Sans reconnaître d'erreur de jugement, Google a rétabli l'accès au compte Google Adsense de Numerama. Il avait été fermé pour la diffusion d'une photographie de nu publiée par le Musée du Jeu de Paume.

Mardi, nous rapportions que Google avait décidé de couper à Numerama l'accès à sa régie publicitaire Google AdSense, en nous intimant de censurer une photographie d'art d'une femme posant nue pour pouvoir retrouver l'accès aux ressources publicitaires dont nous dépendons pour partie. Ironie du sort, la photo était issue d'un article dans lequel nous critiquions la décision de Facebook de censurer la page du Musée du Jeu de Paume, dont cette photographie de Laure Albin Guillot était issue. Nous y dénoncions la volonté des géants du web américains d'imposer partout dans le monde la culture pudibonde américaine, qui tolère les pires violences mais pas l'image du corps humain dans son état le plus naturel.

Comme nous l'expliquions hier, Numerama a refusé de céder à cette demande de censure, et maintenu la photographie dans l'article, au risque de perdre définitivement l'accès à Google Adsense, et donc à des ressources précieuses (il n'existe malheureusement aucun véritable concurrent à la régie de Google en France, pour la vente d'espaces publicitaires "en gros", qui permettent de compléter les campagnes vendues directement et spécifiquement aux annonceurs).

Il en allait d'une question de principe pour la sauvegarde de la liberté d'expression. Si l'on peut comprendre que le contrat de la régie publicitaire de Google exclut les contenus pornographiques ou les contenus érotiques les plus provocateurs, il était difficilement admissible que ces clauses soient étendues jusqu'aux photographies d'art illustrant une actualité.

Heureusement, il semble que Google se soit rallié à cet avis. C'est en tout cas la déduction qu'il nous faut faire.

Lundi soir, Google Adsense nous a en effet informé que l'accès à notre compte était rétabli. Mais toujours fidèle à sa tradition des e-mails non personnalisés, la régie nous remercie "d'avoir apporté les modifications nécessaires à votre site afin de le rendre conforme à notre règlement", alors que nous n'avons rien modifié du tout. "Vos résultats avec Google AdSense s'en trouveront améliorés", assure-t-elle également. Il n'y a ni reconnaissance d'erreur de jugement, ni bien sûr d'excuses.

"Nous avons réactivé la diffusion d'annonces sur le site numerama.com", annonce le message de la régie, pour qui c'est bien l'essentiel.

Merci pour nous.

Mais pour tous les autres, nous ne saurions que trop conseiller à Google Adsense d'effectuer un contrôle manuel collégial des pages qui justifient selon lui la fermeture d'un compte. Il s'agit d'une décision trop lourde de conséquences pour être ainsi confiée à l'arbitraire d'un algorithme ou au jugement d'un seul employé trop sensible ou trop zélé. Numerama a la chance de bénéficier d'une visibilité médiatique qui a peut-être (probablement) joué dans la rapidité avec laquelle le compte a été rétabli. Mais nous avons reçu de nombreux témoignages d'autres webmasters, aux sites beaucoup plus confidentiels, qui ont dû se battre beaucoup plus longtemps. Par ailleurs, pour Numerama, AdSense n'est qu'un revenu d'appoint ; mais pour beaucoup de sites de moindre importance, la dépendance à la régie de Google est beaucoup plus forte. Cela impose une responsabilité.

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