Les téléphones Xiaomi embarquerait un outil de censure qui serait « activable à distance à n'importe quelle moment », clame le gouvernement lituanien. Retour sur un emballement politico-médiatique.

Dans un rapport daté de fin aout 2021, l’organisme lituanien en charge de la cybersécurité nationale accuse Xiaomi d’embarquer un outil de censure sur ses smartphones. Plus précisément, les téléphones Xiaomi vendus en Europe auraient un module capable de bloquer certains contenus polémiques, à l’aide d’une liste de mots-clés présente sur le téléphone. Un module qui serait désactivé par défaut chez nous, mais qui pourrait être activé à « tout moment », affirment les autorités lituaniennes.

« Nous vous recommandons de ne pas acheter de nouveaux téléphones chinois et de vous débarrasser de ceux que vous avez déjà achetés aussi vite que possible », indique à Reuters le vice-ministre de la Défense nationale de la République de Lituanie. Alors faut-il immédiatement jeter son téléphone ?

Un outil de censure taillé pour la Chine

Si l’on se fie au rapport publié par les autorités lituaniennes, on apprend que plusieurs applications systèmes (dont le navigateur internet ou l’outil de gestion des thèmes) « téléchargent régulièrement un fichier de configuration MiAdBlacklistConfig depuis un serveur situé à Singapour. »

Les téléphones Xiaomi téléchargeraient un fichier contenant des termes « proscrits », selon la Lituanie. Ce fichier bloquerait l’apparition de certaines pubs ou de certains résultats web // Source : NKSC

Ce fichier contiendrait, aux dernières nouvelles, une liste de 449 « titres, noms et autres informations concernant divers groupes religieux, politiques et de mouvements sociaux ». Parmi les mots listés, on retrouve des termes ayant à voir avec la situation politique au Tibet, l’indépendance de Taïwan ou les mouvements pro-démocratie. Des indices qui laissent penser que ce module a été conçu pour les smartphones vendus en Chine, afin de se plier aux souhaits du gouvernement local.

Comme l’écrivent les autorités lituaniennes, cet outil a pour mission de « filtrer le contenu multimédia affiché sur l’appareil ». Il semblerait donc que la censure ne touche pas directement les communications entre personnes, mais plutôt la publicité et les autres contenus externes chargés par le téléphone. La situation n’est pas idéale pour autant, puisque si le navigateur cache du contenu correspondant à ces mots, alors c’est toute une partie du web qui se retrouve censurée.

Xiaomi se défend

Devant les accusations du gouvernement lituanien, qui considère que cet outil pose un problème à « tous les pays qui utilisent des équipements Xiaomi », le constructeur se défend.

Dans un communiqué, l’entreprise nie en bloc et précise que « les appareils de Xiaomi ne censurent pas les communications à destination ou en provenance de ses utilisateurs. » L’entreprise ajoute qu’elle « n’a jamais restreint ni bloqué, et ne le fera jamais, les habitudes des utilisateurs de ses smartphones, tels que les recherches, les appels, la navigation sur internet ou l’utilisation de logiciels de communication tiers. »

L’entreprise affirme respecter le RGPD à la lettre et ne pas enfreindre les droits des utilisateurs et utilisatrices. Un discours assez convenu qui ne rentre que peu dans les détails techniques, alors que c’est justement là que l’affaire aurait besoin d’éclaircissements. En l’état, chacun et chacune peut croire ou non le constructeur.

Cette accroche entre les autorités lituaniennes et la Chine arrive à un moment géopolitique compliqué. Les deux pays sont au cœur d’une polémique, car la Lituanie aurait autorisé un ambassadeur à ouvrir, sur son sol, une ambassade au nom de Taïwan. De quoi irriter le gouvernement chinois, qui revendique le contrôle politique de la région.

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