L'équipe néerlandaise de Tribler va sortir dans deux à trois mois une mise à jour de son client BitTorrent, qui permettra tout à la fois d'accélérer les échanges de fichiers par une technique avancée de "caching", et de rendre invisibles la source et la destination finales des communications.

Alors qu’il est l’un des plus anciens et des plus innovants, Tribler est aussi l’un des clients BitTorrent les plus méconnus du grand public. Conçu par des membres de l’Université de Technologie de Delft grâce à un financement de 19 millions d’euros octroyés par l’Union Européenne, le projet néerlandais a déjà apporté son lot d’innovations par rapport au protocole BitTorrent de base : intégration d’un moteur de recherche avec classement des fichiers partagés par métadonnées, décentralisation complète du partage des fichiers, fonctionnalités « sociales » comme la possibilité de noter les contenus, de dire aux autres utilisateurs ce que l’on aime ou pas, d’avoir des « amis » et de partager avec eux des contenus, etc.

La prochaine étape, rapportée par Torrentfreak, risque de fortement déplaire aux ayants droit. A l’occasion d’un discours devant l’Université de Stanford, le docteur Johan Pouwelse a en effet annoncé le lancement cet été d’une mise à jour majeure de Tribler, qui permettra d’accélérer les échanges tout en protégeant beaucoup mieux l’anonymat des utilisateurs.

Le concept se base sur des travaux de l’ingénieur George Milescu (voir sa thèse ci-dessous), un chercheur de l’Université Polytechnique de Bucarest qui a détaillé le processus en 2011. Les grandes lignes ressemblent beaucoup à ce qui existe déjà sur des réseaux anonymés comme Tor ou i2P.

Il s’agit en effet de faire transiter les échanges de fichiers sur Tribler par un réseau de serveurs proxy (« Proxy Service »), qui a la charge de servir d’intermédiaire entre les internautes qui téléchargent un fichier et ceux qui le partagent. Ainsi l’internaute qui envoie un fichier ne sait pas vers qui il l’envoie, et réciproquement. L’utilisateur de Tribler qui veut télécharger secrètement un fichier par BitTorrent va demander à différents noeuds du Proxy Service (« nodes ») de télécharger ce fichier en son nom. Les nodes contactent alors les « seeds » BitTorrent pour récolter des bouts de fichiers, et les renvoyer à destination :

Plus il y aura de nodes intermédiaires entre le téléchargeur et le « partageur », plus la confidentialité des échanges sera assurée :

Pour constituer ce Proxy Service, Tribler intégrera une option qui permettra à chaque utilisateur de se déclarer comme node lorsqu’il a de la bande passante disponible. Celle-ci sera alors partagée avec le reste du réseau pour servir d’intermédiaire aux échanges, sans que l’internaute qui partage sa connexion sache s’il répond à une requête qui provient d’un autre node, ou du client d’un utilisateur de BitTorrent. Inversement, l’utilisateur qui demande à télécharger un fichier ne saura pas si ce fichier lui est fourni par un internaute qui le partage consciemment, ou par un internaute qui a accepté de laisser sa machine servir de node.

Etant donné que la loi européenne sur le droit d’auteur crée une exception favorable aux services de « caching » qui ne font que servir d’intermédiaire temporaire, l’irresponsabilité de l’abonné pourrait être plaidée.

Par ailleurs en principe, les réseaux de nodes devraient ralentir les échanges. Mais pour les accélérer, Tribler va au contraire profiter du système pour faire en sorte que les nodes gardent temporairement en cache une copie des bouts de fichiers qu’ils délivrent. Ainsi si un internaute demande à télécharger un fichier qui est déjà en cache, le node renverra les données sans avoir à les télécharger à nouveau. Plus les nodes seront organisés intelligemment dans cet objectif, plus l’efficacité du réseau sera grande.

Un nouveau cauchemar pour l’industrie culturelle ?

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