociale malgré elle, en la faisant entrer dans une nouvelle ère numérique ?

Le quinquennat Hollande aura été pour le mouvement social une longue agonie. On en penserait presque la grève à-la-française finie. Tout a commencé avec l’accord national interprofessionnel que ni Force Ouvrière (FO) ni la Confédération Générale du Travail (CGT) n’avaient accepté. Les deux centrales avaient organisé des rassemblements dans la rue, mais la mobilisation n’avait que très peu rassemblé, d’autant moins si on compare aux mobilisations qui ont rythmé le quinquennat Sarkozy.

Certains ont parlé de lassitude, d’autres de résignation. Les syndicats se sont essoufflés progressivement et la plus importante manifestation contre le gouvernement restera La Manif Pour Tous contre la Loi Taubira. Un mouvement d’ampleur, mais dont le sujet est très éloigné des mouvements sociaux traditionnels.

Pourtant, à une dizaine de mois de la présidentielle, un nouveau chapitre semble s’ouvrir. La loi Travail présentée par la ministre du travail Myriam El Khomri provoque un soubresaut de contestations dans le pays. Ainsi, une pétition en ligne a déjà dépassé les 500 000 signatures. Et par ailleurs, la sphère des vloggeurs politiques rejoint aussi un engagement virtuel mais bien réel.

La génération cpe est sur youtube

Mercredi, des jeunes Youtubers se sont ainsi rassemblés pour tourner cette vidéo, un appel à la mobilisation… numérique. Résultat : 26 920 vues et un hashtag à succès qui se mêle pendant quelques heures à #TopChef : bienvenue en 2016.

Qui sont ces jeunes ? Certains sont des vloggeurs politique bien connus, notamment Le Bonjour Tristesse, dont on parlait récemment, des féministes, et quelques geeks. Enfin : une jeunesse engagé qui a grandi pendant le CPE (Contrat Première Embauche) mais qui a disparu des rues. Pour mieux réapparaître sur les outils de sa génération ?

Les tweets du hashtag sont très rapidement devenus une place publique pour les revendications, plaintes et slogan qu’on a l’habitude de voir dans les rues entre deux banderoles rouges.

Dénonçant tour à tour les conditions de travail en France, le sexisme et le racisme à l’embauche, chaque internaute y va de sa propre expérience. Le Je devient l’endroit du Nous ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est un « on » qui a été choisi pour rassembler les mécontents. Et c’est bien là la particularité de cette révolte sociale 2.0, elle laisse un nouveau pouvoir, propre à internet, à la revendication individuelle qui, dans une sorte d’effet boule de neige, s’inscrit dans une démarche. Quitte à dénaturer le sujet d’origine.

La fin des grèves ?

Sans chercher à prédire l’avenir, ni même le succès d’une future mobilisation, il est difficile d’imaginer la fin de la grève française. Mais pour toute une génération élevée dans l’abstention et le rejet des organisations classiques du mouvement social, une webcam et un réseau social devient une mobilisation et un engagement de premier ordre.

Retrouverons-nous cette jeunesse dans la rue ? La question reste posée pour les organisations syndicales qui cherchent déjà à trouver dans cette horizontalité propre au web un moyen d’inclure ses pratiques. Les politiques et syndicalistes contre le projet de loi partagent et souscrivent déjà l’initiative des YouTubeurs, soulignant un drôle de contraste de visibilité : ces personnages du web ont aujourd’hui autant (voir plus) d’échos qu’eux au près des internautes.

Enfin, à la CGT on s’inquiète mais on s’active aussi. Le syndicaliste 2.0 de l’UGICT, Damien Ramage, prépare une plateforme collaborative de géolocalisation pour centraliser et diffuser les prochains rassemblement. « Chaque internaute peut proposer un événement, connecté à Facebook, nous le recensons, le localisons et le mettons en avant pour connecter les syndicalistes et les internautes », précise-t-il à propos de son outil. Une hybridation nouvelle des outils web accélérée par une démobilisation dans la rue et un taux de syndicalisation des jeunes en recul.

Capture d’écran (95)

Reste aussi un détail, ou une menace. Avec l’état d’urgence, le gouvernement dispose d’une arme pour tenter d’interdire ou de limiter, sous le prétexte de la sécurité publique, les éventuelles manifestations massives qui pourraient s’organiser dans les rues. Comment assurer la sécurité de cortèges de centaines de milliers de personnes ? Dans ces conditions, le Web pourrait devenir un relais.

Mais comme toute manifestation virtuelle, sa visibilité reste réduite. Elle n’offre pas d’images spectaculaires à diffuser aux journaux des chaînes d’information en continue, ni ne perturbe la vie économique des centres ville affectés par les mouvements sociaux traditionnels. Le Web peut mobiliser, mais son effectivité reste à démontrer

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés