Comme sur la loi Hadopi il y a quelques mois, le journal de TF1 a masqué l'absence de la quasi totalité des députés lors du débat sur la loi Loppsi en diffusant au contraire des images d'une assemblée remplie de parlementaires.

Mise à jour : Le médiateur de l’information de TF1 accuse, à tort, Jean-March Manach. « Soit l’auteur de ce blog est de mauvaise foi, soit il s’est trompé« , a-t-il répondu aux accusations de manipulation subies par le journal de 20H. Cependant comme le détaille Arrêt sur Images, le médiateur se trompe. Ou ment carrément.

Il assure que les images diffusées par TF1 proviennent du moment où Brice Hortefeux parlait de la Loppsi lors des questions au gouvernement. Or, « les images reprises par TF1 correspondent bel et bien à la réponse du ministre de l’Intérieur, toujours lors des questions au gouvernement mais quelques minutes plus tôt, sur la profanation d’une mosquée à Saint-Etienne dans la nuit du 7 au 8 février », note Arrêt sur Images.

L’erreur n’est pas anodine. Lors de la séquence des questions au gouvernement où le ministre parlait effectivement de la Loppsi devant l’assemblée bondée, le réalisateur de l’Assemblée n’avait pas réalisé de plan large sur les députés. Puis plus tard, lors du débat sur le texte, l’assemblée était déserte. Il semble donc bel et bien que TF1 a souhaité montrer une assemblée remplie, plutôt que de montrer la triste réalité de l’abstention parlementaire. Une abstention qu’elle avait pourtant bien dénoncé, une fois…. lorsque les socialistes ont créé le surnombre pour rejeter la loi Hadopi.

L’entêtement du médiateur de l’information de TF1 a probablement une explication, au delà de la pure mauvaise foi ou de l’incompétence. Lorsque la chaîne avait manipulé les images du vote de la loi Hadopi pour faire croire à une assemblée pleine à craquer, le même médiateur avait assuré qu’il s’agissait d’une « maladresse, certes regrettable, mais en aucune façon d’une intention maline de contrefaire la réalité ». « Cette maladresse est imputable à un défaut d’attention humain et nous veillerons à l’avenir à ne pas reproduire ce genre d’erreur, conscients que nous sommes la force des images« , ajoutait-il. Promesse non tenue.

Article du 16 février 2010 – Les mauvaises langues pourraient s’imaginer que les journalistes de TF1 cherchent à cacher la réalité de ce qu’est la pratique législative en France : des lois même les plus importantes discutées par une toute petit poignée d’élus. On se souvient que déjà lors de la loi Hadopi, le premier journal télévisé de France avait remplacé les images du vote en première lecture de la loi par celles d’une Assemblée pleine à craquer, alors qu’il y avait seulement 16 députés présents. On aurait pu croire à l’erreur de manipulation si ça ne venait pas compléter un dispositif ostensiblement propagandiste, qui avait été jusqu’à inviter pendant 4 longues minutes Jack Lang à venir expliquer pourquoi il fallait voter la loi, alors que le député ne s’était pas présenté une seule fois à l’Assemblée pour discuter le projet de loi. Et l’on ne s’étend pas bien sûr sur le licenciement de Jérôme Bourreau-Guggenheim, viré parce qu’il s’était opposé à la loi Hadopi auprès de sa députée.

Cette fois, c’est sur la loi Loppsi que TF1 démontre toute sa déontologie. Comme le note Jean-Marc Manach, qui développe une remarque de PC Inpact, la chaîne du groupe Bouygues a une nouvelle fois substitué des images de l’Assemblée déserte par celles d’une assemblée remplie. Le 9 février dernier, pour évoquer l’ouverture à l’Assemblée Nationale de la discussion sur la loi Loppsi, TF1 a en fait utilisé les images du jour provenant des questions au gouvernement, où les députés viennent en nombre. Mais après ces questions, il ne restait plus qu’une petite vingtaine de députés présents pour discuter du texte, qui fixe pourtant les orientations sur la sécurité intérieure pour les 3 prochaines années et pousse encore le curseur de la liberté vers la sécurité et le contrôle.

Mais les journalistes de TF1 n’ont même pas utilisé la séquence où Brice Hortefeux évoque lors des questions le projet de loi de sécurité intérieure dont la discussion parlementaire commencera quelques heures plus tard. Arrêt sur Images a une explication : « Le plus troublant dans cette affaire, c’est que seulement quelques minutes plus tard, le même Brice Hortefeux répond à une question du député de la majorité Eric Ciotti à propos de la Loppsi. TF1 aurait donc très bien pu prendre ces images. Seulement, les angles de vue ne servaient pas au mieux le ministre de l’Intérieur : aucun plan large d’une Assemblée pleine à craquer. »

TF1 pourra encore diffuser ce soir des images d’une assemblée remplie après que les députés auront voté en masse cet après-midi la loi Loppsi sans avoir pour la très grande majorité écouté les arguments des uns et des autres.

Pourquoi s’embêter à pratiquer la démocratie quand il suffit de laisser le premier média de France donner l’illusion qu’elle fonctionne normalement ?

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