C’est une signature visuelle qu’Ukrainiens comme Occidentaux espéraient ne plus revoir. Mais dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 janvier 2026, le ciel de Lviv, la plus grande ville de l’ouest de l’Ukraine, s’est illuminé de plusieurs ogives s’abattant à grande vitesse dans les environs. Les dégâts et les victimes, à ce stade, restent à déterminer.
Pour la deuxième fois depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en 2014, et de façon confirmée, Moscou a employé le missile 9M729-Orechnik. Si la première utilisation de l’arme avait visé Dnipro en novembre 2024 (centre du pays, au nord de Zaporijia), cette nouvelle attaque a cette fois atteint une métropole située à moins de 50 km de la Pologne, et donc de l’OTAN.
Des représailles contre « l’attaque » de la résidence de Poutine
Cette frappe a rapidement fait l’objet d’un communiqué du ministère de la Défense russe sur Telegram. Dans celui-ci, il est confirmé l’usage d’un « système de missiles mobiles de moyenne portée Orechnik », une arme qui est classée dans la catégorie des missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM, pour intermediate-range ballistic missile).
Contrairement aux frappes habituelles, ce tir est présenté comme une mesure de rétorsion directe relevant presque de la vengeance personnelle. En effet, il est affirmé que le bombardement de Lviv répond à « l’attaque terroriste du régime de Kiev contre la résidence [de Vladimir Poutine] dans la région de Novgorod, perpétrée dans la nuit du 29 décembre 2025. »

L’allégation d’une attaque contre la résidence du président russe a été vivement démentie par l’Ukraine et Moscou n’a d’ailleurs jamais avancé la moindre preuve sur un tel assaut. De nombreux points dans le narratif russe suggèrent que c’est une histoire montée de toutes pièces — l’intérêt militaire de faire de cette résidence une cible légitime est nul.
Toujours est-il que le Kremlin s’est servi de ce prétexte imaginaire pour tirer une nouvelle salve contre l’Ukraine. Outre l’IRBM orechnik, des drones et des « armes de haute précision à longue portée, basées au sol et en mer » ont été employés. Cela, pour conduire une « frappe massive », notamment sur des « sites d’importance critique », en particulier énergétiques.
L’Orechnik a une signature visuelle caractéristique
Sur les réseaux sociaux, les images de l’attaque ont rapidement circulé, relayées par des comptes de renseignement en source ouverte (OSINT). On y distingue clairement les multiples têtes du missile qui s’abattent presque verticalement, en vagues successives. Le compte @bayraktar_1love a partagé plusieurs vidéos des explosions à Lviv.
D’aucuns pourraient considérer que cela ressemble à un bombardement classique, avec des projectiles arrivant sur une zone donnée. Mais elle a aussi le profil typique du « mirvage » (dérivé de MIRV, pour Multiple Independently targetable Reentry Vehicle), une technologie issue des armes nucléaires pour libérer plusieurs têtes indépendantes depuis un seul missile.
Le magazine français Défense et Sécurité Internationale (DSI) a rapidement confirmé l’analyse, évoquant le « deuxième usage d’un Orechnik par la Russie » après celui de 2024.
Un vecteur hybride (conventionnel et nucléaire) et hypersonique
L’utilisation de l’Orechnik n’est pas anodine sur le plan technique. Ce missile balistique est un dérivé direct des missiles intercontinentaux (ICBM) comme le RS-26 Roubej. Il s’agit d’une arme à capacité duale : elle est conçue pour porter le feu nucléaire, mais est utilisée ici avec des charges conventionnelles (explosifs classiques).
Cette double capacité entretient une ambiguïté dans la stratégie russe et il est très difficile de savoir avant l’impact si l’Orechnik transporte des explosifs ou une bombe atomique — même si le travail du renseignement amont des services secrets et des observations satellitaires permettent de lever certaines incertitudes.
L’Orechnik est une arme par ailleurs complexe à intercepter, du moins selon le descriptif russe. Lors de la présentation de l’arme, l’IRBM était annoncé en capacité de voler à la vitesse de Mach 10 (soit environ 12 000 km/h), ce qui, avec l’angle d’attaque final et la libération de multiples ogives, challenge les défenses antiaériennes.
Toujours est-il qu’en utilisant un tel vecteur si près de la Pologne, cela peut aussi relever d’un signalement stratégique brutal aux alliés de Kiev — cela, alors que la coalition des volontaires finalise ses engagements et ses préparatifs pour déployer des forces sur terre, en mer et dans les airs en Ukraine, après un cessez-le-feu.
Kiev réclame des sanctions immédiates
La démonstration de force de la Russie a inévitablement fait réagir l’Ukraine, notamment par la voix Andrii Sybiha, du ministère des Affaires étrangères ukrainien. Sur Telegram, il a appelé les pays alliés à dénoncer cette attaque nocturne et redit la désinformation à l’œuvre à Moscou au sujet de l’attaque contre la résidence de Vladimir Poutine.
Volodymyr Zelensky, lui aussi, a pris la parole, en dénombrant 242 drones lancés contre son pays, mais aussi 13 missiles ballistiques, 22 missiles de croisière et le tir de l’IRBM. « L’attaque a eu lieu précisément au moment où une vague de froid importante s’est abattue sur la région. Elle visait précisément la vie normale des gens ordinaires. »
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