En menaçant de bloquer les réseaux sociaux et de surveiller l'usage fait des communications mobiles par ses compatriotes britanniques, pour lutter contre les émeutiers, le premier ministre David Cameron a réjouit les dictateurs et les régimes autoritaires. Un acte irresponsable.

C’est au mieux une incroyable bourde de la part du premier ministre britannique, au pire une sortie médiatique aussi irresponsable que désastreuse dans ses effets diplomatiques à long terme. Elle laissera en tout cas des traces, et rappelle à quel point il est important de défendre les libertés numériques dans le monde, en commençant par chez soi en Europe.

Jeudi dernier, David Cameron a stupéfait nombre d’observateurs en menaçant de couper l’accès aux réseaux sociaux et à d’autres services de communication électronique pour lutter contre les émeutes. « Lorsque des personnes utilisent les réseaux sociaux pour organiser des actes de violence, nous devons les arrêter (…) Nous travaillons donc avec la police, les services de renseignement et l’industrie high tech pour voir s’il serait souhaitable de bloquer les communications sur ces sites web et applications quand nous savons que des individus les utilisent pour attiser la violence, le désordre et la criminalité« , a-t-il dit devant les Communes.

La méthode envisagée par David Cameron est peu ou prou la même que celle utilisée par les régimes autoritaires arabes pour tenter – vainement – de contrôler les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte, en Syrie ou en Lybie. Elle est aussi celle plébiscitée par la Chine pour lutter contre les dissidents au régime communiste.

La censure légitimée par l’Occident

En quelques phrases, le message de Cameron ruine les efforts internationaux pour défendre la liberté de communication et d’accès à un Internet non censuré, soutenus notamment par une déclaration de l’ONU… que n’avaient signée ni la Grande-Bretagne ni la France (cette dernière avait déjà évoqué la possibilité de censurer Facebook ou d‘identifier les auteurs d’appels à manifester).

La Chine n’a pas mis longtemps à se réjouir de ce faux-pas qui légitime le contrôle qu’elle exerce sur sa population et ses moyens de communications. Comme le note sur Rue89 le journaliste Pierre Haski, grand spécialiste de la Chine, le Global Times qui est un « organe officiel très nationaliste » s’est profondément réjoui du discours de Cameron dans une dépêche qui résume la pensée du régime :

 » La proposition de Cameron de bloquer les réseaux sociaux détruit le concept de liberté d’expression de l’Occident qui a toujours présenté une supériorité morale en critiquant les développements hésitants de la liberté sur Internet dans les pays en développement. […]

Concernant la Chine, les défenseurs d’un développement sans limites d’Internet devraient réfléchir à deux fois à leurs idées. Sur Internet, il ne manque pas de posts et d’articles incitant à la violence. Ils ne manqueraient pas de créer des dégâts immenses s’ils étaient autorisés à être diffusés sans contrôle. Dans ce cas, tous les gouvernements n’ont pas d’autre choix que de fermer les sites qui les diffusent et d’arrêter les agitateurs. « 

Quelle sera demain la légitimité de l’Europe lorsqu’elle voudra dénoncer la censure sur Internet ou l’écoute des communications mobiles en Iran, en Chine, en Corée du Nord ou au Turkménistan ? M. Cameron, les internautes oppressés du monde entier ne vous disent pas merci. Les dictateurs, eux, vous envoient déjà des fleurs.

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