Le Président de la République a-t-il pris conscience qu’il allait dans le mur avec la riposte graduée, ou entre-t-il simplement en campagne électorale avec l’espoir de retrouver les voix qu’il a perdues auprès des internautes ? Le député Lionel Tardy, membre de l’UMP mais opposant résolu à la loi Hadopi, a indiqué au Nouvel Observateur que Nicolas Sarkozy s’était spontanément exprimé sur le sujet lors d’une réunion avec les députés de la majorité, ce mercredi.

« Dans une sorte de mea culpa, il a dit que faire adopter la loi était nécessaire, mais qu’il faut maintenant revoir un certain nombre de choses« , rapporte Lionel Tardy, qui ajoute que le Président « semble avoir changé de position et vouloir passer à autre chose que le simplement répressif ».

Qu’il nous soit permis d’être sceptiques. Le chef de l’Etat, candidat non déclaré à sa réélection en 2012, suit simplement une stratégie établie de longue date. D’abord montrer le bâton pour rassembler dans son camp les partisans du tout-sécuritaire, puis tendre la carotte pour élargir ses soutiens en misant sur la capacité des électeurs à rapidement oublier.

Nicolas Sarkozy, qui avait intimé récemment à Koucher de promouvoir la riposte graduée dans une conférence sur la liberté d’expression (sic), accompagne le mouvement initié par la publication du décret sur la labellisation de l’offre l’égale et la régulation des DRM, et suivi par ses fidèles lieutenants. La députée Muriel Marland-Militello, rapporteur de la loi Hadopi au sein de la Commission des affaires culturelles, a elle-même demandé cette semaine que le volet pénal de la riposte graduée soit suspendu. Mais pour de mauvaises raisons. Elle demande que soient d’abord labellisées les offres légales, alors que c’est la labellisation des moyens de sécurisation qui est indispensable.

Dans sa dernière conférence de presse, l’Hadopi avait elle-même refusé toute question sur la réponse graduée, n’acceptant que d’évoquer les volets « développement de l’offre légale » et sécurisation de l’accès à Internet.

En portant un discours plus positif à l’égard des internautes, le futur candidat espère faire oublier la manière dont la riposte graduée a été défendue par le gouvernement, la manière dont les élus UMP l’ont voté fièrement même lorsqu’ils étaient contre, le dédain exprimé à l’encontre du Parlement Européen et de la société civile (à de nombreuses reprises), l’obstination à ne pas vouloir entendre les argumentations contre Hadopi, et à censurer ses propres troupes de jeunes.

Mais il ne faudra pas oublier, car sur le fond le Président n’a pas changé d’un iota. Il faudra plus que d’artificiels labels et autres Carte Musique Jeune pour faire croire au contraire.

A titre d’exemple, plutôt que de s’interroger sur les raisons profondes pour lesquelles la quasi totalité des entreprises à succès sur le net sont américaines et non européennes, Nicolas Sarkozy invoque à son tour l’idée de taxer Google. « Il a dit qu’il faut revoir pas mal de choses dans l’économie numérique. Il a expliqué que ce n’est pas normal que des géants comme Google fasse des millions d’euros de bénéfice en France sans en payer les impôts« , rapporte ainsi M. Tardy.

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