Affaire SABAM : Grande victoire contre le filtrage généralisé en Europe !

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 24 Novembre 2011 à 10h37 - posté dans Société 2.0

Dans son arrêt du 24 novembre 2011, la Cour de Justice de l'Union Européenne a jugé que le droit d'auteur n'était pas supérieur aux autres droits fondamentaux. Les juges déclarent contraire au droit communautaire le fait d'imposer à un FAI qu'il surveille les communications pour bloquer les échanges de contenus piratés. 

A lire aussi : notre analyse de l'impact de l'arrêt Sabam sur le filtrage, notamment dans le cadre de la loi Hadopi 3

C'est une grande victoire pour les opposants au filtrage généralisé. Comme nous l'indiquions plus tôt ce jeudi matin, la Cour de Justice de l'Union Européenne a jugé que le filtrage imposé aux FAI était illégal s'il n'était pas encadré par une loi nationale, qui elle-même doit respecter des principes de proportionnalité. Dans cette affaire, la SABAM (la Sacem belge) avait obtenu en justice que le fournisseur d'accès à Internet Scarlet surveille les communications de ses abonnés, pour bloquer les échanges non autorisés de fichiers musicaux protégés. Une ordonnance judiciaire déclarée illégale par la CJUE.

L'arrêt est ainsi résumé dans un communiqué officiel de la CJUE : (nos mettons en gras les expressions clé)
Dans son arrêt rendu ce jour, la Cour rappelle, tout d'abord, que les titulaires de droits de propriété intellectuelle peuvent demander qu'une ordonnance soit rendue à l'encontre des intermédiaires, tels que les fournisseurs d'accès à Internet, dont les services sont utilisés par les tiers pour porter atteinte à leurs droits. En effet, les modalités des injonctions relèvent du droit national. Toutefois, ces règles nationales doivent respecter les limitations découlant du droit  de l'Union, telle notamment  l'interdiction prévue par la directive sur le  commerce électronique selon laquelle les autorités nationales ne doivent pas adopter des mesures qui obligeraient un fournisseur d'accès à Internet à procéder à une surveillance générale des informations qu'il transmet sur son réseau.
 
À cet égard, la Cour constate que l'injonction en question obligerait Scarlet à procéder à une
surveillance active de l'ensemble des données de tous ses clients afin de prévenir toute atteinte aux droits  de propriété intellectuelle. Il s'ensuit que  l'injonction  imposerait une surveillance générale qui est incompatible avec la directive sur le commerce électronique. En outre, une telle injonction ne respecterait pas les droits fondamentaux applicables.  
 
Certes, la protection du droit de propriété intellectuelle est consacrée  par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cela étant, il ne ressort nullement de la Charte, ni de la jurisprudence de la Cour, qu'un tel droit serait intangible et que sa protection devrait donc être assurée de manière absolue.
 
Or, en l'occurrence, l'injonction de mettre en place un système de filtrage implique de surveiller, dans l'intérêt des titulaires de droits d’auteur, l'intégralité des communications électroniques réalisées sur le réseau du fournisseur d'accès à Internet concerné, cette surveillance étant en outre illimitée dans le temps. Ainsi, une telle injonction entraînerait une atteinte caractérisée à la liberté d'entreprise de Scarlet puisqu'elle l'obligerait à mettre en place un système informatique complexe, coûteux, permanent et à ses seuls frais.  
 
De plus, les effets de l'injonction ne se limiteraient pas à Scarlet, le système  de filtrage étant également susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux de ses clients, à savoir à leur  droit à la protection des données à caractère personnel ainsi qu'à leur liberté de recevoir ou de communiquer des informations, ces droits étant  protégés par la Charte des droits fondamentaux  de l'Union européenne. En effet, il est constant, d'une part, que cette injonction impliquerait une analyse systématique de tous les contenus ainsi que la collecte et l'identification des adresses IP des utilisateurs qui sont à l'origine de l'envoi des contenus illicites sur le réseau, ces adresses étant des données protégées à  caractère personnel. D'autre part, l'injonction risquerait de porter atteinte à la liberté d'information puisque ce système risquerait de ne pas suffisamment distinguer entre un contenu illicite et un contenu licite, de sorte que son déploiement pourrait avoir pour effet  d'entraîner le blocage de communications à contenu licite.  
 
Par conséquent, la Cour constate que, en adoptant l'injonction obligeant Scarlet à mettre en place un tel  système de filtrage, le juge national  ne respecterait pas l'exigence d'assurer un juste équilibre entre le droit de propriété intellectuelle, d'une part, et la liberté d'entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations, d'autre part.  
 
Dès lors, la Cour répond que le droit de l'Union s'oppose à une injonction faite à un fournisseur d'accès à Internet de  mettre en place un  système de filtrage de toutes les communications électroniques transitant par ses services, lequel s'applique indistinctement à l'égard de toute sa clientèle, à titre préventif, à ses frais exclusifs et sans limitation dans le temps.

 

Publié par Guillaume Champeau, le 24 Novembre 2011 à 10h37
 
 
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Commentaires à propos de «Affaire SABAM : Grande victoire contre le filtrage généralisé en Europe !»
 

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2
et paf!
de temps en temps ça fait plaisir ...
Hmmm... j'adore l'odeur du napalm au petit matin.
Content, mais ce n'est pas parce que l'Europe décide de quelque chose que c'est appliqué dans le droit des états a moyen terme... A long terme surement mais nous ne sommes pas a l'abris de lois allant a l'encontre de cette décision.
Si vous voulez un exemple dans un tout autre domaine, cf. les lois françaises sur la garde a vue et les les rappels continuel de l'Europe sur les inadéquations avec le droit européen.

Mais ne boudons pas notre plaisir: c'est une bonne nouvelle ^^
Ouais c'est sympa mais facile à contourner, il suffit de pondre "une loi nationale" pour "encadrer" la surveillance et hop !
kubrick, le 24/11/2011 - 11:08
Ouais c'est sympa mais facile à contourner, il suffit de pondre "une loi nationale" pour "encadrer" la surveillance et hop !

Non, si je comprends bien l'article, une telle loi doit doit "respecter les limitations découlant du droit de l'Union" et notamment celle qui interdit la surveillance généralisée du réseau par un FAI pour garantir les droits des ayant-droits
C'est ce que l'on appel vulgairement un pavé dans la mare.
kubrick, le 24/11/2011 - 11:08
Ouais c'est sympa mais facile à contourner, il suffit de pondre "une loi nationale" pour "encadrer" la surveillance et hop !

non.

Lire ici


La CJCU souligne ainsi que les ayants droit disposent d’une ordonnance sur requête à l’encontre des intermédiaires si leurs services sont utilisés par les tiers pour porter atteinte à leurs droits. Une ordonnance destinée à mettre fin à une atteinte ou à prévenir cette atteinte.

Cependant, si ce droit d’agir existe, tout ne peut pas être obtenu par ce biais.
Ainsi, la directive 2000/31 interdit aux autorités nationales d’adopter des mesures qui obligeraient un FAI à procéder à une surveillance générale des informations qu’il transmet sur son réseau.
Cette interdiction vaut aussi quand une législation nationale veut pousser un FAI, à procéder à une surveillance active de l’ensemble des données de chacun de ses clients.

L'arrêt de la CJCE en question, est un coup dur porté à la folie sécuritaire des ayants-droit contre les autres libertés et leurs droits fondamentaux ...
"à l'égard de toute sa clientèle, à titre préventif, à ses frais exclusifs et sans limitation dans le temps."

Ils prennent des gants quand même. Si demain la SABAM propose de participer aux frais d'installation pour le DPI par exemple, cette décision n'est plus applicable.
Hoper, le 24/11/2011 - 11:54
"à l'égard de toute sa clientèle, à titre préventif, à ses frais exclusifs et sans limitation dans le temps."

Ils prennent des gants quand même. Si demain la SABAM propose de participer aux frais d'installation pour le DPI par exemple, cette décision n'est plus applicable.


Lire ci-dessus :


la directive 2000/31 interdit aux autorités nationales d’adopter des mesures qui obligeraient un FAI à procéder à une surveillance générale des informations qu’il transmet sur son réseau.
C'est toujours ça de gagné, même si cela ne fait que commencer.
En attendent, continuons le combat pour nos libertés !

FREE NETWORK !
Bravo pour une décision de bon sens.
Ouais, enfin une bonne nouvelle.
Mais je remarque que cette décision s'appuie le plus souvent sur des directives "sur le commerce électronique" et plus rarement ou plus indirectement aux droits fondamentaux du citoyens.
Preuve en est que cette Europe indésirée par les français ne s'occupe guère des droits du citoyen...
Ouais, enfin une bonne nouvelle.
Mais je remarque que cette décision s'appuie le plus souvent sur des directives "sur le commerce électronique" et plus rarement ou plus indirectement aux droits fondamentaux du citoyens.
Preuve en est que cette Europe indésirée par les français ne s'occupe guère des droits du citoyen...

+1

De plus, j'ajouterais un autre bémol:
L'article parle d'une "grande victoire"... mais ce n'est qu'une des nombreuses batailles. Combien de temps la cour de justice européenne résistera encore aux coups de butoirs continuels que les majors et sociétés d'ayant-droit assènent à tout va?
Croyez vous que les chaînes publiques vont en parler ? une émission à 20 h 30 peut-être , non ?
non , même pas au JT sur une chaîne que vous appelez " INFORMATION " ? Ah bon ,c'est pas utile , ça n ' intéresse personne , Ah j 'aurais cru LOL
Hoper, le 24/11/2011 - 11:54
Ils prennent des gants quand même. Si demain la SABAM propose de participer aux frais d'installation pour le DPI par exemple, cette décision n'est plus applicable.
Nonobstant la réponse de Natasha, la prise en charge des frais de DPI généralisé à l'échelle d'un pays entier doit avoir de quoi faire réfléchir le plus fortuné Industriel de la culture :D
En attendant, Ecrans.fr a fait un article :

La justice européenne s’oppose au filtrage du net



La justice européenne s’oppose au filtrage du net

Ordonner à un fournisseur d’accès à internet la mise en place d’un système de filtrage et de blocage des communications électroniques afin de protéger les droits de propriété intellectuelle, est contraire au droit européen, a affirmé ce jeudi la Cour européenne de justice. L’arrêt porte un coup sévère aux partisans d’un filtrage généralisé sur internet, qui porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens européens, dit en substance la Cour.
.../...

A la demande de la Sabam, un tribunal belge a ordonné à Scarlet de faire cesser ces atteintes au droit d’auteur en rendant impossible toute forme d’envoi ou de réception par ses clients de fichiers électroniques reprenant une oeuvre musicale du répertoire de la Sabam.

Scarlet a fait appel et la cour d’appel de Bruxelles a alors demandé à la justice européenne de trancher pour savoir si le droit de l’Union permet aux Etats membres d’autoriser un juge national à ordonner à un fournisseur d’accès à internet de mettre en place, de façon générale, à titre préventif et sans limitation dans le temps, un système de filtrage des communications électroniques afin d’identifier les téléchargements illégaux de fichiers. « Certes, la protection du droit de propriété intellectuelle est consacrée par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne », a répondu la CEJ. Mais « cela étant, il ne ressort nullement de la Charte (des droits fondamentaux de l’Europe), ni de la jurisprudence de la Cour, qu’un tel droit serait intangible et que sa protection devrait donc être assurée de manière absolue », a ajouté la Cour.

La justice européenne a plaidé pour « un juste équilibre » entre le droit de propriété intellectuelle, d’une part, et la liberté d’entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations, d’autre part.




En ce qui me concerne, j'attends avec impatience les réactions et les commentaires du SNEP et de P. Nègre à la suite de cet arrêt de la CEJ ...


:)
Natasha, le 24/11/2011 - 14:40
En attendant, Ecrans.fr a fait un article :

La justice européenne s'oppose au filtrage du net



La justice européenne s'oppose au filtrage du net

Ordonner à un fournisseur d'accès à internet la mise en place d'un système de filtrage et de blocage des communications électroniques afin de protéger les droits de propriété intellectuelle, est contraire au droit européen, a affirmé ce jeudi la Cour européenne de justice. L'arrêt porte un coup sévère aux partisans d'un filtrage généralisé sur internet, qui porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens européens, dit en substance la Cour.
.../...

A la demande de la Sabam, un tribunal belge a ordonné à Scarlet de faire cesser ces atteintes au droit d'auteur en rendant impossible toute forme d'envoi ou de réception par ses clients de fichiers électroniques reprenant une oeuvre musicale du répertoire de la Sabam.

Scarlet a fait appel et la cour d'appel de Bruxelles a alors demandé à la justice européenne de trancher pour savoir si le droit de l'Union permet aux Etats membres d'autoriser un juge national à ordonner à un fournisseur d'accès à internet de mettre en place, de façon générale, à titre préventif et sans limitation dans le temps, un système de filtrage des communications électroniques afin d'identifier les téléchargements illégaux de fichiers. " Certes, la protection du droit de propriété intellectuelle est consacrée par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ", a répondu la CEJ. Mais " cela étant, il ne ressort nullement de la Charte (des droits fondamentaux de l'Europe), ni de la jurisprudence de la Cour, qu'un tel droit serait intangible et que sa protection devrait donc être assurée de manière absolue ", a ajouté la Cour.

La justice européenne a plaidé pour " un juste équilibre " entre le droit de propriété intellectuelle, d'une part, et la liberté d'entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations, d'autre part.




En ce qui me concerne, j'attends avec impatience les réactions et les commentaires du SNEP et de P. Nègre à la suite de cet arrêt de la CEJ ...


:)
A l heure actuelle , a part Libé , motus et bouche cousue ( le monde , 20 minutes , l 'express , le point, nouvel obs , le figaro , le parisien )
pas assez de journalistes , je pense
Eux qui sont si prompt à défendre la liberté de la presse font preuve de cécité sur ce coup là
BOUM DANS TA FACE...
Dans la face des juges incompétents à la solde des majors et prêt à sacrifier les libertés individuelles pour "peut-être, c'est même pas sûr" faire gagner un peu plus d'argent à leurs copains, dans la face de Sarkozy qui aimerait tellement mettre en place ce type de système pour satisfaire ses copains du Fouquet's, dans la face des majors tout simplement !!!

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