Les ventes de musique en Corée du Sud ont augmenté de plus de 10 % en 2010. Mais la mise en oeuvre de la riposte graduée est-elle véritablement responsable de cette embellie, qui confirme la hausse ressentie en 2009 ?

Nos confrères d’Electron Libre publient aujourd’hui un article intéressant sur le disque en Corée du Sud, dont les ventes ont augmenté de 10,4 % en 2010. Un chiffre qu’il met en corrélation avec la riposte graduée et la loi Hadopi locale. Après 80 000 messages envoyés, les premières suspensions de l’accès à Internet auraient été ordonnées. « Les menaces de suspension d’abonnement ont aussi été adressées en nombre, surtout aux internautes utilisant des espaces disque en ligne pour stocker et partager des fichiers. L’opération s’est faite en plusieurs vagues, en mars, juin, septembre et décembre 2010, pour un total de 696 « notices » envoyées« , rapporte EL.

Mais comme toute corrélation, il faut se méfier des conclusion hâtives. Ca n’est pas parce qu’il y a coïncidence qu’il y a un lien de cause à effet, et quand bien même existerait-il, il est impossible de l’isoler d’autres facteurs. Comme le dit Electron Libre lui-même, « une vaste opération a été menée dernièrement pour veiller au respect de la concurrence sur ce marché du téléchargement légal » en Corée du Sud, avec des condamnations pour entente illicite sur les prix. Peut-être les efforts sur le développement de l’offre légale ont-ils participé à l’augmentation des ventes.

Par ailleurs, Electron Libre oublie de préciser que l’Etat sud-coréen a lancé en 2009 un gigantesque plan quinquénal de sauvegarde de son industrie musicale, inédit au monde. La Corée du Sud a en effet injecté 91 millions de dollars dans la relance du marché, avec la création d’un Top 50 coréen, d’un prix musical destiné à encourager la production de nouveaux artistes, l’ouverture de deux salles de concerts à Séoul spécialisées dans la musique populaire, la création de salles de karaoké sans alcool, etc. L’idée étant de redonner l’envie aux Coréens d’acheter de la musique, et de développer la pop coréenne (K-Pop).

Lors de l’annonce du plan en février 2009, le gouvernement sud-coréen espérait que les ventes de musique doubleraient d’ici 2013. Le fait qu’elles augmentent uniquement de 10,4 % en 2010 ressemble donc davantage à un échec, et relativise en tout cas tout le succès de la riposte graduée coréenne.

Enfin, la Corée du Sud n’est pas le seul pays au monde où les ventes augmentent. Dès l’an dernier, la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI) notait que 13 pays renouaient avec la croissance, or la Corée du Sud était le seul d’entre eux à connaître un régime de riposte graduée.

« Le Français n’est pas le plus discipliné des citoyens, alors que le Coréen n’a pas ce fond rageur et rebelle« , écrit EL pour expliquer d’avance que l’industrie du disque ne connaisse pas la même embellie chez nous avec la loi Hadopi. C’est une façon de voir les choses.

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