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La CJUE interdit d'imposer le filtrage aux services en ligne
Guillaume Champeau -
publié le Jeudi 16 Février 2012 à 11h09 -
posté dans Société 2.0
![]() Comme elle l'avait fait l'an dernier en s'opposant à toute injonction de filtrage pro-actif chez les FAI, la Cour de Justice de l'Union Européenne a jugé jeudi que les services en ligne ne devaient pas se voir imposer de surveiller les contenus publiés par leurs utilisateurs, pour supprimer les contenus potentiellement piratés. La CJUE estime qu'il s'agirait d'une mesure attentatoire à plusieurs droits fondamentaux, que le seul respect du droit d'auteur ne justifie pas. La Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) s'affirme comme le dernier rempart de la protection des libertés individuelles sur le vieux continent. Après avoir jugé en fin d'année dernière qu'il était illégal d'imposer à un FAI de bloquer les échanges illégaux de fichiers protégés par le droit d'auteur, sans un strict encadrement législatif, la CJUE a étendu le même raisonnement aux services en ligne. Une nouvelle fois, c'est la Sabam, la société des auteurs de musique en Belgique, qui est bien malgré elle à l'origine de la jurisprudence européenne. La Sacem belge avait attaqué en juin 2009 le réseau social Netlog, pour l'obliger à regarder ce que partageaient les membres inscrits, pour supprimer d'autorité toutes les œuvres musicales ou audiovisuelles piratées, sous peine d'astreinte de 1 000 euros par jour de retard. A la demande du réseau social, le tribunal de première instance de Bruxelles avait alors demandé à la CJUE de préciser si le droit communautaire autorisait une telle injonction de surveillance généralisée et de censure. "Le système de filtrage imposerait à (Netlog) une surveillance générale des informations stockées auprès de lui, ce qui est interdit par la directive sur le commerce électronique", a rappelé la Cour, selon le communiqué publié par les services de la CJUE. Comme elle l'avait fait dans l'affaire Sabam vs Tiscali, la Cour "rappelle ensuite qu'il incombe aux autorités et aux juridictions nationales, dans le cadre des mesures adoptées pour protéger les titulaires de droits d'auteur, d'assurer un juste équilibre entre la protection du droit d'auteur des titulaires et des droits fondamentaux des personnes qui sont affectées par de telles mesures". Or elle estime que l'équilibre serait rompu par une telle exigence de filtrage, qui obligerait le réseau social non seulement à surveiller tout ce que font les utilisateurs, mais aussi à décider souverainement de ce qui est illégal et donc admissible, ou illégal et donc à censurer. Un tel système est "susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux des utilisateurs de ses services, - à savoir à leur droit à la protection des données à caractère personnel ainsi qu'à leur liberté de recevoir ou de communiquer des informations -, ces droits étant protégés par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne". Outre la liberté d'expression, c'est aussi la liberté d'entreprise qui serait mise à mal, selon les juges. "Cette surveillance devrait être illimitée dans le temps, viser toute atteinte future et supposerait de devoir protéger non seulement des œuvres existantes, mais également celles qui n'ont pas encore été créées au moment de la mise en place de ce système. Ainsi, une telle injonction entraînerait une atteinte caractérisée à la liberté d'entreprise de Netlog puisqu'elle l'obligerait à mettre en place un système informatique complexe, coûteux, permanent et à ses seuls frais". Au final, "le juge national, en adoptant une injonction obligeant le prestataire de services d'hébergement à mettre en place un tel système de filtrage, ne respecterait pas l'exigence d'assurer un juste équilibre entre d'une part, le droit de propriété intellectuelle, et d'autre part, la liberté d'entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations", prévient la Cour. à lire aussi
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Commentaires à propos de «La CJUE interdit d'imposer le filtrage aux services en ligne»
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dannyel
le 16/02/2012 à 11:19
merci à la Cour de Justice de l 'Union Européenne de penser à ses citoyens
Répondre
![]() dannyel, le 16/02/2012 - 11:19 A-t-elle un poids significatif face à des monstres comme ACTA ? ![]() C'est pas l'Europe, c'est l'instance judiciaire européenne.
Donc plutôt, heureusement que le dernier recours possible pour un citoyen européenne respecte les citoyens, quand les instances législatives et exécutives communautaires et nationales s'évertuent à le considérer comme une variable d'ajustement. ![]() anomail2, le 16/02/2012 - 11:57 La CJUE ne fait que faire respecter le droit européen. Si le droit européen change... ![]() mckro, le 16/02/2012 - 12:17 évidemment ! je parle de l 'instant présent dannyel, le 16/02/2012 - 13:09 Alors retourne au débat sur la LCEN le CC avait dit exactement les mêmes principes. ![]() Coquille
à remplacer par : "de ce qui est légal et donc admissible" Melpheos, le 16/02/2012 - 15:30 DLC ou l'effet tartufe passez pour des cons (la tarte a la crème était inévitable). ![]() Les états feront comme d'hab. :
L'UE fait un truc qui m'arrange mais qui plait pas au peuple : désolé on a pas le choix c'est l'EU qui l'impose. L'EU fait un truc qui m'arrange pas : On fait comme si on avait rien vu, on passe en force et on verra si quelqu'un porte plainte. Et d'ici que ça aboutisse, on a le temps de voir venir et avec du pot on arrivera à changer les règles. Oui la Cour de Justice de l'Union Européenne a un poid, ses décisions engagent l'Union Européenne et ses Etats membres (effet direct et primauté du droit de l'Union). De plus, le Parlement a la possibilité d'effectuer un recours devant elle pour savoir si le Traité viole l'acquis communautaire, c'est à dire s'il est contraire au droit de l'Union en vigueur avant sa ratification (un traité ne peut venir modifier en lui même le droit de l'Union mais doit y être conforme).
C'est grâce à la directive LCEN de 2003, la directive sur les données personnelles et surtout grâce à la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne dont la rédaction a été décidé avec la déclaration de Laeken initiée par l'Allemagne en 2001 et qui a également été à l'origine du Traité instituant une Constitution pour l'Europe. Comme ce traité n'a pas été ratifié, ce n'est qu'avec la ratification du Traité de Lisbonne que la Charte des droits fondamentaux de l'Union a acquis une valeur contraignante égale aux autres Traités fondateurs de l'Union (TFUE et TUE). C'est parce que des politiques ont eu le courage d'aller vers une Europe plus citoyenne, une Europe plus fédérale que ces dispositions protégeant les droits fondamentaux des citoyens ont été élaboré. Le droit à la protection des données personnelles et donc des échanges numériques est une des nouveauté de cette Charte adapté au nouveau monde de l'internet et aux nouveaux défis du XXIème siècle comme on a pu le voir avec cet arrêt Sabam de la CJUE. Voici l'arrêt en question : http://curia.europa....9512&cid=194358 [message édité par Equilibre le 16/02/2012 à 18:42
]
C'est le cas de l'ACTA; certaines parties dépassent l'acquis communautaire mais ça bronche pas plus que ça (bon je sais c'est pas encore arrivé au parlement européen).
N'en rajoute pas quand même. La question du fédéralisme héhé, c'est un débat a couteaux tirés. Toute façon s'ils ne peuvent le faire légalement, il suffit de créer un service spécial qui est hors d'atteinte du droit (on arriverait au pire, les milices d'Internet en gros). En gros la CJUE nous a pondu une jurisprudence pour attaquer ACTA. Impossible que ça ne soit pas voulu. Merci. [message édité par golgo2017 le 17/02/2012 à 00:42
]
golgo2017, le 17/02/2012 - 00:41 La CJUE ne peut pas s'auto-saisir pour juger de la compatibilité du Traité ACTA avec l'acquis communautaire. C'est donc une arme politique dans les mains des institutions de l'Union, particulièrement du Parlement européen qui est appelé à accepter ou refuser la ratification du Traité sans pour autant pouvoir l'amender. C'est tout le problème du secret des négociations, le Parlement n'a pas pu savoir dès le début quel était le contenu de ce projet et donc influer, sur le Conseil des ministres de l'Union qui donne le mandat de négociation à la Commission européenne, et directement sur la Commission elle-même (qui est responsable devant le Parlement qui peut la censurer, et à tout le moins demander la démission d'un commissaire). Donc la CJUE a clairement joué ici un rôle de juge protégeant le droit de l'Union et plus précisément ici les droits fondamentaux, en substance, elle joue de nos jours un rôle de Cour Suprême. Pour ce qui est du contrôle démocratique des négociations internationales, il faut clairement que le Parlement obtienne le droit de co-décider du mandat de négociation donné à la Commission Européenne. Bref, d'un point de vue institutionnel et politique, il faut parvenir à une Europe parlementaire, et du coup fédérale dans le sens institutionnel du terme. (C'est (ou c'était) un débat à couteau tiré, mais les choses deviennent de plus en plus claire si l'on veut parvenir à faire de l'Europe une puissance politique démocratique dans la mondialisation). [message édité par Equilibre le 17/02/2012 à 07:11
]
J'ai jamais dit le contraire
Tout à fait, mais "n'importe qui" peut la saisir (état signataire ou particulier ayant épuisé toutes les voies de recours dans son état, c'était surtout sous cet angle là que je le voyais) et nul doute que certains ne se gêneront pas. Oui, c'est vrai. C'est tout l'intérêt de la société civile. ACTA est un exemple de sujet où la compétence n'est pas nationale mais européenne. Le calendrier est parfait pour faire de la lutte contre l'ACTA l'un des premiers mouvements de lutte politique trans-européen (et bien au-delà), et il faut indiquer que c'est le 1er avril que l'Initiative citoyenne européenne entre en vigueur. Le calendrier est parfait pour attendre les gouvernements des Etats membres au tournant.
Je pense que plus les gouvernements en Europe et dans le monde prendront des décisions à l'encontre des libertés de leurs citoyens concernant l'internet, plus ces derniers prendront conscience de la nécessité de revendiquer une participation démocratique au-delà de l'espace politique national que l'on connaît jusqu'à aujourd'hui. La nature d'internet n'ayant pas de frontières. Voyons déjà comment les choses vont évoluer jusqu'à juin et le vote du Parlement européen. [message édité par Equilibre le 17/02/2012 à 15:45
]
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