Publié par Guillaume Champeau, le Mercredi 04 Septembre 2013

Microsoft envisage une imprimante 3D d'objets électroniques !

Pourra-t-on un jour imprimer soit-même son smartphone ou sa montre connectée, sans rien comprendre à l'électronique ? C'est le rêve que fait Microsoft, qui a déposé un brevet sur une imprimante 3D capable d'assembler des composants électroniques et de programmer les micro-contrôleurs, pour faire exactement l'objet voulu par l'utilisateur. Science-fiction, ou bientôt réalité ?

On savait Microsoft très intéressé par l'impression 3D, avec l'intégration de drivers d'imprimantes 3D dans Windows 8.1, et leur support en natif. "Beaucoup d'experts pensent que l'impression 3D pourrait aider à faire éclore une Renaissance de la fabrication", avait déclaré la firme de Redmond en juin dernier. Mais l'on ne savait pas à quel point Microsoft voyait loin, dans les capacités nouvelles que pourraient offrir les imprimantes 3D du futur.

La firme a en effet déposé un brevet (.pdf), qui vient d'être rendu public, dont le nom cache largement ses ambitions. Titré très modestement "impression tri-dimensionnelle", le document cache en réalité une machine personnelle à fabriquer des objets électroniques à la demande. C'est beaucoup, beaucoup plus révolutionnaire que la simple impression 3D de modèles plastiques.

Sur la base d'un "substrat" obtenu par différentes techniques, l'imprimante imaginée par Microsoft serait capable d'aller piocher les composants électroniques dont elle a besoin pour concevoir un objet de toutes pièces, de A à Z. L'objectif est que Madame Michu puisse imaginer le produit de ses rêves et le fabriquer chez elle sans rien comprendre à l'électronique.

"Un utilisateur pourrait, par exemple, sélectionner une option pour inclure une fonctionnalité de monitoring de santé au sein de l'objet, tel qu'un bracelet à porter par l'utilisateur, qui soit utilisable pour détecter le rythme cardiaque de l'utilisateur. Si cette option est choisie, le module d'impression en trois dimensions pourrait déterminer quels composants doivent être utilisés pour cette fonctionnalité ainsi que la manière dont ces composants sont interconnectés dans l'objet tri-dimensionnel", explique Microsoft. "Ainsi, dans cet exemple, un utilisateur pourrait sélectionner une fonctionnalité à inclure dans l'objet sans "comprendre" comment cette fonctionnalité doit être implémentée".

A l'instar des cartouches d'encre que l'on met dans l'imprimante papier, Microsoft imagine donc que son imprimante 3D pourra recevoir des cartouches de composants d'affichage (LED, encres luminescentes, ...), des cartouches de capteurs (lumière, son, infra-rouge, température, accéléromètre, gyroscope...), des cartouches de modules de communication (WiFi, Bluetooth, Ethernet, RFID...), ou encore des cartouches de processeurs et micro-contrôleurs. Ces derniers pourront être programmés par l'imprimante pour orchestrer l'ensemble de façon à ce que les fonctionnalités voulues par l'utilisateur fonctionnent.

Magique.

Et pas totalement irréaliste.

De la production de masse à la production personnelle massive

En eux-mêmes, les composants valent le plus souvent quelques centimes (voir dixièmes de centimes), et quelques euros pour les plus chers. Il est donc possible de proposer des cartouches de composants à des prix relativement abordables. Par ailleurs, il existe déjà des imprimantes de composants SMT (techniques de montage en surface) qui, imitant très lentement les processus industriels infernaux des usines de montage, sont capables d'aller cueillir les composants et de les placer au bons endroits sur un circuit imprimé.

Pour Microsoft, une telle imprimante 3D ne répond pas seulement à une attente du public, avide de pouvoir réaliser chez lui des produits très personnalisés. Elle répond aussi à une logique économique. "Les économies d'échelle sont mises en place, conventionnellement, pour diminuer le coût de production des biens. Y parvenir peut impliquer des dépenses importantes significatives en capital, en usines, etc., pour produire les biens", fait remarquer la firme de Redmond. "De plus, cela implique aussi de localiser ces usines à une distance significative d'un potentiel client. Dès lors, l'utilisation de ces techniques conventionnelles pour maximiser les économies d'échelle peut aussi résulter en des inefficacités (économiques), telles que la distribution de ces biens aux clients potentiels, la production de biens inutilisés ou non voulus, etc.".

Avec l'impression d'objets électroniques à la demande, il n'y a certes pas d'économie échelle (sauf sur les cartouches de composants), mais il n'y a plus de coût de distribution des produits, ni de stock à gérer, de retours d'invendus, d'usines à organiser, etc.

Tout est délégué au client final, jusqu'à la R&D et au marketing, puisque c'est le consommateur qui imagine le produit qu'il veut avoir, qui le conceptualise à l'aide d'un logiciel "intelligent", et qui partage ces idées avec le reste du monde — ce qui ne sera pas sans faire naître un débat passionnant sur la propriété intellectuelle de ces inventions plus ou moins générées par ordinateur, et par les consommateurs.

Bien sûr, il ne fait aucun doute (même si le brevet n'en dit pas un mot) que Microsoft tentera de contrôler ces inventions par le biais de DRM sur les impressions 3D, ou par l'imposition de formats propriétaires sur les cartouches de composants. Mais c'est clairement une voie d'avenir qu'imagine Microsoft, où l'on verra se dessiner une zone grise entre le monde de l'open hardware (Arduino, RepRap, Raspberry Pi...), et celui de l'industrie traditionnelle au matériel propriétaire. Fascinant.

Publié par Guillaume Champeau, le 4 Septembre 2013 à 19h27
 
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Commentaires à propos de «Microsoft envisage une imprimante 3D d'objets électroniques !»
Inscrit le 03/09/2012
1201 messages publiés
Si DRM, il ne sera pas donc possible de développer puis imprimer un processeur sous licence libre...
Inscrit le 17/01/2014
233 messages publiés
Je ne vois pas le rapport.

Un DRM peut t'imposer d'acheter les composants chez un partenaires, et de contrôler la machine avec un logiciel propriétaire.

Je n'ai jamais vu un DRM incompatible avec une toute licence libre.
Inscrit le 19/10/2009
6469 messages publiés
Ah ben tu m'étonnes, que c'est tout bénef pour cro$oft...

Non seulement tu achètes les composants ( copyrightés, oeuf corse, les composants, genre si pas vendu par un' partenaire ', ' l'imprimante ' n'en voudra pas... ), non seulement tu achètes l'outil de production ( toujours au même copyrighteur... ), mais en plus tu vas produire à sa place...

Elle est pas belle, la vie ?

Ben quoi, pourquoi s'emmerder avec des tinois, Bangladais, Pakistanais et autres Indous, alors que on pourrait asservir ces cons-là à l'extrême ?
Inscrit le 24/02/2009
2242 messages publiés
Bof.
Durant les années 80 90 les étudiants en électronique créaient leurs schémas, imprimaient leurs cartes, les perçaient puis y soudaient leurs composants. On y faisait des prototypes de CPL, WiFi, panneaux a LED, etc.
On avait de bons petits gadgets pour quelques dizaines de francs.
Maintenant ces gadgets coutent si peu, sont si miniaturisés que ce n'est pas la peine de les faire a la main. et encore moins d'acheter une imprimante pour ça.
Le plus-value serait négatif. ( 1,5€ de plastique donne pour 15€ de truc, mais 15€ de cartouches microsoft ne donnerait pas une montre a 1,5€ )

Autant je serais intéressé par une imprimante 3D "formes", autant ce truc me laisse dubitatif.

Le seul avantage sera de booster KiCad .
Inscrit le 30/07/2013
574 messages publiés
Je n'ai pas trop compris en quoi c'est de l'impression 3D ; on dirait un truc comme les machines actuelles qui servent à assembler des composants dans les usines, non?
Inscrit le 13/08/2002
24728 messages publiés
En fait j'ai pas détaillé l'aspect "impression 3D", mais il y aurait l'association des deux. Impression 3D (pour le circuit imprimé notamment) + machine d'assemblage.
Inscrit le 30/07/2013
574 messages publiés
Yep.

Cela dit je le sens moyen grand public ce truc ci, contrairement aux applications pour faire des formes, du vase à fleurs à la figurine en passant par coques pour smartphones.
Inscrit le 15/08/2008
2853 messages publiés
Ils ont le droit de poser un brevet si ils ne sortent aucun produit correspondant ? Et si une autre entreprise développe ce procédé avant ?
Inscrit le 16/06/2009
352 messages publiés
breveter ce genre de chose est idiot, le principe est recherché par tout les concepteurs de reprap depuis belle lurette ... c'est juste essayer de s'approprier une idée générique, une fois de plus.

Sus aux brevets !
Inscrit le 13/08/2002
24728 messages publiés
Tout à fait. Est-ce que tu sais si certains ont réussi à faire un pseudo prototype d'ailleurs ?
Inscrit le 16/06/2009
352 messages publiés
je n'ai pas connaissance d'un prototype complet, mais une recherche "3d printed circuit board" sur DuckDuckGo ramène quelques résultats intéressants, qui montrent clairement que le procédé est recherché depuis un bail ...
Inscrit le 16/06/2009
352 messages publiés
en fait, il est mention d'une étape importante dans cette direction dans le texte descriptif de la plaque electronique "Generation 7" destinée à être fabricable à la maison (toner transfer pour la pcb p.ex. )
http://reprap.org/wi...n_7_Electronics

"A long term future goal is to print the electrical tracks directly."

quand il sufit ensuite de changer la tête d'impression par une tête "pick&place" pour que la même machine place ensuite les composant automatiquement, il ne reste que la soudure finale, qui peut être une simple mise au four domestique avec un programme particulier ...

microsoft va au devant d'une belle dérouillée si ils essayent de capturer ça...
Inscrit le 02/07/2012
112 messages publiés
Ou comment s'approprier une révolution économique à venir. Le pire dans cette affaire, c'est qu'ils n'ont rien inventé, rien produit, aucune valeur ajoutée donc, mais juste breveté un concept. Comment se fait-il qu'un brevet puisse être déposé avant que l'objet ne soit concret ??? Ca me dépasse. C'est comme si je posais un brevet sur la téléporation, ou la transmutation du plomb en or, histoire d'assurer un avenir florissant à ma descendance. Quoique je dois être bien naïf, une société ayant déjà dû déjà déposer le brevet il y a belle-lurette... Gué-guerre de brevet en prévision, assurment. Et qui payera la facture ? Toujours le client mouton end-user final. Merci Micro$oft !
Inscrit le 04/06/2009
706 messages publiés
"la transmutation du plomb en or", pas besoin de breveter cela, vu que c'est déjà réalisable.
Bon, faut un peu de matos bien sur, comme, entre autre, un accélérateur de particules
Inscrit le 24/02/2009
363 messages publiés
Un brevet ça coûte de l'argent et ça a une durée de vie limitée (en général un brevet n'offre le monopole d'exploitation que pendant 20 ans). C'est pour ça qu'on ne peux pas breveter tout et n'importe quoi : si tu brevettes la téléportation, ça va te coûter en tout plusieurs milliers d'euros, et si personne ne désire exploiter cette invention pendant les 20 ans de durée du brevet, tu ne pourras pas la rentabiliser.
En théorie, si on dépose un brevet, c'est qu'on souhaite en faire l'exploitation dans les années qui viennent. Par contre, il y a aussi des abus avec des sociétés qui déposent des brevets très flous mais qui couvrent a priori des technologies parfaitement réalisables : ces sociétés ne désirent pas exploiter le brevet, mais juste le revendre à très court terme. Dans le cas de Microsoft, je pense qu'ils vont avoir beaucoup de difficultés à concrétiser cette idée, et pourtant ils ne vont probablement pas revendre ce brevet. Je ne pense pas non plus qu'ils veuillent s'accaparer le marché : à mon avis, ils veulent juste empêcher la concurrence de le faire. J'ai tendance à penser que c'est pas plus mal pour le consommateur que le brevet soit poser maintenant : je vois mal cette idée mettre moins de 10 voire 20 ans, avant d'être populaire auprès du grand public, et à ce moment là il n'y aura plus de brevet en cours.
Inscrit le 17/01/2014
233 messages publiés
N'importe quoi.

Tu ne peux pas breveter un "concept" comme la transmutation. C'est juste impossible. Tu ne peux breveter qu'un procédé de transmutation. Si j'invente un autre procédé de transmutation, qui en plus est meilleur (plus efficace, plus rapide, moins cher), je n'en ai rien à faire de ton brevet.
Inscrit le 10/06/2005
6355 messages publiés
ze_katt (Modérateur(rice)) le 05/09/2013 à 12:56
Le mouton end user (toi compris) paie déjà la facture quand il doit jeter un objet pour une minuscule pièce qui n'est plus fabriquée. J'ai par exemple chez moi une machine à laver qui refuse de fonctionner plus parce que le contacteur de porte est h et que ca se fabrique plus. Si j'avais pas dans mon entourage quelqu'un capable de désactiver la sécurité, elle serait partie à la poubelle depuis 4 ans et pourtant elle lave le linge sans aucun défaut.
Inscrit le 02/07/2012
112 messages publiés
L'obsoléscence programmée a encore de beaux jours devant elle en effet, je ne me fais aucune illusion. Et on peut faire confiance à Microdobe pour péréniser le système et instaurer, par exemple, une date limite (cf. http://www.numerama.com/magazine/26902-microsoft-veut-rendre-les-e-mails-autodestructibles.html ) à l'impression de certaines pièces "clé", ceci d'entente avec les groupes de fabricants d'électroménager par exemple. Je frétille déjà à l'idée de lire les explications fumeuse qui nous seront servies pour justifier l'inexplicable
Inscrit le 02/07/2012
112 messages publiés
Et je rajouterai, ze_kat, que je l'ai réparé tout seul mon lave vaisselle qui me faisait des râles de fin de vie à cause d'un faux contact de la porte.... avec du scotch donc pas si end-user que ça quand-même ;o)
Inscrit le 17/01/2014
233 messages publiés
La fameuse "obsolescence programmée" est une théorie non démontrée.
Inscrit le 02/09/2008
1237 messages publiés
J'avais déjà lu un article sur ce principe dans l'Ordinateur Individuel, fin des années 90.
Inscrit le 05/03/2009
661 messages publiés
Ce brevet pue comme les chiottes mal lavées car c'est un brevet international. Je parie qu'en ce moment ce genre de brevet n'aurais pas passé en USA en raison de "prior art" sur plusieurs aspects.
Inscrit le 03/11/2008
565 messages publiés
finalement le synthétiseur de "star-trek next génération" va finir par exister un jour à la vitesse ou çà va là.
Inscrit le 27/05/2010
6 messages publiés
il fallait oser associer Rapsberry Pi et Open hardware ....
Inscrit le 25/12/2012
16 messages publiés
Histoire de dire FUCK aux chinois.
Vive l'Amérique!!!
Inscrit le 26/10/2009
18 messages publiés
bein histoire de revolutionner le monde pas fuck au chinois , sa créera des emploi ce genre d'outils , enfin sa donnera la chance de faire apparaitre de nouveau talentueux , car meme si certain personne ne connaisse pas l'electronique , il peuvent creer des oeuvre d'arts voila
Inscrit le 17/01/2014
233 messages publiés
"ce qui ne sera pas sans faire naître un débat passionnant sur la propriété intellectuelle de ces inventions plus ou moins générées par ordinateur, et par les consommateurs."



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