L'Australie a fait savoir qu'elle ne dresserait plus elle-même de liste de sites à bloquer, mais qu'elle exigera désormais que les FAI bloquent la liste des "pires sites" ayant des contenus pédopornographiques établie par Interpol. A aucun moment la justice n'intervient dans le processus pour vérifier que les sites listés sont bien illégaux.

Le gouvernement australien a décidé d'abandonner définitivement son projet national de filtrage du web, qui avait été mis en place en 2009 avant d'être déjà mis de côté l'an dernier pour des raisons budgétaires. Dès le départ, le programme avait créé la polémique, puisqu'il avait été découvert que la liste des sites bloqués ne contenait pas uniquement des sites pédopornographiques, comme ça aurait dû être le cas, illustrant tout le problème de l'opacité des listes de sites bloqués lorsqu'elle n'est pas contrôlée judiciairement.

Mais néanmoins, l'Australie n'abandonne pas toute idée de bloquer l'accès aux sites pédopornographiques.

Le gouvernement australien a en effet précisé que les fournisseurs d'accès à internet auront l'obligation de bloquer les sites dont la liste est déterminée par Interpol. "Bloquer la liste des "pires sites" d'Interpol aidera à garder les enfants à l'abri des abus, cela satisfait les attentes de la communauté, et remplit l'engagement du Gouvernement d'empêcher les internautes australiens d'accéder à des contenus d'abus d'enfants en ligne", a déclaré le ministre des communications Stephen Coroy.

Sur son site internet, Interpol indique que l'organisation policière internationale mène actuellement "en collaboration avec les fournisseurs d’accès à Internet, un projet visant à ? bloquer l'accès aux contenus pédopornographiques sur Internet". Pour ajouter un site à la liste, toujours sans contrôle d'un juge, Interpol explique que les liens sont vérifiés par au moins deux agences ou pays différents, et qu'elle s'oblige à respecter des critères. Les sites sont ajoutés si :

  • Les enfants sont "vrais". Les sites qui contiennent seulement des images générées par ordinateur, transformées, dessinées ou pseudo ne sont pas inclus ; (ce qui épargne les lolicons dont certaines études prétendent qu'elles pourraient aider à lutter contre le viol des "vrais" enfants) ;
  • Les enfants vus sur les images ont moins de 13 ans, ou ont l'air d'avoir moins de 13 ans ;
  • Les abus sont considérés comme sévères en dépeignant un contact sexuel ou en se concentrant sur les régions génitales ou anales de l'enfant ;
  • Les domaines ont été en ligne dans les trois derniers mois ;

Lorsqu'un site est bloqué sur la base de la liste d'Interpol, le FAI doit faire pointer le domaine vers une page explicative. Interpol précise qu'il suffit qu'une seule image remplisse les critères pour que tout un domaine soit bloqué, jusqu'à suppression de l'image par l'hébergeur ou l'éditeur du site.

Faute de décision de justice confirmant le caractère illégal du site bloqué, Interpol a lui-même mis en place sa propre procédure d'appel pour les sites qui seraient bloqués abusivement.

Depuis ce vendredi, Interpol est dirigée par Mireille Ballestrazzi, une Française qui est la première femme à prendre la présidence de l'organisation. Elle était jusqu'à présent numéro 2 de la police judiciaire à Paris.

En France, la loi Loppsi prévoit que les sites pédopornographiques soient bloqués par les FAI sur simple demande de l'Etat, sans contrôle judiciaire, depuis une liste établie par les services policiers français. Mais le décret d'application n'a encore jamais été publié, ce qui semble faire débat au sein du nouveau gouvernement. Alors que la ministre de l'économie numérique Fleur Pellerin s'est opposée à sa publication, le ministre de l'intérieur Manuel Valls a fait savoir que le texte n'était pas abandonné.

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