Angoissez, chers internautes. Du producteur de cinéma qui déclare qu'il a peur "même de sa famille", à l'internaute qui peut recevoir un avertissement de l'Hadopi même s'il télécharge très peu... M6 prévient. Avec l'Hadopi et le piratage, tout le monde doit avoir peur. Du droit d'auteur ?

L’émission 66 Minutes de la chaîne M6 a proposé un reportage anxiogène sur l’Hadopi, plus proche de la propagande des producteurs de films (les seuls interrogés) que de l’investigation journalistique. Voici en vrac nos observations, après la vidéo :

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  • Le reportage commence par la lutte contre le camcording (l’enregistrement de films dans les salles de cinéma), en insistant sur l’utilisation par un projectionniste d’un appareil normalement réservé aux militaires : les lunettes infra-rouge pour repérer les pirates. Angoisse. « L’industrie du cinéma n’a plus le choix« , assure la voix off, qui n’évoque pas les records historiques de fréquentation des salles.
  • Des chiffres non sourcés : 500 000 films téléchargés chaque jour sur Internet ; piratage qui a mis « à genoux » l’industrie musicale ; 12 millions de pirates en France, 3 millions qui arrivent à télécharger en contournant l’Hadopi…
  • Angoisse toujours. « On a peur de tout le monde. Même de ma famille j’ai peur« , prévient un cadre de Gaumont, qui craint la duplication de versions inédites de films en production, qui pourraient être publiés sur Internet ;
  • Témoignage d’un couple de pirates pourtant a priori à l’aise financièrement, mais « qui refusent de payer une place de cinéma » et préfèrent « télécharger en 20 minutes » un film chaque dimanche. A l’appui, l’image d’une bibliothèque remplie à craquer de centaines de films gravés sur DVD ;
  • La classique métaphore de la baguette, cette fois servie par l’acteur Gérard Darmon qui l’adapte à la sauce bananes et fromages ;
  • Des « enquêteurs privés à deux pas des Champs Elysée », « tous d’anciens gendarmes ou policiers », payés par les producteurs de cinéma pour traquer les pirates. Aucun nom n’est évoqué mais on reconnaît les locaux de l’ALPA, où l’agent se charge visiblement de valider la nature « pirate » d’un contenu que devra surveiller TMG avant l’envoi des adresses IP à l’Hadopi ;
  • Des images inédites de la Commission de protection des droits de l’Hadopi (CPD), chargée de mettre en œuvre la riposte graduée. M6 est la première à avoir accès à ces séances de travail, qui pourtant ne sont pas publiques et en principe fermées à la presse…
  • A la minute 13:30, Jacques Bille (magistrat membre de la CPD) voit une adresse e-mail d’une institution publique dans les listings des abonnés à avertir, « donc il y a quelqu’un qui télécharge depuis son poste de travail d’une institution publique« … or les deux sont bien sûr distincts, ça peut n’être qu’un e-mail de contact donnée au FAI (merci à Paul Da Silva de nous l’avoir fait remarquer).
  • La Commission de protection des droits explique que si le nom de l’œuvre téléchargée ne figure pas sur le mail, c’est pour éviter à Madame de découvrir par exemple que Monsieur a téléchargé un film porno. Problème : à notre connaissance, les producteurs de films pornographiques n’ont pas accès à l’Hadopi, et d’ailleurs s’en plaignent. Et de toute façon, la liste peut être obtenue par voie postale, sur demande. Ca n’est donc qu’un faux prétexte.
  • Témoignage de Nicolas, un internaute qui a reçu un mail de l’Hadopi. Comment la chaîne l’a t-elle trouvé ? Mystère. « Ca peut vraiment tomber sur n’importe qui. C’est pas en fonction de la quantité« , prévient Nicolas.

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