En Grande-Bretagne, le gouvernement demande aux FAI de s'engager à mettre en place un système de filtrage par défaut qui bloquerait l'accès, dans un premier temps, aux sites pornographiques. Ceux qui souhaitent débloquer les sites devront le faire savoir explicitement et prouver leur identité. Dans un second temps, d'autres catégories de contenus seront concernées.

L'idée ne fait plus de bruit en France, ce qui ne veut pas dire qu'elle est totalement repoussée. En Grande-Bretagne, le gouvernement fait pression actuellement sur les fournisseurs d'accès à internet pour qu'ils mettent en place l'an prochain un filtrage par défaut des contenus pornographiques, au prétexte de ne plus risquer que des enfants tombent par hasard sur des contenus réservés aux adultes. Pour débloquer l'accès aux sites figurant sur liste noire, les abonnés devraient manifester auprès du FAI leur souhait de consulter des sites pornographiques.

Contrairement aux logiciels de filtrage installés sur les ordinateurs des abonnés, le "contrôle parental" n'est plus sous le contrôle exclusifs des parents, mais sous la surveillance active des fournisseurs d'accès à internet, et éventuellement des autorités publiques.

L'idée du filtrage par défaut au coeur du réseau des FAI avait été proposée en 2011 outre-Manche, à un moment où des députés français souhaitaient la même chose en France. Mais comme nous l'avons souvent répété, le danger du filtrage par défaut est justement qu'il aboutit à ficher les internautes qui demandent à accéder à certains types de contenus préjugés impropres. S'il peut être gênant de contacter son FAI pour demander le déblocage des sites pornos, il devient carrément suspect de demander à débloquer des sites considérés comme faisant l'apologie du terrorisme, des sites accusés de propager des contenus pédopornographiques, ou des services désignés comme des plateformes de piratage par les ayants droit du cinéma ou de la musique. Celui qui a des raisons légitimes d'y accéder devra s'en expliquer, ou prendre le risque d'avoir des explications à fournir.

Il ne s'agit pas d'une paranoïa, mais bien d'une réalité. La BBC a en effet révélé le contenu d'un courriel adressé aux principaux FAI par le ministère de l'éducation, en guise de préparation à une déclaration publique du premier ministre David Cameron. Le gouvernement britannique demande aux FAI de s'engager à mettre en place un système "d'interception du navigateur", qui exige de l'internaute qu'il exprime explicitement son choix de ne pas bloquer les contenus pornographiques. Puis surtout, "le premier ministre s'attend à ce que les clients aient l'obligation de prouver leur âge/identité avant toute modification aux filtres", et demande aux FAI de "confirmer les informations précises qui sont demandées pour permettre au client d'accéder, de configurer et de modifier leurs filtres". Ceux qui demandent à ne pas filtrer seront identifiés précisément.

Or, le ministère de l'éducation prévient les FAI que "vous recevrez probablement un autre message des collègues du [Ministère de la Culture] et du [Ministère de l'Intérieur] concernant la lutte contre les images illégales", une fois la question du filtrage de la pornographie résolue. Or si c'est illégal, il n'y a plus de motif valable de s'opposer au filtrage.

Contrairement à la "vie réelle", avec le filtrage sur Internet il n'est plus seulement illégal d'être dans l'illégalité. Cela devient impossible (si tant est que les filtres soient efficaces). Ce qui devrait décupler le sens des responsabilités du législateur.

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