Manuel Valls reste droit dans ses bottes. Comme l'été dernier, le premier ministre s'est encore une fois dit défavorable au fait d'accueillir Edward Snowden comme réfugié politique, alors qu'il a rendu public l'espionnage massif dont ont été victimes, notamment, la France et les Français. De son côté, une pétition en faveur de l'asile diplomatique de Snowden a dépassé les 28 000 signatures.

Réfugié en Russie depuis le 31 juillet 2013, l'asile temporaire qu'a accordé Moscou à Edward Snowden expirera le mois prochain. Pour l'ancien employé de la CIA et la NSA, désormais devenu lanceur d'alerte, c'est désormais une course contre-la-montre qui s'engage : il lui faut obtenir le feu vert des autorités russes pour prolonger son séjour sur le territoire ou trouver une nouvelle destination d'accueil.

Interviewé ce week-end par la chaîne brésilienne Globo, Edward Snowden a expliqué avoir transmis une demande formelle d'asile au Brésil afin de ne pas se retrouver à nouveau bloqué dans la zone de transit d'un quelconque aéroport. Et alors que la réponse officielle du Brésil n'est pas encore connue, l'éventualité d'accueillir Edward Snowden en France comme réfugié politique est à nouveau apparue.

Pétition de l'Express

L'hebdomadaire l'Express a en effet lancé une pétition sur le site Change.org demandant au gouvernement français, et plus particulièrement à François Hollande, "d'accueillir Edward Snowden dans un véritable État de droit, afin qu'il puisse se défendre et participer au débat sur le renforcement des libertés publiques", estimant que la France "a une obligation particulière" à son égard, au regard de sa Constitution.

Le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, qui est partie intégrante du bloc de constitutionnalité, expose en effet que "tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République".

À l'heure où nous écrivons ces lignes, plus de 28 000 personnes ont signé la pétition, ainsi que de nombreux intellectuels, politiques et personnalités de l'espace médiatique. Citons Philippe Aigrain (cofondateur de la Quadrature du Net), Pascal Boniface (directeur de l'IRIS), Daniel Cohn Bendit, Luc Ferry, Bernard Kouchner, Jack Lang, Edgar Morin ou encore Michel Rocard, pour n'en mentionner que quelques-unes.

Manuel Valls n'est pas "favorable"

Profitant de la venue de Manuel Valls sur le plateau de RMC, le journaliste Jean-Jacques Bourdin lui a demandé si "la France va accorder l'asile politique à Edward Snowden" Réponse du premier ministre en trois temps : "ce n'est pas l'actualité" ; "je ne vois pas pourquoi nous le ferions" ; "je n'y suis pas favorable". Et tant pis pour la Constitution.

Dans l'échange avec Jean-Jacques Bourdin, Manuel Valls a toutefois déclaré que "si la question se pose, elle sera bien sûr examinée".

Sur ce terrain, Manuel Valls a le mérite d'être droit dans ses bottes. Déjà l'été dernier, le politique, alors ministre de l'intérieur, s'était dit défavorable au fait d'accorder l'asile diplomatique à Edward Snowden, qui a rendu public l'espionnage massif dont ont été victimes, notamment, la France et les Français, au nom des "relations avec les États-Unis".

En théorie, ce n'est pas le rôle du gouvernement de trancher les demandes d'asile. Cette tâche revient à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Cependant, "pour déposer cette demande, il faut être déjà sur le territoire français", indiquait-il. Demander un visa constitue donc une première étape et c'est alors l'exécutif qui est compétent.

Le Brésil, un meilleur choix que la France ?

Si la France se grandirait en accueillant Edward Snowden sur son sol, le choix du Brésil pourrait être plus judicieux pour l'ex-analyste. D'abord parce que Glenn Greenwald, le journaliste qui a permis à Edward Snowden de révéler au monde entier l'espionnage global, massif et systématique mis en œuvre par la NSA, vit au Brésil, ce qui faciliterait la collaboration entre les deux hommes.

Ensuite parce que les autorités de ce pays semblent beaucoup plus favorables à son cas.

Depuis les premières révélations, le gouvernement a fortement durci le ton vis-à-vis des États-Unis. Brasilia a mené une action au sein des Nations Unies et plaidé en faveur de nouvelles routes pour les télécommunications afin d'éviter les USA. En mars, Les députés brésiliens ont aussi adopté une loi qui affirme une série de droits et de principes pour le développement d'Internet.

Il faut également se souvenir de la tenue à São Paulo de la réunion mondiale multipartite sur l'avenir de la gouvernance de l'Internet, baptisée "NETmundial", qui, si elle s'est limitée à une belle déclaration politique sans effets concrets, a permis de montrer que le Brésil "cherche à tracer les lignes d’un cyberespace moins 'américanisé' qu’aujourd’hui", comme l'analyse Maxime Pinard, de l'IRIS, dans le Nouvel Obs.

La France, l'une des destinations envisagées par Snowden

Avant d'obtenir un asile temporaire en Russie, Edward Snowden avait contacté de très nombreux pays pour obtenir une protection : Cuba, au Venezuela, au Brésil, en Inde, en Chine, et en Allemagne, à l'Autriche, la Bolivie, la Finlande, l'Italie, l'Irlande, les Pays-Bas, le Nicaragua, la Norvège, la Pologne, l'Espagne et la Suisse. La France était aussi envisagée. En vain.

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