Les rebondissements se succèdent à un rythme tel chez les constructeurs japonais qu’il devient difficile de suivre. En août 2024, des tractations étaient en cours entre Honda, Nissan et Mitsubishi. L’union devait faire la force pour résister au tsunami chinois en matière de voitures électriques et de Software-Defined Vehicles (SDV, ou véhicules conçus autour du logiciel). Sauf que les fiançailles ont été rompues en février 2025, avant que le mariage ne puisse être prononcé.
Depuis, chacun des constructeurs a tenté de faire évoluer sa stratégie de son côté, notamment en matière de voiture électrique. Honda a sacrifié ses projets les plus ambitieux. Nissan tente, lui, de reprendre du poil de la bête. Et malgré les apparences, les discussions auraient progressé. Selon Nikkei Asia, le président de Honda, Toshihiro Mibe, a déclaré que la coopération était « déjà bien avancée, certains aspects étant sur le point d’être annoncés ».
Nouvel épisode du feuilleton Nissan et Honda
Face à l’explosion des coûts de développement des technologies d’avenir et au manque d’agilité de leurs entreprises pour se saisir de ces sujets, Honda et Nissan ont dû ravaler leur fierté pour revenir à la table des négociations. Le projet d’une alliance globale est bel et bien oublié, les discussions portent désormais sur des coopérations ciblées.
Il n’est donc plus question de grand mariage, trop compliqué à gérer au niveau des égos (et des aspects financiers), l’approche se veut plus pragmatique. Les constructeurs sont en discussions pour standardiser les unités de contrôle électronique (ECU) des futurs véhicules prévus pour 2029-2030. Ces calculateurs constituent le système nerveux des futurs SDV. Cette alliance marquerait la première étape de leur collaboration.

Les constructeurs japonais ont un retard considérable sur Tesla et de nombreux constructeurs chinois, faute d’avoir su développer ces architectures logicielles chacun dans leur coin de manière viable. Honda devait pourtant lancer en 2026 son premier modèle SDV avant qu’il ne soit subitement annulé pour des raisons discutables.
Face à la crise, ils n’ont plus le choix
Lors de l’assemblée générale des actionnaires de Honda, le PDG Toshihiro Mibe a dû affronter une fronde inédite. Certains réclamaient carrément sa démission face aux premières pertes nettes annuelles historiques de 424 milliards de yens (environ 2,3 milliards d’euros). La transition mal négociée des constructeurs japonais en Chine les met tous en difficulté, Honda n’y coupe pas et doit gérer des ventes en berne. Et le reste du monde pour l’automobile n’est pas beaucoup plus porteur pour la marque. Ce sont les revenus de la branche deux-roues qui portent la division automobile.
Toshihiro Mibe a donc décidé de se donner les moyens d’être au niveau des constructeurs chinois : « Nous allons maîtriser les moyens de contrer les nouvelles forces émergentes d’ici trois ans », avant d’ajouter : « Si nous n’y parvenons pas, notre activité automobile sera en difficulté. » S’allier avec son rival Nissan est devenu une question de survie à court terme.
Si Honda transpire, Nissan n’en mène pas large non plus. Le constructeur traverse également une crise tout aussi sévère, avec pour la seconde année consécutive des pertes colossales et des marges inférieures à 1 %. Même si Nissan a multiplié les partenariats pour présenter un catalogue de véhicules électriques adaptés aux différents marchés, l’équilibre est fragile et les relations avec les investisseurs sont plus que tendues. La tête de son dirigeant, Ivan Espinosa, ne tient qu’à un fil, même l’ombre de Carlos Ghosn plane comme un vautour au-dessus de cet imbroglio.

Renault pourrait tout faire capoter ?
Les négociations en cours ont bien avancé et pourraient déboucher sur la signature de ce « projet dans une optique gagnant-gagnant », comme le souligne Toshihiro Mibe. Il y a cependant toujours une ombre au tableau : le groupe Renault. Même s’il a réduit sa voilure au capital de Nissan, le constructeur français détient toujours suffisamment de droits de vote pour influencer ce type d’accord.
Lors de l’assemblée générale de Nissan, le groupe Renault s’est abstenu de voter pour la nomination d’un administrateur clé, partisan du rapprochement avec Honda. Cette décision stratégique relance les inquiétudes au sein de Nissan. Si Renault s’oppose au transfert de technologies vers un concurrent direct, tout le plan Honda-Nissan pourrait capoter.

On peut toujours s’interroger sur l’intérêt que Renault Group aurait à freiner ce projet. Si cela aide Nissan à se relancer, au lieu de précipiter sa chute, le constructeur français n’aurait pas vraiment intérêt à s’y opposer. Les pertes de Nissan ont déjà suffisamment impacté négativement le constructeur français.
Même si l’accord Honda-Nissan est signé cet été, les premières voitures communes ne sortiront qu’en 2029. Autant dire un siècle à l’échelle de la tech chinoise. Les deux constructeurs japonais, rejoints par Mitsubishi, sont encore loin d’avoir trouvé la recette magique pour s’en sortir.
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