Publié par Guillaume Champeau, le Samedi 15 Mars 2014

ICANN : les USA renoncent au contrôle du DNS racine

Les Etats-Unis ont annoncé vendredi qu'ils allaient renoncer au contrôle de leur administration sur le DNS racine dont ils délèguent la gestion à l'ICANN. Le système qui est au coeur d'Internet sera confié à une organisation internationale en 2015.

La pression internationale était sans doute devenue trop forte. Alors que l'Union Européenne et de nombreux pays d'Asie et d'Amérique du Sud ont allié leurs voix pour protester contre la main-mise des Etats-Unis sur l'ICANN, les USA ont annoncé par surprise qu'ils renonçaient à gouverner le serveur racine du DNS, le système de nommage qui permet de gérer la correspondance entre les noms de domaine et les adresses IP des serveurs qui hébergent les sites internet.

La NTIA (National Telecommunications & Information Administration) a annoncé vendredi que les Etats-Unis abandonneront le contrôle de l'ICANN en 2015, et que l'organisme actuellement rattaché au Département du Commerce de l'administration américaine sera alors placé entre les mains d'une organisation internationale dont les formes juridiques restent à déterminer.

Actuellement, la NTIA délègue à l'ICANN la responsabilités des fonctions de l'IANA (Internet Assigned Numbers Authority), qui gère les plages d'adresses IP, et l'ICANN délègue à la société américaine Verisign la gestion des zones racines du DNS — voir en infographie qui contrôle Internet.

Selon son communiqué, la NTIA a demandé à l'ICANN de respecter quatre principes dans la proposition d'autonomisation de l'organisation, dont le fait de "conserver un internet ouvert", et de "conserver la sécurité, la stabilité et la résilience du DNS de l'Internet".

Une victoire des pays émergents

La question de l'indépendance de la gouvernance d'Internet avait été centrale en 2012 lors de l'échec du traité de Dubaï, qui avait failli prévoir le transfert des pouvoirs de l'ICANN vers une structure gérée par l'Union Internationale des Télécommunications (IUT), rattachée à l'ONU. Plusieurs pays dont la Russie ou l'Inde avaient demandé, sans succès, à avoir voix au chapitre, alors que l'Europe était apparue divisée. La France s'était montrée favorable au contrôle américain.

Mais le scandale de la surveillance massive opérée sur Internet par la NSA a relancé l'ambition de voir Internet prendre son indépendance. L'ICANN elle-même avait signé une déclaration pour demander sa propre indépendance en octobre 2013.

En France, le président de l'Arcep Jean-Ludovic Silicanni avait eu récemment des mots très durs au Sénat, pour dénoncer l'illégitimité de l'ICANN à gérer le DNS racine de l'internet. "L'enjeu est de mener un " combat ", notamment au niveau européen, pour que la gouvernance de l'internet soit plus intelligente, qu'elle ne soit plus monopolisée par une ou plusieurs instances américaines et enfin pour qu'elle fonctionne de façon plus transparente", avait-il défendu. "Pour avoir une gouvernance rénovée de l'internet, il faut associer l'Europe et les pays émergents".

"L'ICANN se trouvera bientôt à un moment décisif de son histoire ; deviendra-t-il un organisme totalement indépendant, rendant compte de ses décisions aux internautes du monde entier ?", avait demandé la Commission Européenne en 2009. Il semble bien que cinq ans plus tard, la réponse soit oui. Mais il faudra attendre de connaître les détails sur la nouvelle structure et son mode de gouvernance pour en avoir le coeur net. Selon le New York Times, les Etats-Unis ont bien l'intention de dicter les termes de la transition, et ils continueront à refuser que l'ONU gère le DNS d'Internet à travers l'IUT.

La transition commencera à se négocier à partir du 23 mars, date de la prochaine réunion de travail de l'ICANN à Singapour.

Publié par Guillaume Champeau, le 15 Mars 2014 à 14h27
 
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Commentaires à propos de «ICANN : les USA renoncent au contrôle du DNS racine»
Inscrit le 03/10/2011
6613 messages publiés
yapuka trouver un endroit international pour y mettre les serveurs. La lune peut-être.
Inscrit le 03/09/2012
1190 messages publiés
Le seul drapeau qui y "flotte" là haut est américain, donc non, c'est pas international.
Inscrit le 03/10/2011
6613 messages publiés
C'est surtout que je te raconte pas la latence pour avoir ton adresse IP, avec au moins 2 secondes de trajets. ça va faire des drôles de ping.
Et puis si tu dois aller changer un disque dur, faut attendre 2 ans pour fabriquer la fusée pour que Jeannot parte faire la maintenance.
[message édité par Centaurien le 15/03/2014 à 17:36 ]
Inscrit le 17/08/2012
18 messages publiés
Ou sinon un bâtiment de l'ONU qui bénéficie de extraterritorialité.

PS: ou plutôt le pan-nationalité, l'extraterritorialité c'est pour une ambassade. Dans ce cas le bâtiment  appartiendrait au 194 nations (comme le siège de l'ONU a NY)
[message édité par jyhghjf le 15/03/2014 à 16:49 ]
Inscrit le 30/09/2013
1264 messages publiés
Pour aller au siège de l'ONU, il faut passer par les USA.
Inscrit le 10/07/2008
3267 messages publiés
C'est intéressant, la question d'une organisation extra-nationale. Peut-elle se domicilier "nulle part"? A condition qu'elle n'ait ni meubles, ni immeubles ni compte en banque. Il lui reste à se domicilier "partout", avec des chapitres régionaux. Une organisation totalement distribuée en réseau. Chaque bureau tombe sous la législation locale, mais l'organisation elle-même est a-nationale. Est-ce admis par le droit international? Peut-on échapper aux États? Quelque chose me dit que ce ne sera pas la solution retenue. L'ONU, bien entendu, va revenir à la charge comme on a vu de façon scandaleuse à Dubaï.
Inscrit le 13/08/2010
8015 messages publiés
"La racine est la première étape dans la recherche du site final. Elle ne contient que des extensions de type TLD et les adresses IP associées.
2 - Y a-t-il plusieurs racines dans l’internet ?
L’ICANN, monopole autoproclamé, ne connait qu’une seule racine, dont la société Verisign assure le fonctionnement, par contrat avec le Département du Commerce (DOC) étasunien. Toute modification de cette racine doit être approuvée d’abord par l’ICANN, puis par le DOC.
En réalité il existe de nombreuses racines créées par d’autres organismes, pour permettre aux internautes d’utiliser des sites dont, pour diverses raisons, les extensions n’existent pas dans la racine ICANN."

http://www.open-root.eu/?lang=fr
[message édité par mosquito33 le 15/03/2014 à 22:40 ]
Inscrit le 07/06/2009
239 messages publiés
Personnellement, j'attendrai de voir les détails pour affirmer que c'est une bonne nouvelle... Les DNS gérés par une organisation internationale indépendante, oui. Mais gérés par une organisation contrôlée par les représentants des Etats, cela risque de sonner la fin de l'internet ouvert. On peut toujours râler sur la mainmise US sur le réseau, mais les infrastructures sont toujours restées relativement neutres. Je suis peut-être parano, mais je pense que beaucoup d'Etats voient surtout dans cette transition une belle occasion de pouvoir à terme censurer/filtrer/civiliser (rayer les mentions inutiles selon votre lieu de résidence) le net "à la racine". Et que la Commission européenne demande que l'Icann puisse rendre compte aux "internautes du monde entier" ne me rassure pas. On connait la logique de la commission, vous pouvez déjà remplacer  "internautes" par  "lobbies" et "gouvernements". Qui prendront les bonnes décisions pour votre bien, évidemment...
Inscrit le 29/08/2008
1135 messages publiés
Bel avis que je partage, on sait ce qu'on perd on sait pas ce qu'on gagne.
Inscrit le 17/03/2014
35 messages publiés
Est-ce qu'il y a une émanation de l'ONU qui n'est pas de la merde?
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