L'Inserm et l'Ifsttar ont conduit une étude synthétique sur les dangers du téléphone mobile au volant. Si tenir un téléphone à la main est dangereux, l'utilisation du kit mains-libres l'est tout autant. Bien qu'aucune législation spécifique n'existe en Europe, l'utilisation de ces dispositifs pourrait être régulée grâce à la technologie.

Les kits mains-libres seront-ils bientôt interdits au nom de la sécurité routière ? Une étude commandée (.pdf) en 2009 par la délégation interministérielle à la sécurité routière a en tout cas mis en garde contre l’utilisation d’un tel dispositif. Celui-ci se révèle être aussi perturbateur qu’une conversation téléphonique, portable à la main. Or, le kit mains-libres est de plus en plus utilisé par les automobilistes.

Dans leur étude, l’Inserm et l’Ifsttar relèvent que les kits mains-libres sont loin d’être identiques. « Les études approfondies qui cherchent à établir si certains types de kits mains-libres sont moins dangereux que d’autres justifiées. Cependant, sachant que les kits mains-libres n’éliminent pas certains effets distractifs, à savoir ceux qui sont liés à la conversation, il est difficile d’imaginer qu’aucun kit ne soit totalement sans risque« .

Un kit jugé moins dangereux pourrait même entraîner des effets pervers. « S’il est prouvé qu’un dispositif était moins dangereux (mais pas totalement sans risque), son usage plus intensif pourrait paradoxalement augmenter le nombre d’accidents liés à l’usage du téléphone, sans la mesure où l’impact d’un facteur de risque sur la sécurité de la route est fonction non seulement de l’évaluation du risque mais aussi de la prévalence de son usage« .

À l’heure actuelle, il n’existe pas dans l’Union européenne la moindre législation interdisant ce dispositif. Tout juste y a-t-il quelques aménagements, comme en Espagne (pas d’oreillettes) ou en Estonie. « Parce que le kit mains-libres n’est pas interdit, beaucoup s’imaginent que le danger réside dans la manipulation physique du téléphone, le fait même de le tenir en main, alors que la menace vient de la captation de son attention« .

Or, l’Inserm souligne que le dispositif entraîne « quasiment le même niveau de distraction, car téléphoner accapare l’attention du conducteur« . Cela « introduit une forte charge mentale supplémentaire et réduit gravement les ressources attentionnelles indispensables pour conduire« . Dans cette vaste synthèse sur les dangers du téléphone au volant, l’Inserm et l’Ifsttar mettent en avant quelques mesures technologiques pour gérer les communications.

« Si l’on fait l’hypothèse que l’usage du téléphone a un impact sur la sécurité de la conduite lorsqu’il se combine avec d’autres paramètres, et notamment avec la rencontre d’une situation critique inattendue, il peut être intéressant de tester des outils qui permettraient de limiter les appels ou d’alerter le conducteur lorsque la situation routière nécessite toutes ses capacités attentionnelles ou lorsque son comportement de conduite dénote un défaut d’attention » notent les experts.

Ces derniers recommandent « de réaliser des études pour la mise au point de technologies qui pourraient permettre : le filtrage des appels entrants en fonction d’un diagnostic en temps réel du contexte de conduite« . L’appel serait alors redirigé automatiquement sur la messagerie, afin de ne pas déranger le conducteur. Le téléphone pourrait par exemple être en « veille téléphonique » au moment où l’automobiliste se met au volant.

« L’alerte du conducteur en approche d’une situation critique, le diagnostic des défauts d’attention du conducteur pouvant conduire à un désinvestissement prolongé de la conduite« . En cas de communication téléphonique, une alerte pourrait être diffusée au conducteur par le biais d’un message d’avertissement ou un signal sonore afin de l’inciter à raccrocher.

Pour mettre en place un tel système, il faudra néanmoins que les constructeurs automobiles et les opérateurs de télécommunications travaillent de concert afin de faciliter la détection d’un appareil téléphonique à bord du véhicule et prendre les mesures adéquates : redirection de l’appel vers la messagerie, diffusion d’une alerte sonore ou d’un message d’avertissement…

Ces pistes sont quelques-unes des recommandations face à l’usage du téléphone portable en situation de conduite. L’étude rappelle que l’interdiction pure et simple du dispositif kit mains-libres est difficile, dans la mesure où les forces de l’ordre auront plus de mal à vérifier le respect de la législation. Ces appareils sont en effet beaucoup plus discrets qu’un téléphone tenu à la main.

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