La protection de la propriété intellectuelle est-elle Secret Défense ?

Guillaume Champeau - publié le Lundi 16 Mars 2009 à 18h52 - posté dans Société 2.0

La Commission Européenne, le Japon et les Etats-Unis négocient actuellement l'ACAC, un traité international visant à renforcer la lutte contre le piratage et toutes les formes de contrefaçon, sans donner au public la possibilité de donner son avis sur les règles qui lui seront imposées. Le Parlement Européen et des groupes d'activistes américains demandent la levée d'un secret classé "Secret Défense" aux Etats-Unis.

Une nouvelle fois, les pays industriels et les multinationales qui font de la propriété intellectuelle leur nouveau pétrole s'apprêtent à user de l'arme bien connue du traité international pour imposer aux législateurs de tous les pays une protection accrue du droit d'auteur, des marques et des brevets, sans que le public n'ait son mot à dire.

Pour mémoire, la loi DADVSI très décriée en France en 2006 était pour une très large partie imposée par la directive européenne EUCD de 2001, elle-même imposée par des accords signés par l'Union Européenne au niveau de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en 1996. Même s'ils le souhaitaient, les députés des parlements nationaux ne pourraient revenir sur le niveau de protection des droits d'auteur décidé par les traités internationaux. Christine Albanel, à qui était proposée d'abolir les dispositions de la loi DADVSI qui se sont révélées inutiles, l'a d'ailleurs redit au Parlement la semaine dernière : "Supprimer (la protection juridique des) DRM par la loi serait inconstitutionnel et incompatible avec le droit communautaire, puisque ces mesures sont protégées par la directive (EUCD)". Dès qu'un traité international est conclu, le législateur national est pieds et points liés, comme chacun des citoyens dont les représentants sont privés de tout pouvoir d'influence sur le degré de protection des droits d'auteur.

15 ans après l'ADPIC négocié à l'Organisation Mondiale du Commerce, l'Accord de Commerce Anti-Contrefaçon (ACAC) doit encore une fois accentuer la protection des droits de propriété intellectuelle sous prétexte de protéger le marché à l'échelle mondiale. De l'ACAC, personne ne sait rien, si ce n'est qu'il est actuellement en cours de négociation, notamment entre l'Union Européenne, le Japon et les Etats-Unis. Une trentaine d'Etats auraient eu accès aux documents préliminaires, tout comme quelques lobbys industriels triés sur le volet. Mais lorsque le citoyen de base veut accéder à la même information pour participer au débat et apporter sa pierre aux négociations, l'accès aux documents de travail lui est refusé.

Agacé par ces pratiques, le Parlement Européen a dû adopter le 12 mars dernier par 439 voix contre 200 le rapport de Michael Cashman, qui demande à réviser la législation de 2001 sur l'accès aux documents, et qui demande à la Commission européenne de "rendre accessibles au public tous les documents relatifs aux négociations internationales en cours sur l'accord commercial anti-contrefaçon (ACAC) qui contiendra un nouveau référentiel international concernant le respect des droits de propriété intellectuelle".

Le collectif Knowledge Economy, qui se bat pour que la transparence soit faite sur le traité ACTA, avait de son côté demandé le 31 janvier dernier à l'administration d'Obama d'ouvrir l'accès à sept documents de travail dans lesquels l'essentiel du projet de traité serait présent. Il a ainsi soumis une demande basée sur le Freedom of Information Act (FOIA), qui encadre l'accès aux documents administratifs. Mais l'organisation indique que sa demande a été rejetée au motif que les documents seraient classés "dans l'intérêt de la sécurité nationale", sous l'Executive Order 12958 de 1995. Secret Défense. Pour des règles sur la protection des droits d'auteur et des inventions.

Sous George Bush, l'administration avait déjà indiqué le 16 janvier dernier à l'Electronic Frontier Foundation que sur 806 pages de documents relatifs au projet de traité, seulement 10 n'étaient pas couvertes par le Secret Défense.

Pour pouvoir invoquer l'Executive Ordrer 12958, il faut toutefois que la publication des documents classés puisse "créer un dommage à la sécurité nationale" et que l'autorité qui a décidé du classement soit "en mesure d'identifier et de décrire le dommage".

En quoi, donc, donner au public l'accès aux négociaitons relatives à la protection des droits de propriété intellectuelle présente-t-il une menace pour la sécurité publique ?

 
 
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Commentaires à propos de La protection de la propriété intellectuelle est-elle Secret Défense ?
 

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fabrutus
Le 16 Mars 2009 à 19h03
bin ui c'est la crise. On est bien dans une période ou faut légiférer. L'ultralibéralisme présent sur le Net est une honte ! Brisons ces vilains pirates pourfendeurs de créativité.

Par contre légiférer les échanges commerciaux, les paradis fiscaux, les flux monétaires, les stock options... Ho ba c'est pas vraiment la priorité. Vive les banquiers véreux, vive les mafias, vive le blanchiment d'argent et a bas le téléchargement sauvage !
Hyggor
Le 16 Mars 2009 à 19h17
secret défense ??????

quels bandes d'hypocrites .....

ils faut faire sauter tous ces guignols qui s'en foutent plein les poches et qui en n'ont jamais assez .

ils veulent dominer le monde , mais le monde ne se laissera pas faire .... la crise est partout , meme en chine ....
bronto
Le 16 Mars 2009 à 19h33
Ils n'ont pas hésité à se servir de rapprochements fallacieux avec la pédophilie et le terrorisme (très récemment encore pour ce dernier) et le P2P, et maintenant c'est le secret défense. Ca devient vraiment grotesque. C'est ce qu'on appelle ne pas avoir de limites, je crois. On est supposé être en démocratie mais visiblement ça se contourne aussi sans problème quand on n'a pas de limites...
yenda
Le 16 Mars 2009 à 19h35
Secret défense ça veut juste dire qu'on va s'en prendre plein la gueule, c'est bien la preuve que le moment est venu d'enfoncer les réseaux encore plus profondément, vive le P2P crypté et anonyme ^
mob
Le 16 Mars 2009 à 19h39
The smart way to keep people passive and obedient is to strictly limit the spectrum of acceptable opinion, but allow very lively debate within that spectrum - even encourage the more critical and dissident views. That gives people the sense that there's free thinking going on, while all the time the presuppositions of the system are being reinforced by the limits put on the range of the debate.
noam chomsky
Hyggor
Le 16 Mars 2009 à 19h51
@mob en francais c'est mieux !!
donc apres passage dans un traducteur cela nous donne :

La façon intelligente de garder les gens passifs et obéissants est de limiter strictement l'éventail des opinions acceptables, mais permettez-débat très animé au sein de cet éventail - et même encourager les plus critiques et points de vue dissidents. Cela donne aux gens le sentiment que la libre pensée en cours, alors que tout le temps les présupposés du système sont renforcées par les limites mises à la portée du débat.
Noam Chomsky
Otaku
Le 16 Mars 2009 à 19h52
hahaha Big brother is coming
Hyggor
Le 16 Mars 2009 à 19h54
bref ca veux dire qu'il faut endormir les gens ...
ils se souviennent de toutes les revolutions qu'il y a eu dans le monde ? 1789 pour la France
RoadRash
Le 16 Mars 2009 à 20h11
Les grilles de la prison se mettent en place lentement, insidieusement.
La finalité de tout ça (leur fameux nouvel ordre mondial), c'est bel et bien une dictature mondiale. Quand suffisamment de gens s'en rendront compte, il sera déjà trop tard.
Hyggor
Le 16 Mars 2009 à 20h14
@RoadRash , tout a fait d'accord
Aintzane
Le 16 Mars 2009 à 20h23
Celà va bien au delà de la propriété intellectelle.

Le gouvernement actuel, enfin son Boss, Sarkozy, a ce projet sous le coude depuis longtemps.
Et prévoit l'extension du secret défence à bien d'autres choses encore.

La loi de programmation militaire 2009-2014 qui prévoit une extension des pouvoirs de la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), une autorité administrative indépendante.


Mieux...Le texte prévoit que, avant toute perquisition dans des administrations ou entreprises « susceptibles d'abriter » des informations « secret-défense », le juge d'instruction devrait désormais prévenir par écrit la commission, motiver sa demande, puis être accompagné par le président de la CCSDN. Alors que seuls des documents étaient jusqu'à présent classifiés, certains lieux - dont la liste sera arrêtée par décret par Matignon - pourraient aussi l'être et le magistrat devra obtenir une autorisation du ministre pour y accéder.

Autrement dit....même les juges se verraient refuser l'entrée de certains lieux...on nage en plein délire.

Toutes ces infos dans un hebdo, tout sauf gauchiste, Les Echos!

Interrogé par des journalistes, lors du dernier Conseil des Ministes, le porte parole du gouvernement...a refusé de répondre!

Big Brother...on y arrive. :colere:
shamankick
Le 16 Mars 2009 à 20h50
et dire qu'il y en a encore pour faire des gosses..héhéhé
dans quel monde vont 'ils vivre ?
Franchement faire des gosses
c'et vraiment un truc de gros egoïste.
et en plus y'a surpopulation planetaire.

Finiront en prolo/esclaves..héhé
herbeapipe
Le 16 Mars 2009 à 21h51
Le pire c'est que les gens ne savent pas ce qu'il se passe dans le monde du droit et de la contrefaçon.
C'est vrai qu'il est beaucoup plus utile pour l'avenir du monde de savoir ce que mérite colona....
semoa
Le 16 Mars 2009 à 22h10
En tout cas, il faut prendre en considération une chose importante: le net est, par sa nature entièrement virtuelle et dématérialisée, un élément quasiment insaisissable. Réfléchisssons un peu: pensez-vous qu'on ferait de telles démarches complexes qui déplacent tant de "beau" monde, si le net était un process normal, tangible et cadrable? En clair, cela donne un peu d'air dans ce débat, car il y a tout de même, le législateur (nos représentants en fait)qui prend la décision, et le chemin pris par l'examen de Hadopi montre bien l'imbroglio du projet et de l'objet du "crime", internet.
Une bouffée d'optimisme ne fait pas de mal; aussi, il faut agir auprès de nos élus, afin qu'ils se consacrent à la défense des libertés fondamentales et exigent le respect des institutions et de notre constitution. S'ils ne le font pas ils faut qu'ils sentent le vent de la disgrâce. et là, tous appareils politiques confondus, aussi bien droite, gauche, centre etc.
Darksol
Le 16 Mars 2009 à 22h57
a oui c vrai
c la world-compagny qui gouverne...
Aintzane
Le 16 Mars 2009 à 23h09
semoa...

On est bien d'accord...

Mais s'"ILS" arrivent à étendre le secret défense bien au delà de ce qu'il recouvre actuellement, nous tombons dans un régime d'exception qui n'a plus grand chose à voir avec une véritable "démocratie".

On se retrouve un peu dans le même cas de figure que les Etats Unis.

Lorsque Bush Junior s'est "assis" sur le 5° amendement de la constitution américaine, (au prétexte du 11 septembre) pour rendre suspect de terrorisme tout citoyen qui se démarquait un tant soit peu de son obsession sécuritaire.

Et les Etats Unis ont des contre-pouvoirs que nous n'avons pas.

La constitution de la V° République est une bombe à retardement, si en plus on lui applique quelques "retouches...çà peut faire très mal.

Perso, je suis très pessimiste, et contrairement à certains qui m'injurient (quelle drôle d'idée!)en me croyant confiante en nos institutions.....je doute de plus en plus.

Et les partis politiques que tu viens de citer ne sont pas majoritaires...et me semblent totalement amorphes , trop occupés à vider leurs querelles internes.

Je vote quand même, pour l'instant on en est encore là...au quand même!
sharkwater
Le 16 Mars 2009 à 23h13
Si c'est une blague, elle est de mauvais gout... Dans quel monde nos enfants vont vivre ? La planète va mal. Est-ce les prémices de la prochaine crise du pétrole ? J'ai la gorge serré.
agentourisk
Le 16 Mars 2009 à 23h20
Peut-on aujouté tout cela à une conspiration encore plus profonde qui depasse tout cadre de tangibilité tant les précédents nous sont inconnus. Il suffirait de lié les agendas des divers protagonistes et interessés et même tiers interessés pour conclure qui les fins qui sont poursuivi finissent par se materialiser juridiquement. Autant dire que le droit est employé à des fins lucratives privés et des visés imperialistes et que la première entrave à la réalisation du but est le peuple qui se retouve être le prospect de ces visés mercantiliste.
Ou peut-être que je suis parano.
alx
Le 16 Mars 2009 à 23h26
C'est encore une fois la loi du fric contre le peuple. Et si nous internautes nous faisions la greve de l'internet : on rend nos boxes pendant quelques mois.....SI nous faisions la grève de l'achat des DVD et CD pendant 1an.... Nous avons le nombre, il suffirait que 10% d'entre nous le fasse!
Severe
Le 17 Mars 2009 à 00h10
Il semble y avoir deux points sujets a controverses :

*"Un comportement répréhensible doit être un comportement marginal. S'il est universel, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la société." Le juge suisse Jean Treccani.

On peut appliquer cette belle parole au "piratage"...mais aussi au comportement des politiciens!

*Les élus sont élus et payés par les citoyens, et tels des employés doivent leurs services et loyauté a leurs employeurs...

La, autant je comprends le secret pour ne pas s'affaiblir face a l'adversaire ( secret industriel, militaire...), autant j'ai l'impression dans cette affaire que je suis l'ennemi du gars que j'élis et que je paye.

J'ai du louper qq'chose :/

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