En choisissant de conditionner l'accès à certains documents au fait de faire un don ou de faire connaître sa campagne de dons, Wikileaks a mis en colère la communauté Anonymous. Elle lui reproche de faire payer des documents, notamment ceux du gouvernement syrien ou ceux concernant la surveillance des Américains, alors que ces documents ont été fournis gracieusement par des membres d'Anonymous qui, pour certains, ont été arrêtés par la police.

Depuis mercredi, l'accès à certaines archives de Wikileaks (par exemple ici) impose d'être confronté à une page intermédiaire qui demande au visiteur de faire un don en faveur du site de révélation de documents confidentiels. La fenêtre présente une vidéo fort peu modeste qui demande aux Américains de "voter avec leur portefeuille" à la prochaine élection présidentielle, en faisant un don à Wikileaks pour s'assurer que le pays sera gouverné par la transparence. "Dans cette élection, vous pouvez choisir de nous aider à diriger l'Amérique ces quatre prochaines années", dit Julian Assange dans une allocution.

Pour fermer cette fenêtre et consulter les documents voulus, le visiteur doit obligatoirement faire un don (grâce aux services de paiement fournis par le Français FDNN), ou partager la vidéo sur les réseaux sociaux. Il n'y a pas d'autre issue, sauf à désactiver Javascript.

Cette initiative a provoqué la colère de groupes très influents des Anonymous, qui y voient l'imposition d'un "paywall" qui rend l'accès à Wikileaks payant. Ils sont en colère non pas seulement parce que les documents révélés deviennent payants, mais parce qu'ils le deviennent alors-même que des membres d'Anonymous ont été arrêtés et risquent de lourdes peines judiciaires pour avoir fournis certains de ces documents à Wikileaks.

Il s'agit en particulier des fichiers syriens, ou des documents concernant les activités de surveillance de la société Stratfor, avec la complicité des Etats-Unis.

"Ceci, mes amis, va vous faire perdre tous les alliés qu'il vous restait. Wikileaks, merci de mourir crâmé", a tweeté @YourAnonNews, l'un des comptes Anonymous les plus suivis sur Twitter, avec plus de 650 000 abonnés. @AnonymousIRC, qui compte quelques 250 000 followers, a quant à lui publié un communiqué dans lequel il se dit "en colère après les récents développements de Wikileaks".

"La direction que prend Wikileaks nous inquiète depuis un moment", assure AnonymousIRC, qui prend soin de dire qu'il ne parle pas au nom de tous les Anonymous (voir à ce sujet notre article sur l'organisation des Anonymous), mais que son point de vue est largement partagé par les autres membres du mouvement. "Ces derniers mois, la priorité s'est de plus en plus éloignée des réelles divulgations et du combat pour la liberté d'informer en se concentrant de plus en plus sur Julian Assange", regrette Anonymous. "Il va sans dire que nous nous opposons à tout projet d'extradition de Julian vers les Etats-Unis. C'est un fournissent de contenu et un éditeur, pas un criminel. Mais Wikileaks n'est pas, et ne devrait pas être, à propos du seul Julian Assange".

Anonymous promet des révélations sur Wikileaks

AnonymousIRC se pose aussi des questions sur la distribution des dons, en rappelant que selon un rapport de Wau Holland Stiftung (.pdf), Julian Assange a perçu a lui-seul 72 000 euros en 2011 au titre de son travail de coordination, sans compter ses frais de déplacement.

Pour AnonymousIRC, Wikileaks est devenu le "One Man Show de Julian Assange", et ne répond plus à ses promesses initiales.

Plusieurs autres groupes d'Anonymous ont par ailleurs signé un communiqué commun, très proche dans son contenu, publié sur AnonPaste. Ils rappellent que 14 Anonymous ont été mis en examens après avoir apporté directement ou indirectement leur concours à Wikileaks, et que l'un d'eux est actuellement en prison. Encore le mois dernier, un Anonymous a été arrêté en direct devant d'autres membres avec qui il conversait par webcam.

Ils préviennent qu'à l'avenir, ils publieront leurs révélations sur leurs propres plateformes, sans passer par Wikileaks.

Malgré la colère, Anonymous n'a pas lancé d'attaque DDOS contre Wikileaks. Une manière de respecter leur serment : ne jamais attaquer les médias. Mais Anonymous promet déjà de livrer aux autres médias des révélations… sur Wikileaks. "Pas par vengeance, mais par justice pour tous les Anons qui sont tombés et que Wikileaks a choisi par cette action de déshonorer"

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