Dans son rapport consécutif à la mort de Rémi Fraisse, l'Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN) explique qu'elle a regardé toutes les vidéos disponibles sur Internet, filmées par les manifestants eux-mêmes. Selon elle, seules deux vidéos démontrent des fautes. 

L'Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN) a rendu mercredi son rapport (.pdf) commandé après la mort de Rémi Fraisse sur la conduite des opérations de maintien de l'ordre dans le cadre du projet de barrage de Sivens (Tarn), qui conclut dans son ensemble à l'absence de manquements aux règles. Toutefois les inspecteurs retiennent deux comportements fautifs, qui ont pu être identifiés grâce aux vidéos filmées et publiées par les opposants ZADistes sur deux comptes YouTube, ceux de Louve Testet et de Okom Pom.

"Si d'autres manquements avaient été commis, il est probable que les opposants qui filmaient systématiquement les comportements des gendarmes les auraient médiatisés", note avec sarcasme l'IGGN.

La principale vidéo YouTube à charge est celle publiée le 14 octobre par Okom Pom, qui constitue un montage de plusieurs autres vidéos réalisées par les manifestants.

Selon le propre descriptif de l'IGGN, "sur la vidéo des opposants, on voit un manifestant faisant face à trois gendarmes au cours d'un mouvement de refoulement". "Il est repoussé puis plaqué au sol par un gendarme. Une fois à terre, un autre gendarme lui porte un coup de pied dans le sac à dos. Juste après, un gendarme (gradé) lui assène plusieurs coups de pied et un coup de tonfa dans le sac à dos. Dès qu'il aperçoit la scène, un gendarme revêtu d'un tee-shirt noir se dirige vers  l'auteur des coups pour stopper immédiatement son geste". 

Selon le rapport, le gradé a eu un "geste d'impatience" qui constitue un "dérapage individuel", lequel n'a pas fait l'objet d'un dépôt de plainte. Toutefois une sanction non spécifiée a été retenue contre le gradé (voir à 1:20) :

Ll'IGGN a également exploité cette vidéo pour pour analyser la scène d'une évacuation de caravane par un jet de grenade de désencerclement, qui projette 18 billes de caoutchouc à 15m (scène visible à 3:30). "La vidéo ne montre pas le gendarme jeter la grenade, ni celle-ci tomber dans la  caravane, ni l'occupante la ramasser", constate le rapport qui assure qu'il n'est pas possible de savoir si la grenade a bien été jetée dans la caravane. On laisse à l'appréciation des lecteurs les conclusions suivantes :

"Le lien entre la blessure et le jet d'une grenade DMP dans la caravane n'est pas  établi avec certitude. En effet, les images ne permettent pas d'identifier l'objet dont  l'explosion a provoqué le flash et la blessure".

"Le gendarme dit avoir visé un groupe de manifestants arrivant sur sa gauche (hors  champ sur la vidéo), qui convergeaient vers lui pour s'opposer à l'évacuation, et non  l'intérieur de la caravane. La présence de ces manifestants n'est toutefois pas confirmée".

"Les entretiens menés avec d'autres gendarmes qui étaient sur les lieux mais non  témoins de la scène n'ont pas permis de conforter ou d'infirmer les déclarations de l'auteur  du jet de la grenade."

Critique de l'auto-médiatisation de la ZAD

Par ailleurs, le rapport de l'IGGN critique vertement l'auto-médiatisation de leur mouvement par les ZADistes, et leur volonté de contrôler les images qu'ils diffusaient eux-mêmes sur YouTube. "Les multiples séquences filmées, que les opposants diffusent sur internet, montrent comment leur stratégie de harcèlement s'accompagne d'une politique de communication active", écrivent ainsi les inspecteurs. "Très tôt, les activistes vont empêcher voire interdire aux médias de  travailler sur la zone afin de garder le monopole des images destinées au public. Les  gendarmes constatent à plusieurs reprises des entraves au travail des journalistes (contrôle de ce qui est filmé ou photographié, violences verbales et physiques, restrictions de  circulation, dégradations de matériel professionnel ou de véhicule). Un journaliste de  BFMTV est molesté, des journalistes de France 3 subissent des violences physiques et la dégradation de leur véhicule. Seule une journaliste de M6 ose porter plainte pour la dégradation de sa voiture le 8 octobre".

"Au cours des affrontements les plus violents de fin  août, septembre et fin octobre, les journalistes sont contraints pour leur sécurité de rester au  sein du dispositif des forces de l'ordre et sont très souvent pris à partie verbalement, en  particulier par des activistes cagoulés qui ne veulent pas être filmés. Après le décès de Rémi Fraisse, les médias classiques ne sont en possession que des seules images émanant des opposants au projet de retenue d'eau".

Néanmoins l'IGGN sait aussi utiliser les images au bénéfice des gendarmes, lorsque l'Inspection note que "comme en attestent les vidéos diffusées sur Internet, les forces de l'ordre cherchent à maintenir à distance les manifestants pour éviter les affrontements", et que "leur riposte est graduée selon le niveau des violences qu'elles subissent".

"Les enregistrements  prouvent qu'elles respectent la procédure fixée par la loi", assure l'IGGN.

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