Google redirige progressivement les internautes vers des versions locales des blogs hébergés sur sa plateforme Blogger, pour y appliquer les lois nationales spécifiques de régulation des contenus. C'est ainsi la loi du lecteur qui prime sur la loi de l'auteur. Mais le géant américain livre lui-même une astuce pour contourner la censure.

Il y a des coïncidences étranges. Il y a quelques jours, Twitter annonçait qu’il allait désormais être en capacité de bloquer des messages dans certains pays, en fonction des lois applicables pour chaque utilisateur. Cette forme de « géocensure » avait provoqué un élan de protestations sans lendemain. Quelques jours plus tard, nous apprenions que Skype se prêtait aussi à une censure localisée, en bloquant certaines conversations dans sa messagerie instantanée en Chine.

Aujourd’hui, c’est Google qui fait parler de sa géocensure. Comme le révèle TechDows, le géant de Mountain View a très discrètement modifié le fonctionnement de sa plateforme de blogs Blogger, pour simplifier la censure sélective en fonction des lois applicables à l’internaute qui cherche à lire un article. La modification est expliquée dans les pages d’aide de la plateforme.

« Au cours des prochaines semaines, vous constaterez peut-être que l’URL d’un blog que vous consultez a été redirigée vers un domaine national de premier niveau (ccTLD, country-code top level domain). Par exemple, si vous vous trouvez en France et que vous consultez [nom du blog].blogspot.com, il se peut que vous soyez redirigé vers l’adresse [nom du blog].blogspot.fr. Lorsqu’il apparaît, le ccTLD correspond au pays où se trouve le lecteur au moment où il consulte le blog« , explique Google. « Au cours des prochains mois, un nombre croissant de pays sera concerné par la mise en place des ccTLD« .

La firme de Moutain View explique qu’elle opère ce changement pour (lisez bien) « continuer à promouvoir la liberté d’expression et la publication responsable tout en répondant de manière plus flexible aux demandes de suppression de contenu recevables conformément aux législations locales« . En clair, Google utilisera les redirections d’URL pour bloquer les contenus pays par pays, selon les lois applicables, pour se prêter aux lois nationales de censure. Il n’y a plus aucune tentative d’universaliser le premier amendement. « Grâce à la mise en œuvre des ccTLD, il est possible de gérer les suppressions de contenu au cas par cas, en fonction du pays, de sorte à limiter au mieux le nombre de lecteurs affectés« , défend Google. « Tout contenu supprimé en vertu d’une loi nationale spécifique ne le sera que sur le ccTLD concerné« .

La modification est déjà en place en Inde, qui demande aux plateformes de procéder à une censure des contenus avant publication. Lorsque les internautes indiens veulent accéder à un contenu hébergé sur Blogger, Google les redirige vers une URL « blogspot.in ».

Google précise néanmoins qu’il est possible de détourner sa géocensure, officiellement dans le cas où la géolocalisation de l’internaute serait buggée : « Les lecteurs de blogs peuvent solliciter une version d’un contenu Blogspot spécifique à un pays en ajoutant à l’URL correspondante les lettres NCR. NCR signifie « No Country Redirect » et permet d’afficher invariablement buzz.blogspot.com en anglais, que vous soyez en Inde, au Brésil, en Honduras, en France ou n’importe où ailleurs. Par exemple, l’adresse http://[nom du blog].blogspot.com/ncr renvoie systématiquement à la version du blog en anglais américain« 

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