Blasphème ou réalité ? A mesure que le débat sur le P2P et la place de la propriété intellectuelle dans la société avancent, il nous semble de plus en plus difficile d'ignorer que le clivage qui secoue les partisans et les opposants au partage de fichiers et à l'open-source a une importante hautement politique, comme la société n'en a peut-être pas connue depuis un siècle. Car ce à quoi nous assistons est peut-être, en fait, la naissance d'un tout nouveau modèle de société... communiste. Le mot est lâché.

Regardez ce reportage où l’on voit une imprimante 3D, dont nous avons déjà parlé, en plein travail :

Nous le répétons souvent, chercher à lutter contre les réseaux P2P est une lutte vaine. Le téléchargement est là pour rester, et rien ne pourra l’arrêter. Non seulement il s’agit d’une pratique déjà beaucoup trop installée dans les moeurs pour qu’elle s’en aille sous un simple coup de trique, mais surtout elle s’inscrit dans une certaine logique de l’histoire. Ce qui a commencé avec la musique et qui a continué avec les films se poursuivra demain avec les objets de notre quotidien. Le piratage, qu’il vaut mieux appeler « duplication personnelle », est simplement la traduction difficile à accepter d’un mouvement beaucoup plus profond où tout ou presque pourra être dupliqué de chez soi, et amélioré grâce à l’open-source et aux outils de production de plus en plus simples à utiliser. Et de moins en moins chers.

Le prix d’une imprimante personnelle est passé d’environ 1000 euros en 1982 à 300 euros en 1997… et seulement 20 euros aujourd’hui pour les moins chères. C’est-à-dire que le prix de l’imprimante personnelle a été divisé par 50 en une seule génération (et ceci sans même tenir compte de l’inflation). Aujourd’hui, Desktop Factory propose déjà des imprimantes 3D personnelles à moins de 5000 dollars. Si l’on suit le schéma de l’impression 2D, une imprimante d’objets pourrait ainsi coûter 100 dollars vers 2030, ce qui n’est pas si lointain. Et sachant que le rythme de l’innovation et la baisse des coûts technologiques augmente chaque année, on peut raisonnablement s’attendre à ce que ce prix de vente soit atteint dès le début des années 2020… Le P2P des objets et à notre porte.

Qu’on se le dise, comme l’affirmait Bill Gates, une révolution de nature communiste est bel et bien en marche. Les outils de production qui créent la valeur ne sont plus dans les mains du Capital, mais de plus en plus dans les mains du « prolétariat ». Ensemble, la dématérialisation des objets, la mise en réseau des ressources et la démocratisation des outils de production poussent vers un nouveau modèle économique, voire un nouveau modèle de société. Paradoxalement, ce sont les entreprises capitalistes qui donnent ce nouveau pouvoir de production aux consommateurs. Il y a près de 150 ans Karl Marx prédisait que le capitalisme conduirait naturellement vers le communisme. Et si l’histoire lui donnait déjà raison ?

Certes, pensez-vous, les constructeurs qui conçoivent et commercialisent les outils de production restent maîtresses du jeu. Tout ne serait qu’illusion. L’Homme resterait soumis au Capital. Mais demain, les imprimantes 3D pourront se reproduire et s’améliorer elles-mêmes. On y travaille déjà.

Dans ce contexte, on comprend mieux la violence du clivage croissant entre les tenants du droit d’auteur et ceux qui souhaiteraient le libéraliser. Le droit d’auteur et plus généralement la « propriété intellectuelle » (brevets, marques, dessins et modèles et droit d’auteur) créent du capitalisme immatériel quand tout pousse le capitalisme matériel à disparaître de lui-même. La propriété intellectuelle semble être le dernier écrou à faire sauter pour que la révolution néocommuniste éclate véritablement.

Mais vous qui utilisez BitTorrent, Wikipedia ou Linux… vous sentez-vous communiste ?

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