Le PDG d'Apple, Tim Cook, a annoncé le retour de la production  des ordinateurs Mac aux USA en 2013. L'entreprise veut ainsi contribuer à l'économie américaine et soutenir l'emploi. Mais la démarche, si elle est encourageante pour les Américains, devrait rapidement connaître ses limites.

Apple serait-il en train de céder aux sirènes du patriotisme économique ? Dans un long entretien accordé à Business Week, le directeur général de la firme à la pomme a annoncé la relocalisation aux États-Unis d’une partie de la production des ordinateurs Mac. Ce rapatriement aura lieu l’année prochaine et entrainera de la part d’Apple un investissement de 100 millions de dollars (environ 76 millions d’euros).

« Je pense que nous avons la responsabilité de créer des emplois. Je ne pense pas que nous avons la responsabilité de créer un certain type d’emploi, mais je pense que nous avons la responsabilité d’en créer« , a expliqué Tim Cook à l’hebdomadaire. « Nous avons travaillé sur ce projet depuis longtemps. […] « Nous en sommes très fier« .

Sans aucun doute, la nouvelle fera également très plaisir à Barack Obama, dont une partie de sa campagne a tourné autour de la relocalisation des emplois (back in America) et la ré-industrialisation du pays (À noter que Barack Obama a reçu 271 272 dollars de dons de la part d’Apple pour sa campagne, selon OpenSecrets, bien plus que tous les autres candidats réunis).

En ces temps de crise, se montrer économiquement responsable et faire preuve d’une solidarité particulière sont autant de comportements appréciés dans l’opinion publique. C’est pour cette raison que Google avait ainsi mis en avant le fait que le Nexus Q soit intégralement conçu et fabriqué aux États-Unis. Cependant, la construction 100 % aux USA de l’appareil a finalement été abandonnée.

Apple dans l’économie américaine

Si Apple veut rapatrier une partie de la production des Macintosh, pas question pour autant de tout faire lui-même. « Cela ne veut pas dire qu’Apple va tout faire lui-même, mais nous allons travailler avec d’autres et nous allons investir notre argent« , a précisé le PDG du groupe. Dès lors, le groupe ne devrait pas mettre sur pied une nouvelle ligne de production en construisant une nouvelle usine.

Aujourd’hui, Apple dispose de deux usines d’assemblage consacrées à l’iPhone dans le pays. La première est située au Texas et s’occupe du processeur. La seconde est dans le Kentucky et sert à la fabrication du verre. Mais Apple est également présent à travers ses centres de données : trois sont en construction dans divers États américains, ainsi qu’un campus.

L’environnement créé par Apple représente 598 500 emplois aux États-Unis. Une majorité (307 250) est employée en ingénierie et dans la fabrication, le reste (291 250) évolue dans l’économie des applications iOS. Ce nombre, très élevé, ne comprend pas uniquement la masse salariale du groupe. Il intègre aussi les effectifs estimés de l’ensemble de ses sous-traitants et des firmes développant pour son écosystème.

L’objectif d’Apple apparaît comme un revirement, puisque l’entreprise a fait comme de très nombreuses sociétés dans le monde : elle s’est ruée vers les pays en voie de développement pour profiter de leurs faibles coûts de production, de leur conditions de travail assez laxistes et de leur main d’œuvre très bon marché. Le géant de Cupertino est ainsi très engagé en Chine, via les usines de Foxconn.

Une démarche qui a ses limites

La démarche engagée d’Apple se veut presque politique. Mais pour autant, l’entreprise peut-elle aller loin dans cette logique ? La réalité de l’économie ne mettra-t-elle pas un terme aux efforts du groupe de produire américain et, autant que possible, soutenir l’économie du pays ? Plusieurs observateurs ont affiché un certain scepticisme, estimant que l’assemblage ne pourrait pas faire son retour aux USA.

« Tant de savoir-faire a été perdu au profit de l’Asie, et il n’y a aucune raison décisive pour que celui-ci revienne. C’est formidable lorsqu’une entreprise dit qu’elle veut créer des emplois américains. Mais c’est seulement utile au pays […] si cela est un point de départ d’une réaction en chaîne ou une partie d’un grand changement économique« , a commenté  Andre Sharon, professeur à l’université de Boston.

« Ce qui a incité Apple à faire assembler ses téléphones en Chine n’est pas tant le faible coût de la main-d’œuvre que sa flexibilité : là-bas, on peut tirer du lit 8000 ouvriers en pleine nuit et les mettre au boulot« , écrivait en début d’année le New York Times. Et cela, même si l’entreprise disposerait toujours d’une marge confortable si elle assemblait ses appareils aux USA.

Et de laisser la parole à un responsable américain de l’entreprise, qui explique que la main d’œuvre américaine est inadaptée. « On ne devrait pas nous reprocher de faire appel à la main-d’œuvre chinoise. Les États-Unis ont cessé de former des gens présentant les compétences dont nous avons besoin« . Apple n’a pas d’autre choix que de miser sur la main d’œuvre étrangère pour satisfaire la demande mondiale

« Selon les responsables d’Apple, il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs disposant des qualifications nécessaires aux États-Unis, et pas assez d’usines suffisamment flexibles et réactives« , ajoutait le quotidien américain. Les efforts d’Apple ne peuvent se faire donc qu’à la marge. L’essentiel de la fabrication des composants et de l’assemblage des appareils devrait se poursuivre hors du pays.

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