Les promoteurs de la Hadopi vont devoir se justifier à nouveau. Comment se fait-il qu'un pays dans lequel 450 000 films seraient téléchargés illégalement chaque jour parvient à maintenir une telle fréquentation dans les salles de cinéma ? En effet, pour l'année qui s'achève, c'est pas moins de 200,85 millions d'entrées qui ont été enregistrés. Un record depuis 27 ans.

D’aucuns diront que c’est le charme des salles obscures qui opère encore, à l’heure où toutes les industries culturelles sont durement touchées par la dématérialisation des contenus et le piratage. Il n’empêche. Alors que le gouvernement va s’appuyer en grande partie sur le rapport Zelnik pour mettre en place une série de mesures visant à améliorer l’offre légale et la rémunération des ayants droit, les chiffres délivrés par le Centre National de la Cinématographie ces jours-ci sont un véritable désaveu pour les tenants de la loi Hadopi.

En 2009, les salles de cinéma auront donc enregistré 200,85 millions d’entrées, soit une hausse de 5,7 % par rapport à l’année précédente. Mieux encore : alors que la moyenne annuelle de ces dix dernières années était de 183,98 millions, le rapport souligne que les données de 2009 constituent un véritable record. En effet, il faut remonter 27 ans en arrière pour retrouver une telle affluence, avec 201,93 millions de tickets vendus.

Un résultat légèrement supérieur aux estimations déjà assez hautes de Véronique Cayla, la présidente de la CNC. Celle-ci déclarait en décembre dernier au journal Le Monde que « nous devrions, mais il reste quinze jours qui pèsent lourd dans l’exploitation, être bien au-dessus de 195 millions d’entrées et probablement frôler les 200 millions« . Record battu, démystifiant les discours alarmistes de la profession.

Cette tendance, qu’on retrouve également à l’étranger, démontre que le lien de causalité entre fréquentation des salles de cinéma et piratage n’est pas si évident. Souvenons-nous d’ailleurs des propos des arguments de Christine Albanel, qui pour légitimer la Haute Autorité, avançait le chiffre de 450 000 téléchargements illégaux (chiffre qui sort de nul part d’ailleurs) de films par jour, entrainant mécaniquement une baisse de la fréquentation. La France était alors considérée comme le champion du piratage, alors que la réalité était tout autre

Alors, le cinéma en France est-il sur le déclin ? Les excellents résultats enregistrés pour 2009 tendent à indiquer le contraire. Arrêtés au 31 décembre, ces chiffres pourraient même évoluer à nouveau selon le CNC, puisqu’un réajustement pourrait avoir lieu en mai prochain. Cependant, l’année qui s’est écoulée a été portée en partie par l’énorme succès de James Cameron, Avatar. Le film-évènement de cette fin d’année aura contribué à une hausse de la fréquentation de 23 % pour le mois de décembre.

Cependant, il est certain que le ministère de la culture et le monde du cinéma saisiront ce bon résultat pour vanter les premiers effets du dispositif Hadopi, voté avec pertes et fracas l’année dernière. D’un autre côté, les chiffres du cinéma étaient déjà très bons, bien avant l’arrivée de la Haute Autorité ou des textes de lois… une coexistence entre la fréquentation et le téléchargement sur Internet serait-elle alors possible ?

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