Il y a eu du mouvement dans la direction du groupe Geely. Li Shufu, fondateur emblématique du groupe, se retire de la présidence de Geely Automobile, mais il conserve son rôle de président de la holding (Zhejiang Geely Holding Group). An Conghui lui succède à la présidence du conseil. Ce n’est pas tant le passage de relais dans ce groupe à la structure complexe qui nous intéresse que la stratégie internationale dévoilée à cette occasion le 17 août 2026.
Face au ralentissement du marché chinois, Geely Automobile mise beaucoup sur les exportations. Néanmoins, au lieu d’investir des milliards d’euros dans la construction de nouvelles usines en Europe, le groupe privilégie une méthode pragmatique et immédiate : s’appuyer sur des partenariats.
Des modèles de luxe Zeekr et Lynk & Co assemblés dans les usines Volvo
C’est l’une des principales annonces d’An Conghui lors de la présentation des résultats du groupe, rapportée par le média chinois Sina. À partir de 2028, les usines européennes de Volvo serviront de base industrielle pour produire les véhicules haut de gamme Geely.

Pour le groupe chinois, propriétaire de Volvo depuis 2010, l’avantage stratégique est considérable. Au lieu de subir les droits de douane européens appliqués aux voitures électriques fabriquées en Chine ou de subir les délais de construction d’un nouveau site industriel, Geely va exploiter l’outil de production déjà rodé de sa filiale suédoise.
Comme rien n’est vraiment très simple dans l’organisation du groupe : il ne s’agit pas des modèles nouvellement commercialisés en Europe sous la marque Geely. Si la direction n’a pas encore précisé la liste exacte des véhicules concernés, la mention de « véhicules haut de gamme » désigne très probablement les marques Zeekr et Lynk & Co.
Cette logique d’alliance industrielle n’est d’ailleurs pas isolée : Geely a conclu un accord similaire avec Ford pour assembler des SUV électriques dans l’usine espagnole de Valence dès 2028. Cette fois, il s’agit bien des véhicules commercialisés sous la marque Geely.
Geely accélère encore sur l’international
À long terme, An Conghui a déclaré vouloir réaliser « deux tiers des ventes totales du groupe en dehors de Chine ». Il espère atteindre au moins 5 % de part de marché d’ici 2030 dans chaque région clé : Europe, Asie du Sud-Est, Amérique latine et Moyen-Orient. La société a d’ailleurs déjà annoncé avoir relevé son objectif d’exportations pour l’année à 920 000 véhicules, contre 640 000 précédemment.

Dans le cadre de sa stratégie internationale présentée avec ses résultats semestriels, Geely Auto a identifié cinq grandes zones prioritaires, comme le rappelle CNevpost. Le groupe vise ainsi environ 300 000 véhicules en Asie du Sud-Est, et 200 000 dans chacune des trois autres grandes régions que sont l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique. Le Moyen-Orient et l’Asie-Pacifique compléteraient l’objectif avec les 100 000 véhicules restants. L’ensemble représente une ambition de couverture équivalente à environ un million de véhicules.
Renault, Ford, Volvo : la toile d’alliances stratégiques de Geely pour conquérir le monde
Là où un géant comme BYD dépense des milliards pour bâtir des méga-usines sur chaque continent et construire son histoire de zéro, Geely privilégie une approche beaucoup plus agile grâce à ses partenariats stratégiques : s’allier aux constructeurs historiques pour emprunter leurs chaînes de montage et diviser les coûts de R&D.
Ce réseau d’alliances sur mesure s’articule désormais autour de cinq piliers :
- Volvo en Europe : pour assembler le haut de gamme électrique (Zeekr, Lynk & Co).
- Ford en Espagne : pour fabriquer des SUV électriques sur le site de Valence dès 2028.
- Smart (Mercedes-Benz) : une joint-venture à 50/50 où Mercedes signe le design tandis que Geely fournit l’architecture électrique SEA et la fabrication pour conquérir le segment premium urbain.
- Renault via la coentreprise Horse : pour partager les coûts sur les motorisations hybrides et thermiques, mais aussi pour développer des modèles électriques en Amérique latine.
- Proton en Asie du Sud-Est : pour verrouiller les marchés émergents en conduite à droite.
Une stratégie d’infiltration pragmatique qui pourrait bien permettre à Geely de survivre aux crises, là où ses concurrents risquent d’être en difficulté plus rapidement.
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