Ça y est, l’iPhone peut voter, acheter de l’alcool et ouvrir un compte en banque.
Le 29 novembre 2007, il y a tout pile 18 ans, Apple commercialisait en France le tĂ©lĂ©phone qui allait changer son histoire. Le premier iPhone avait Ă©tĂ© annoncĂ© le 9 janvier 2007 par Steve Jobs, puis commercialisĂ© le 29 juin 2007 aux États-Unis. Il avait fallu attendre cinq mois de plus pour pouvoir l’acheter lĂ©galement en France, au Royaume-Uni et en Allemagne. Il s’agissait des trois seuls pays, en dehors des États-Unis, Ă pouvoir l’acheter dès sa première annĂ©e.
1) La France est le quatrième pays Ă avoir reçu le premier iPhone (et il n’y en a pas eu beaucoup)
Pour Apple, la France est un marchĂ© important. La preuve : l’iPhone est sorti chez nous avant de très nombreux autres marchĂ©s, comme le Canada et le Japon. Son calendrier de dĂ©ploiement Ă©tait le suivant :
- États-Unis : 29 juin 2007. Apple, comme souvent avec ses nombreux produits, commence par le marché local.
- Royaume-Uni : 9 novembre 2007, en partenariat avec l’opĂ©rateur O2.
- Allemagne : 9 novembre 2007, en partenariat avec T-Mobile.
- France : 29 novembre 2007, en partenariat avec Orange.
En 2007, Apple dĂ©butait Ă peine dans la tĂ©lĂ©phonie mobile, un secteur qu’elle ne maĂ®trisait pas du tout. La marque a rapidement misĂ© sur la France, en en faisant son quatrième marchĂ© officiel. Tous les iPhone sont depuis sortis en France simultanĂ©ment aux États-Unis.
Deux autres pays europĂ©ens ont eu droit Ă l’iPhone de première gĂ©nĂ©ration : l’Irlande et l’Autriche (14 mars 2008). Le reste du monde n’a jamais pu l’acheter : c’est avec l’iPhone 3G, en juillet 2008, qu’Apple a attaquĂ© le monde entier, dont le Canada et le Japon, deux de ses marchĂ©s privilĂ©giĂ©s.

2) 49 euros par mois : les « forfaits iPhone » coûtaient une fortune
Ă€ l’Ă©poque dĂ©butant sur le marchĂ© du tĂ©lĂ©phone, Apple a totalement rĂ©inventĂ© la manière de vendre un smartphone en 2007.
Son idĂ©e : nouer un partenariat exclusif avec des opĂ©rateurs locaux pour rapidement gagner en visibilitĂ©. Au lieu de dĂ©marcher les revendeurs pour vendre son iPhone partout, Apple a inversĂ© le processus commercial. La marque a demandĂ© aux opĂ©rateurs de lui faire des propositions en partant du fait qu’elle n’accepterait que la plus avantageuse pour elle. C’est Orange qui a remportĂ© la mise en France avec l’obligation de mettre en avant l’iPhone dans tous ses magasins, de faire de la publicitĂ© pour Apple et de ne pas pas promouvoir sa marque sur l’appareil (pas de logo Orange au dos, comme tout le monde le faisait Ă l’Ă©poque). En Ă©change, Orange gagne l’exclusivitĂ© dont tout le monde rĂŞve : celle qui va attirer des abonnĂ©s.

Pour pouvoir utiliser pleinement son iPhone chez Orange, il Ă©tait vivement recommandĂ© de souscrire un « forfait iPhone », avec des services exclusifs comme la messagerie vocale visuelle, alors inventĂ©e par Apple. Ces forfaits coĂ»taient une fortune : l’opĂ©rateur proposait 2h d’appel et 50 SMS pour 49 euros par mois, 3h et 100 SMS pour 59 euros par mois, 5h et 150 SMS pour 79 euros par mois et 8h et 1000 SMS pour 119 euros par mois. On sent que Free Mobile n’Ă©tait pas encore passĂ© par lĂ .
Autre avantage de l’exclusivitĂ© : les iPhone Ă©taient « simlockĂ©s ». On ne pouvait pas acheter un iPhone chez Orange et mettre une carte SIM SFR Ă l’intĂ©rieur, ça ne fonctionnait pas. Il fallait jailbreaker son iPhone pour contourner le verrouillage opĂ©rateur : c’est d’ailleurs ce qu’avaient fait de nombreuses personnes entre juin et novembre, avec des iPhone achetĂ©s aux États-Unis.
3) L’iPhone coĂ»tait 399 euros : une lĂ©gende urbaine et mĂ©diatique
Dans les tableaux sur l’Ă©volution des prix des iPhone, on voit souvent revenir un prix : 399 euros. La lĂ©gende urbaine raconte que le premier iPhone coĂ»tait trois fois moins cher qu’un iPhone 17 Pro et sert Ă illustrer la montĂ©e des prix de nos tĂ©lĂ©phones. Mais cette donnĂ©e est en rĂ©alitĂ© complètement fausse.
Ă€ l’Ă©poque, l’iPhone Ă©tait une exclusivitĂ© Orange. L’opĂ©rateur le vendait bel et bien au tarif de 399 euros… mais avec avec un engagement de 24 mois et un de ses forfaits vendus Ă prix d’or. Si on fait le calcul rapidement, avec le forfait le moins cher, l’iPhone revenait, Ă minima, Ă 1 575 euros au bout de deux ans, avec un forfait premier prix. De quoi relativiser les 1 329 euros de l’iPhone 17 Pro, qui peut ĂŞtre associĂ© Ă des forfaits Ă moins de 10 euros par mois.

Ă€ noter qu’en France, il Ă©tait possible d’acheter l’iPhone seul pour 649 euros. Un tarif qu’Apple a globalement conservĂ© jusqu’Ă l’iPhone 5S, avant de commencer Ă monter les prix. Mais, avant Free Mobile, les forfaits avec Internet et un petit prix n’existaient pas. Il fallait donc forcĂ©ment l’associer Ă une offre très coĂ»teuse.
4) La justice française a forcé Apple à vendre son iPhone chez SFR et Bouygues
Aujourd’hui, l’iPhone est disponible partout. Tous les opĂ©rateurs, les revendeurs et la grande distribution le proposent. Comment en est-on arrivĂ© lĂ ? Si Apple aurait très certainement fini par mettre fin de lui mĂŞme Ă son système d’exclusivitĂ©, la France a Ă©tĂ© un des rares pays Ă le rendre illĂ©gal.
Agacés par le contrat entre Orange et Apple, SFR et Bouygues Telecom ont saisi la justice en septembre 2008 pour faire invalider le contrat de leur rival. Le 4 février 2009, la cour d’appel de Paris leur a donné raison, confirmant ainsi un jugement du Conseil de la concurrence. Les clauses d’exclusivité d’Apple étaient considérées illégales par la justice française : Apple a été obligé de vendre son iPhone partout.

En avril 2008, SFR a lancĂ© l’iPhone 3G, avec un forfait Ă 37,90 euros par mois au minimum. Bouygues l’a très vite rejoint, avec des offres très similaires. Tout cela n’a Ă©videmment pas plu Ă l’Orange, alors que l’opĂ©rateur pensait avoir signĂ© une exclusivitĂ© de cinq ans. Ă€ noter qu’Apple a malgrĂ© tout rĂ©ussi un tour de passe-passe : SFR et Bouygues ont acceptĂ© de lui faire la mĂŞme promotion qu’Orange (et Free ensuite, qui est arrivĂ© en 2012). Une dĂ©cennie plus tard, la justice a une nouvelle fois considĂ©rĂ© qu’Apple n’avait pas le droit de procĂ©der de cette manière.
5) Pas d’App Store, pas de 3G, pas de MMS : techniquement, l’iPhone Ă©tait en retard
Si l’iPhone a rĂ©volutionnĂ© l’interface tactile, le grand public a une image erronĂ©e du produit Ă son lancement chez Orange. Ă€ l’Ă©poque, l’iPhone cumulait les retards technologiques face Ă ses concurrents directs, comme le tout-puissant Nokia N95. D’abord, le rĂ©seau : alors que la France Ă©tait dĂ©jĂ bien couverte en 3G, l’iPhone se limitait au rĂ©seau EDGE (2G), d’une lenteur exaspĂ©rante pour charger des pages web. D’autres fonctions « basiques » manquaient Ă l’appel, comme les MMS, les enregistrements vidĂ©o, le GPS ou le copier-coller ou mĂŞme la possibilitĂ© de changer le fond d’Ă©cran noir. Des problèmes rĂ©glĂ©s par Apple entre iPhone OS 2 et iOS 4.

Le plus grand absent du lancement de 2007 Ă©tait l’App Store, pourtant associĂ© au produit aujourd’hui. Steve Jobs refusait initialement que des dĂ©veloppeurs tiers touchent Ă son bĂ©bĂ©. Il fallait se contenter des applications prĂ©installĂ©es (MĂ©tĂ©o, Bourse, YouTube, Maps…) et de « Web Apps » (des sites internet avec des icĂ´nes). C’est seulement face Ă la pression de la communautĂ© (et au succès du jailbreak qui permettait d’installer des jeux non officiels) qu’Apple a fini par cĂ©der et lancer l’App Store en juillet 2008, avec iPhone OS 2.
Bonus : le lancement de l’iPhone en France racontĂ© par David Pujadas au JT de 20h
Enfin, comment ne pas boucler cet article par la meilleure vidĂ©o pour raconter l’iPhone en novembre 2007 : le reportage du journal de 20h de France 2, qui s’interroge sur « ce tĂ©lĂ©phone du futur ou dernier gadget Ă la mode », en prĂ©sentant « l’I-PHONE » comme une « peau Ă©lastique ». Culte.
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