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Un langage de programmation n'est pas protégé par le droit d'auteur
Guillaume Champeau -
publié le Mercredi 02 Mai 2012 à 13h07 -
posté dans High-Tech
Les juges de la Cour de Justice de l'Union Européenne ont estimé que les auteurs d'API ne pouvaient pas revendiquer de droit d'auteur sur les fonctionnalités de leurs outils ou interdire aux développeurs d'en imiter le fonctionnement pour proposer des API alternatives.
La Cour de Justice de l'Union Européenne, à qui l'on doit plusieurs décisions récentes qui limitent l'emprise du droit d'auteur, a rendu mercredi une nouvelle décision qui rassurera les créateurs de logiciels. La plus haute juridiction a en effet estimé que le droit communautaire faisait obstacle à ce qu'un langage de programmation et le fonctionnement d'une API puissent être protégés par le droit d'auteur. En Europe, n'importe qui peut légitimement réaliser une ingénierie inversée pour découvrir le fonctionnement d'un interpréteur de langage de programmation, pour proposer une solution alternative. En l'espèce, la CJUE avait été saisie par la Haute Cour de Justice du Royaume-Uni, qui avait à trancher un conflit entre la société SAS Institute, auteur d'un ensemble d'API utilisant son propre langage SAS, et la société World Programming qui avait lancé un logiciel alternatif capable d'exécuter les programmes écrits en SAS. SAS Institute reprochait à World Programming (WPL) d'avoir enfreint la licence de sa solution Système SAS, et d'avoir violé ses droits d'auteur en reproduisant les fonctionnalités de l'API et en recopiant en partie le manuel d'utilisation destiné aux développeurs. Mais dans son arrêt, la CJUE rappelle tout d'abord que "ni la fonctionnalité d'un programme d'ordinateur ni le langage de programmation et le format de fichiers de données utilisés dans le cadre d'un programme d'ordinateur pour exploiter certaines de ses fonctions ne constituent une forme d'expression" protégée par le droit d'auteur.
"Admettre que la fonctionnalité d'un programme d'ordinateur puisse être protégée par le droit d'auteur reviendrait à offrir la possibilité de monopoliser les idées, au détriment du progrès technique et du développement industriel", tacle la Cour.
De plus, remarque-t-elle, "ce n'est que grâce à l'observation, à l'étude et au test du comportement du programme de SAS Institute, que WPL a reproduit la fonctionnalité de celui-ci en utilisant le même langage de programmation et le même format de fichiers de données". Il n'y a eu à aucun moment violation du code source de SAS Institute. Or la directive européenne de 1991 sur la programmation des programmes d'ordinateur interdit d'interdire l'ingénierie inversée. Pour la Cour, il s'agit même d'un droit. Et "toute disposition contractuelle contraire à ce droit sera nulle et non avenue".
Par ailleurs, concernant le manuel destiné aux développeurs, il ne peut être protégé au titre du droit d'auteur que si "cette reproduction constitue l'expression de la création intellectuelle propre à l'auteur du manuel". En clair, il ne faut pas qu'il soit simplement descriptif.
"À cet égard, la Cour considère qu'en l'espèce, les mots-clés, la syntaxe, les commandes et les combinaisons de commandes, les options, les valeurs par défaut ainsi que les itérations sont composés de mots, de chiffres ou de concepts mathématiques qui, considérés isolément, ne sont pas, en tant que tels, une création intellectuelle de l'auteur de ce programme".
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Commentaires à propos de «Un langage de programmation n'est pas protégé par le droit d'auteur»
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3099 messages publiés
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dannyel
le 02/05/2012 à 13:11
Encore heureux ! mais bon , comme maintenant il faut s 'attendre a tout , la cour a bien fait de trancher
Répondre
![]() YESSSSSSSSS
Donc au moins Oracle ne pourra pas attaquer Google pour le Java-like d'Android Mais c'est rafraichissant ![]() dannyel, le 02/05/2012 - 13:11 Justement, c'est pas la tendance inverse qui se produit aux USA ? farlistener, le 02/05/2012 - 13:11 Et sur le sol américain ? [message édité par Obelixator le 02/05/2012 à 13:14
]
![]()
Je me demande si ça marche aussi pour un système d'exploitation, genre windows. . Qu'en est-il de la partie "brevet" ? Centaurien, le 02/05/2012 - 13:18 Les brevets logiciel n'ont pas cours en Europe. Heureusement que la CJE à tranché dans ce sens, sinon au revoir LibreOffice, VLC, ou tout autre logiciel permettant de lire un format de fichier non inventé par le développeur du programme ...
![]() Ce que je trouve quand même important, c'est le fait que la CJE encourage même l'ingénierie inverse .
C'est du bon sens de dire que si A+B est protégé, on a le droit de faire B+A . Il faut protéger une méthode, et non une idée . [message édité par TOUKO le 02/05/2012 à 13:57
]
![]() Elro, le 02/05/2012 - 13:26Donc en gros, il ne reste rien ? Je fais du rétro-ingénierie sur un logiciel, je retire Microsoft ou Adobe ou Oracle, je change la couleur, et zou, je peux vendre un nouveau logiciel ? ![]() Un brevet sur un langage informatique est aussi con qu'un brevet sur les notes de musique ou le théorème de Pythagore.
Ben oui, c'est ce que fait LibreOffice avec le .doc et Foxit avec le PDF En fait le vrai texte officiel de la décision est ici, le lien de l'article ne pointant que vers un communiqué de presse qui ne constitue pas une référence jurisprudencielle ni un exposé complet et qui précise d'ailleurs
"Document non officiel à l'usage des médias, qui n'engage pas la Cour de justice." http://curia.europa....rt=1&cid=125715 (Le communiqué donne un chemin pour aller vers ce lien mais pas directement.) Dans une décision comme celle-ci, les attendus (le raisonnement et les arguments de la Cour) sont aussi importants que les décisions prises (souvent plus limitées que le raisonnement car répondant simplement à des questions précises). Leur lecture détaillée est souhaitable. Les points mentionnés sont exacts et il est heureux qu'il soit précisé une fois de plus (ce n'est pas totalement nouveau) que les fonctionalités d'un logiciel ne peuvent pas être en elle-mêmes protégées (pas plus qu'une idée seule n'est brevetable, d'ailleurs). Les attendus mentionnent plusieurs références passées importantes. Pour autant, les attendus rappellent aussi que le droit d'auteur peut s'appliquer à un programme, notamment pour tout ce qui concerne "l'expression" intellectuelle de son auteur. Ceci inclut par exemple le "look and feel" s'il est original et significatif. Et ayant dit ça je précise que, pour moi, et juste par exemple, le fait qu'un iPhone (qui n'est pas un programme, d'accord) soit un rectangle à angles arrondis ne devrait pas être considéré comme original et significatif par la Justice comme cela l'a été. Les problèmes ne sont pas dans les brevets ou les droits intellectuels, mais dans l'abus que certains en font et qui les pervertissent totalement. [message édité par millerNA le 02/05/2012 à 14:20
]
![]() Centaurien, le 02/05/2012 - 14:00 La rétro-ingénierie est autorisée dans le but d'étudier le comportement d'un programme, et éventuellement de le reproduire avec de toutes autres méthodes et un tout autre code. Le cas dont tu fais mention consisterait en un plagiat de 99,99% du code... donc une violation flagrante de copyright. Les brevets logiciels, en revanche, poussent leur aberration jusqu'à permettre de breveter une simple idée (par exemple le double-clic), quelle que soit l'implémentation. On peut d'ailleurs, sur ce point, féliciter l'UE d'avoir su résister aux pressions, jusqu'à maintenant, visant à instaurer un système comparable aux USA... ![]() Tout le contraire de ce que ces cons d'américains font avec leur bureau des brevets.
C'est plutôt une excellente nouvelle ça Centaurien, le 02/05/2012 - 14:00 Oui et non. Le logiciel en lui même n'est pas soumis aux droits d'auteur. En revanche, le code l'est. Tu n'auras pas le droit de reprendre des bouts de code du logiciel d'origine. En revanche, si tu pars de 0, aucun problème. ![]() Elro, le 02/05/2012 - 14:35 Tout à fait, pas de brevet sur les programmes informatiques, ils sont soumis aux droits d'auteur en Europe. De mémoire, c'est aussi le cas pour le design et les manuels scolaires. Par contre, ils doivent être protégés par brevet aux USA alors que le droit d'auteur s'applique automatiquement sans aucune action de la part du concepteur en Europe. Centaurien, le 02/05/2012 - 14:00 Non, ca c'est de la contrefaçon. Ce que dit cet article, c'est que ce n'est pas un probleme de droit d'auteur; a mon avis, si SAS avait attaqué pour contrefaçon, ils auraient peut etre gagné. ![]()
zig et puce
(Banni) le 02/05/2012 à 15:17
Quel est le rapport entre les API, les fonctionnalités et le langage de programmation ? C'est confondre le "quoi" et le "comment" ? Quel est le rapport entre un programme que moi j'écris en utilisant le langage Machin et les droits que peuvent avoir les auteurs du langage Machin, les éditeurs de compilateurs, ... ? Est-ce que Numerama "Réfléchir le numérique" fait la différence entre son titre "Un langage de programmation n'est pas protégé par le droit d'auteur" et le corps de son article "'avoir violé ses droits d'auteur en reproduisant les fonctionnalités de l'API et en recopiant en partie le manuel d'utilisation destiné aux développeurs." ? c'est marrant ca
Admettre que la fonctionnalité d'un programme d'ordinateur puisse être protégée par le droit d'auteur reviendrait à offrir la possibilité de monopoliser les idées, au détriment du progrès technique et du développement industriel car on doit pas breveté un bout de code qui permet de faire une manip mais le fait de glicer son doigt pour deverouiller un iphone oui ??? ok ok ici c'est l'UE... aux USA ca aurai été autrement Centaurien, le 02/05/2012 - 14:00 tu ne peux pas copier-coller le code, tu peux coder un clone fonctionnel avec un codage différent. zig, le 02/05/2012 - 15:17 Tu oublies la grosse part (qui était apparemment le principal point visé) concernant le fait que cet autre logiciel soit un logiciel qui réplique les fonctionnalités en utilisant le language de programmation de SAS Institute (SAS) et son format de fichier. Les APIs mentionnées ne sont pas à comprendre comme des API de web services comme Twitter, mais à comprendre comme les opérations proposées au programmeur sur la base du langage initial (par exemple, 99% du langage java est constituté d'APIs, standardisées par les JSR, avec le plus souvent différentes implémentations). En l'occurrence l'article est cependant mal formulé, puisqu'il ne s'agit pas (a priori) d'APIs alternatives, mais d'implémentations alternatives de l'API de SAS (utilisée pour écrire des programmes SAS, parce que si tu te contentes du langage de base, bah tu réinventes la roue à chaque fois). D'ailleurs cette décision indique qu'il serait possible de proposer des implémentations alternatives des MFC de Microsoft pour le C++, qui permettrait de gérer le "C++ made in Microsoft" sans avoir besoin des MFCs de Microsoft (ce qui est fait tant bien que mal et avec du retard par Mono pour C#). [message édité par Gorkk le 02/05/2012 à 22:16
]
![]() Un arrêt encourageant à prendre avec des pincettes... le langage de programmation n'est pas protégé par le droit d'auteur. Cela ne signifie pas qu'il n'est pas protégé sur un autre fondement.
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