La version chinoise de Skype interdit de taper certaines expressions dans les conversations texte de ses utilisateurs. Tout message parlant du Dalai Lama est par exemple censuré.

En décembre dernier, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait demandé aux entreprises basées aux Etats-Unis de ne plus prêter leur concours aux régimes autoritaires qui cherchent à museler la liberté d’expression sur Internet. « Plus de contrôle de la part des gouvernements va réduire encore plus ce que les gens peuvent faire en ligne dans des environnements répressifs. Ce serait également désastreux pour l’internet dans son ensemble car cela réduirait le dynamisme de l’internet pour tout le monde« , avait-elle déclaré. A plusieurs reprises, les USA ont envisagé dans des déclarations médiatiques de sanctionner les entreprises américaines qui commercialisent des outils de censure à l’étranger, comme l’a fait le Parlement Européen en laissant les états membres décider de leur propre politique. Concrètement, toutefois, rien n’est encore fait pour empêcher que les entreprises occidentales participent activement à la censure imposée dans d’autres pays.

Il est peut-être grand temps de passer de la parole aux actes.

Après Twitter, qui se prête au jeu de la censure pour obéir aux lois nationales, le Financial Times rapporte que Skype s’est aussi accomodé aux règles de censure imposées par la Chine. Son partenaire local, Tom Online, distribue en effet une version de Skype où toutes les conversations écrites sont passées au crible. Les expressions interdites en Chine sont automatiquement supprimées, comme « Falun Gong » (un mouvement spirituel qui prône une forme d’organisation sociale jugée dangereuse par le Parti Communiste Chinois) ou « Dalaï Lama ».

Interrogé par le quotidien économique, le co-fondateur et directeur de Skype, Niklas Zennström, ne voit rien d’anormal au fait d’obéir à la censure chinoise. « Tom a implémenté un filtre textuel, ce que tout le monde fait sur le marché. Ce sont les régulations« , défend-t-il. Le business justifie tout à ses yeux. « Je peux aimer ou ne pas aimer les lois ou les régulations pour faire des affaires en Grande-Bretagne ou en Allemagne ou aux Etats-Unis, mais si j’y fais des affaires je choisis de respecter leurs lois et leurs régulations. Je peux essayer de faire pression pour les changer, mais je dois m’y conformer. La Chine à cet égard n’est pas différente« .

D’abord acquis par eBay, Skype a été racheté par Microsoft pour 8,5 milliards de dollars en mai 2011. Depuis, on constate certaines entorses aux principes de base de Skype, qui voulait protéger la vie privée et la liberté d’expression de ses utilisateurs. Ainsi, Microsoft avait fait savoir qu’il était prêt à livrer à la Russie les clés de cryptographie de Skype pour faciliter les écoutes.

Niklas Zennström précise néanmoins que Skype ne met pas en danger la vie privée de ses utilisateurs chinois. Le logiciel filtre les expressions interdites, mais ne transmet pas l’identité des utilisateurs qui les écrivent. Pour l’instant ?

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