Nous publions dans ces lignes un excellent article de notre confrère anglophone Slyck, qui résume ici parfaitement la situation et les enjeux du Peer to peer aujourd'hui. Il semble que tout ne pas rose dans la communauté P2P. Quelques communautés de partage des fichiers se trouvent en confrontation directe avec leur propre population. Des clients comme Grokster, Kazaa et Morpheus sont en première ligne des critiques, qui semblent centrées avant tout sur l'inclusion de spywares et adwares. Bien que cela ne semble pas gêner une bonne partie de leur population respective, le fossé continue de s'élargir entre les enthousiastes "purs et durs" du P2P et le "grand public" amené par le logiciel.

Des applications comme « Clean Grokster », « Clean iMesh », « Diet KaZaa » ou « Kazaalite » sont-elles grand public ? Bien sûr que non (ndlt : il s’agit de versions modifiées illégales de ces logiciels, sans spyware ni publicité). La plupart de ceux qui peuplent le réseau FastTrack n’ont probablement jamais entendu parler de telles applications. Pourtant, ceux qui utilisent des clients « illicites » représentent un nombre grandissant d’individus qui sont devenus indésirés sur de tels réseaux propriétaires.

Cette minorité croissante, comme bien d’autres dans la communauté P2P, se retrouve dans une génération où la musique et les films gratuits sont un mode de vie espéré. Ca n’est plus rare pour un utilisateur de devoir parcourir Internet pour se retrouver simplement confronté à des liens cassés. Pratiquement toutes les chansons et toutes celles que vous pourriez jamais demander sont accessibles par quelques clics de souris. Le boom audio/vidéo n’a pas seulement provoqué une spectaculaire montée des réseaux P2P, il a aussi généré un intérêt renouvelé pour les anciens moyens de partages de fichiers comme l’IRC, le FTP et les newsgroups.

Donc tout est gratuit… De la musique gratuite, des films gratuits, des clips gratuits, des ISOs… et la liste continue. Ca a atteint le point où les films sont devenus « Napsterisés ». Avec un minimum d’effort, la plupart des nouvelles sorties et la plupart des films récents sont disponibles sur WinMX ou FastTrack. L’IRC (ndlt : serveurs de discussions en direct) est devenu un point central pour des clips vidéos de grande qualité, et les newsgroups sont restées l’un des endroits les plus pertinents pour trouver les dernières sorties cinéma. La pre-release de « Star Wars, Episode 2, L’Attaque des Clones » sert de témoignage aux ressources intarissables de Usenet. La plus grande crainte de l’industrie cinématographique que les films deviennent gratuitement disponibles à la demande est devenu réalité.

Avec toute cette liberté, la technologie P2P se trouve plongée dans l’équation. D’un côté, vous trouvez des réseaux comme Gnutella, Blubster, WinMX, FileTopia et eDonkey2000 qui semblent se conformer au standard du réseau P2P « gratuit ». Ces communautés sont parvenues à rester dans les bonnes graces de la populace P2P la plus « hardcore », avant tout parce qu’ils n’ont pas de spyware/adware, et n’ont pas affiché d’intention de devenir un réseau payant.

De l’autre côté, des clients propriétaires comme Grokster, FastTrack et Morpheus (nldt : Morpheus fait aujourd’hui parti du réseau Gnutella, mais sous forme commerciale) ont des problèmes pour s’attirer le support de la communauté P2P. Certains ont même été jusqu’à dire que la fermeture potentielle de FastTrack serait « bénéfique » à la communauté P2P. Il est devenu clair depuis quelques mois que ces clients cherchent à travailler main dans la main avec les industries musicales et cinématographiques. En outre, les conditions d’utilisation de Kazaa et de Grokster suggèrent toutes deux que des futures versions puissent réclamer le versement d’un abonnement payant, un concept qui ne s’accomode pas avec la foule la plus loyale du P2P. De plus, plus il y a de clients open-source, mieux c’est. Ce type de développements encourage cette philosophie et lui garantie quasiment un continuel développement.

L’autre idéologie en vogue cible davantage un compromis avec les industies du disque et du cinéma. FastTrack, Napster et Scour se rangeraient dans cette catégorie, vu qu’ils ont essayé de négocier avec l’industrie du divertissement. SongSpy, qui a été acheté par IMG Entertainment, a rejoint ce camp récemment. Ce réseaux P2P centralisé va relancer leur logiciel dans les prochains mois. Ils vont prendre leur modèles existant de points « Karma » et l’utiliser pour en faire des réductions sur les produits. Plus vous partagez, plus vous avez de points « Karma ». Plus vous avez de points, plus les réductions sont importantes sur le catalogue SongSpy. Les revenus seront alors utilisés pour payer des royalties à l’industrie musicale.

Quelle philosophie reignera finalement… pas facile de poser ce concept à plat sur du papier. Cependant, cette sorte de concurrence a renforcé le réseau P2P à un point où il s’agit pratiquement d’une force irrésistible. Beaucoup de réseaux sont presque impossible à fermer et les industries du disque et du cinéma montre leur désespoir en soutenant une legislation folle comme le « P2P Piracy Prevention Act » d’Howard Berman, qui tombera très vraissemblablement mort dans la Chambre des Représentants. La RIAA et la MPAA (ndlt : équivalent de la RIAA pour le cinéma) ont beaucoup à perdre dans l’année à venir. FastTrack a déjà gagné son procès aux Pays-Bas, ce qui pourrait servir de précédent dans leur prochain procès aux Etats-Unis. S’ils perdent contre FastTrack et si leur glorieux projet de loi anti-P2P meurt dans la Chambre, les conséquences de telles actions pourraient finalement contraindre ces industries à adoucir leur approche autoritaire de la musique dans l’ère digitale.

Traduit de l’anglais d’après l’article original de Slyck.com :
http://www.slyck.com/newsaug2002/080602a.html

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