RSF juge le décret italien sur les vidéos en ligne disproportionné et anti-démocratique

Julien L. - publié le Lundi 25 Janvier 2010 à 10h36 - posté dans Société 2.0

Le projet de décret italien continue de faire couler beaucoup d'encre. Officiellement destiné à lutter contre le piratage, le décret s'est attiré les foudres de Reporters Sans Frontières qui estime que non seulement le texte propose des sanctions disproportionnées, mais en plus celui-ci échappe au contrôle démocratique du parlement.

Un texte aux sanctions "disproportionnées" (jusqu'à 150 000 euros d'amende) et qui "échappe au débat et au contrôle démocratique du Parlement". C'est en ces termes assez durs que Reporters Sans Frontières a réagi au projet de décret législatif déposé par l'actuel ministre délégué aux communications, Paolo Romani. Selon le gouvernement italien, l'objectif du décret vise à se conformer à une directive européenne sur les services de médias audiovisuels en instaurant une sorte de licence étatique destinée aux diffuseurs de vidéos en ligne, à l'image des licences attribuées aux chaînes de télévision.

Officiellement, c'est l'épouvantail du piratage qui a été agité pour justifier un tel décret. Mais personne n'est dupe. Non seulement le décret est contraire à la directive européenne, comme l'a expliqué Jean-Marie Le Ray sur son blog, mais en plus les intérêts audiovisuels du chef de l'État italien dans cette affaire sont évidents. Rappelons à ce sujet que la société MediaSet, fondée et contrôlée par sa famille, est en bisbille avec YouTube.

Dénonçant "le choix du décret plutôt que d'une loi", Reporters Sans Frontières estime que "sous couvert de protéger les droits d'auteur, notamment les chaînes de télévision contrôlées par le Premier ministre Silvio Berlusconi, le gouvernement s'arroge un contrôle direct sur les télévisions indépendantes diffusées sur le Web. Leur existence dépendrait alors d'une licence accordée par le ministère et non par un juge".

Pour l'organisation non-gouvernementale, "le décret en question instaure un système d'autorisation préalable à l'exercice de la liberté d'expression afin d'éviter d'éventuelles futures violations de droits protégées par la propriété intellectuelle. Cette disposition est en contradiction totale avec la conception de la Cour européenne des droits de l'homme de la liberté d'expression et avec l'article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne". En d'autres termes, les internautes souhaitant mettre en ligne une vidéo sur une plate-forme spécialisée (comme YouTube ou Dailymotion) devront d'abord obtenir le feu vert des autorités.

Car le principal problème de ce décret est bien là : d'ordinaire, la sanction d'un abus survient justement après que celui-ci ait été commis. Pas avant. Or, avec le projet déposé par Paolo Romani, le contrôle ne se fait plus a posteriori, mais avant la mise en ligne d'un contenu.

"Celle-ci est soumise à un régime répressif qui n'est mis en oeuvre que pour en condamner a posteriori un abus et non pour sanctionner a priori une intention d'expression que l'on présumerait coupable avant même qu'elle ne soit exécutée. Le décret instaure donc une censure des sites diffusant des vidéos : chacun ne doit être responsable que pour ce qu'il a dit et non pour ce qu'il va peut-être dire" explique RSF.

Le projet pourrait entrer en vigueur le 27 janvier prochain, rappelle Reporters Sans Frontières, c'est-à-dire après-demain.

Publié par Julien L., le 25 Janvier 2010 à 10h36
 
 
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Commentaires à propos de «RSF juge le décret italien sur les vidéos en ligne disproportionné et anti-démocratique»
 
Je les trouve bien discrets:
partito-pirata.it

EDIT: sur le portail, les liens sont mal interprétés. Mindo ! c'est quoi ce "br/" qui s'ajoute à la fin des liens ?

Alors ? Signe avant-coureur ou simple frasque de mégalomane ?
Que Berlusconni tente de la mettre bien profond à ses concurrents (pas politiques, mais plutôt dans le domaine du business), c'est certain. En matière de gestion de ses propres intérêts, notre président (loués soient les journalistes impertinents qui vont l'interroger ce soir) est un amateur par rapport à son pote italien.

Je ne suis pas complètement d'accord avec l'analyse de Jean-Marie Ray sur son blog. Oui, la directive européenne exclut "les activités dont la vocation première n'est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d'échange au sein de communautés d'intérêt."
Mais dans ce genre de texte, chaque mot et chaque virgule a un sens.

Est-ce que la vocation première de Youtube n'est pas économique ? C'est quand même une entreprise, non ?
Est-ce la majorité de vidéos sur Youtube sont essentiellement des vidéos créées (le terme est important) par des utilisateurs privés. Choper des images à la télé et les mettre sur Youtube, ce n'est pas une vidéo créée par l'utilisateur.
Et quid des utilisateurs non privés (des chaînes de télé, des studios de cinéma, des musiciens professionnels, ...) qui mettent eux-aussi des vidéos sur Youtube ?
Et si Youtube se met à diffuser des films, est-ce qu'il n'entre pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle ?
Quant aux WebTV, c'est à voir au cas par cas : entre les WebTV créées par des clubs sportifs pour faire leur promotion et dont n'entrent pas dans le cadre de l'exclusion et celles créées par une association de quartier pour parler des problèmes locaux, ce n'est pas exactement la même chose.

Entendons-nous bien : je pense qu'il s'agit d'un décret pour que Berlusconni protège son empire audiovisuel, en plus qui aurait mérité de passer par une loi (quoique je ne connaisse pas bien le système législatif italien). Mais quand on combat quelqu'un, il ne faut pas se tromper d'argument, sinon on en prend plein la gueule. Et à mon avis, se battre contre le fait que c'est contraire à la directive européenne, c'est une erreur car il est facile de contre-argumenter.
En matière de gestion de ses propres intérêts, notre président (loués soient les journalistes impertinents qui vont l'interroger ce soir) est un amateur par rapport à son pote italien.
Troll de compétition là !
Zergy, le 25/01/2010 - 11:16
En matière de gestion de ses propres intérêts, notre président (loués soient les journalistes impertinents qui vont l'interroger ce soir) est un amateur par rapport à son pote italien.
Troll de compétition là !

+1

Mais comment vont ils éviter que des vidéos ne soient postées par exemple sur youtube.com ??
Je veux dire qu'une personne qui ne pourrait plus mettre sa vidéo sur le youtube italien le pourrait il encore sur un autre (youtube.com) ?
Si oui leur texte ne sert à rien.
herbeapipe, le 25/01/2010 - 11:29
Zergy, le 25/01/2010 - 11:16
En matière de gestion de ses propres intérêts, notre président (loués soient les journalistes impertinents qui vont l'interroger ce soir) est un amateur par rapport à son pote italien.
Troll de compétition là !

+1

Mais comment vont ils éviter que des vidéos ne soient postées par exemple sur youtube.com ??
Je veux dire qu'une personne qui ne pourrait plus mettre sa vidéo sur le youtube italien le pourrait il encore sur un autre (youtube.com) ?
Si oui leur texte ne sert à rien.


Ce ' projet de décret législatif ' ressemble à s'y méprendre à notre 49.3...

Que 'le duce' veuille, dans sa position de quasi monopole médiatique italien, empêcher que des vidéos, non passées à la moulinette de ses conseillers en communication, soient censurables est une aberration.

Maintenant, plus sérieusement, et comme cela semble vouloir se mettre en place en France pour les jeux en ligne, ce qui est à retenir :

"l'objectif du décret vise à se conformer à une directive européenne sur les services de médias audiovisuels en instaurant une sorte de licence étatique destinée aux diffuseurs de vidéos en ligne, à l'image des licences attribuées aux chaînes de télévision"

Reformulons, histoire de bien comprendre :

L'état se réserve le droit d'autoriser qui il veut dans son pays, sans en rendre compte à qui que ce soit, ( et surtout pas au peuple Italien, manquerait plus que ça... ) le tout en prenant du pognon au passage... ( une licence, ça se paie...)

Ca rappelle quelque chose en France, ah oui ! Loppsi...

Sinon, quand à la motivation européenne, quelqu'un sait de quoi il cause, en se cachant derrière "se conformer à une directive européenne sur les services de médias audiovisuels" ?

A quelle directive fait-il référence ?
>>>"Je veux dire qu'une personne qui ne pourrait plus mettre sa vidéo sur le youtube italien le pourrait il encore sur un autre (youtube.com) ?"

1) Il n'y a pas de Youtube italien et de youtube d'une autre nationalité. Il n'y a qu'un seul Youtube avec des url différentes.

2) D'après plusieurs sites (RSF, Neteco, Clubic, ... et bien entendu la directive européenne) ce sont les éditeurs des sites qui devront obtenir l'autorisation. Il n'y a qu'ici, chez Numerama, que bizarrement ce sont les internautes qui le doivent.
+1 @enter : bon argumentaire, je suis bien d'accord.
Le président du conseil italien Berluscosucemoilesraviolis est un homme dont la vie, les affaires et la politiques sont disproportionné et anti-démocratique alors pas étonnant qu'il dise de grosses conneries.
@gnommy : lis mes deux posts

La directive européenne dit tout simplement qu'une chaîne de télé en hertzien ou une chaîne de télé sur le Web, cela nécessite les mêmes autorisations. Sauf dans des cas bien précis lorsqu'il s'agit de vidéos créées par des internautes et à destination d'une communauté d'internautes.

http://eur-lex.europ...027:0045:FR:PDF
Une simple façon sous prétexte de respecter une directive, de censurer le net afin que berlue scopie puisse filtrer ce qui le dérange et nuit à son image déjà bien écornée, en plus il pourra se faire un peu plus de fric en passant!!!!
Coucou,
Je suis pas sur qu'il fasse ça uniquement pour se protéger contre toute attaque médiatique, et ou pour protéger son bisness.
Premièrement, ca viens pas uniquement de lui, ces hommes publique ne représente pas qu'eux même ou les gens qui les ont élu, mais ils doivent prendre en compte l'avis de beaucoup de gens puissants.

Dans un deuxième temps, je pense que le web est devenu un outil de communication aussi puissant que ceux que les politiques et groupes commerciaux possèdent/utilisent, donc, ca les fait flipper de voir les petites gens avec tant de pouvoir potentiel dans les mains.

Et puis, même si c'est au domaine du web auquel on s'attaque présentement, chaque partie de la liberté sacrifier ici laisse présager de ce à quoi on peut désormais s'attendre dans d'autre sphères de la société.

Le blabla sur le piratage est pas mal non plus, ca jette un voile de suspicion entre les citoyens (notamment ceux qui n'ont pas été élevé dans le monde du numérique), et envers d'improbable groupuscule caché dans l'ombre.
Pour le reste ça laisse entendre que tout ce vends, tout doit être contrôler, validé, et acheté et que nous sommes tous d'infâme communiste ou anarchistes nous qui ne pensons pas ça.

Pour ce qui est de se faire du pognons au passage avec une licence bah......pourquoi il le ferait pas?

Bon, je doit vous laisser, il faut absolument que j'aille regarder à la télé des programmes bien controlé, qualibré, ou je pourrais voir des gens choisi par les cieux (mouhahaha) pour vivre dans l'opulence afin d'oublier pour un temps ma vie en cage à lapin.
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