Julian Assange s'en prend à François Hollande dans le magazine Society. Il estime que François Hollande l'a lâché en cours de route, après avoir laissé entrevoir la perspective d'un asile en France.

Julian Assange a très mal vécu la manière dont la France a rejeté sa demande d'asile politique, et le fondateur de WikiLeaks ne se prive pas pour le faire savoir. Dans un entretien accordé au magazine Society, l'Australien de 44 ans s'en prend en particulier à François Hollande, qui, affirme-t-il, aurait laissé miroiter la perspective d'un terrain d'entente entre les deux parties pour un accueil en France avant de changer d'avis.

"Il y avait eu des contacts directs entre François Hollande et moi", explique-t-il. "Des SMS échangés via mon conseiller juridique français. Il y avait des signaux encourageants donnés par le président", qui "ne rejetait pas la communication". Selon Julian Assange, le chef de l'État "encourageait" même ce dialogue informel et il "était au courant" de ce qui se tramait.

PAS D'ASILE POUR ASSANGE

Sauf qu'au tout début du mois de juillet, un communiqué de l'Élysée tombe et vient tuer l'espoir d'une issue pour Julian Assange. Ce dernier ne bénéficiera pas de l'asile politique en France. Aux yeux de l'exécutif, la situation de l'intéressé "ne présente pas de danger immédiat". En outre, il fait l'objet "d'un mandat d'arrêt européen". Dans ces conditions, le gouvernement français "ne peut pas donner suite à sa demande".

Qu'est-ce qui a provoqué un tel retournement de situation, qui est pratiquement vécu comme une trahison personnelle ? Julian Assange n'en a aucune idée. Mais dans les colonnes de Society, reprises par l'AFP, il avance la piste d'un geste politique adressé aux États-Unis et au Royaume-Uni. Un geste de fermeté, mais aussi un geste de loyauté. "Rejeter publiquement une telle demande était une façon de le faire".

RÉVÉLATIONS SUR L'ESPIONNAGE EN FRANCE

D'aucuns considèrent que Julian Assange a rendu service à la France en documentant l'espionnage des présidents de la République effectué par les États-Unis. En effet, il a été découvert que plusieurs lignes téléphoniques utilisées dans les hautes sphères de l'État (membres du gouvernement, cabinet présidentiel, conseillers…) ont été mises sur écoute pendant de nombreuses années.

On a même entendu un proche de François Hollande se prononcer cet été pour l'asile. "Ce sont des lanceurs d'alerte qui ne peuvent pas en l'état trouver protection dans la loi nationale", a déclaré l'avocat Jean-Pierre Mignard à la radio. De son côté, la ministre de la justice Christiane Taubira a fait savoir qu'elle ne serait "absolument pas choquée" à l'idée de lui accorder l'asile politique.

L'ASILE DÉPEND DE L'OFPRA

Soulignons quand même que tout président de la République qu'il est, François Hollande n'a pas autorité ni compétence pour accepter ou rejeter les demandes d'asile : cette mission est réservée à l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Cela étant, la difficulté est de pouvoir satisfaire les critères d'admissibilité, dont celui de la présence sur le territoire français au moment de la demande.

Comme nous l'écrivions alors, sur un plan juridique, seuls ceux qui justifient de persécutions dans leur pays d'origine ou qui démontrent un risque grave d'atteinte leur intégrité morale ou physique peuvent bénéficier du statut de réfugié. Julian Assange a bien cherché à démontrer qu'il entrait bien dans les cas prévus par la loi française, mais sans succès.

À l'heure actuelle, Julian Assange réside toujours dans l'ambassade équatorienne à Londres sans avoir la possibilité d'en sortir. En effet, s'il quitte l'enceinte diplomatique, il craint que son arrestation par la police anglaise ne débouche sur une extradition vers la Suède puis vers les États-Unis. Cela fait maintenant trois ans qu'il vit coincé dans l'ambassade.

( photo : CC BY Espen Moe )

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