Avec le système GIDE (Global Information Dominance Experiments), l'armée américaine entend prédire des événements afin de développer des stratégies de réponse plusieurs jours à l'avance.

Dans l’excellente série Person of Interest, le riche et brillant ingénieur Harold Finch développe une intelligence artificielle appelée La Machine et capable de prédire des crimes bien à l’avance. C’est ce qui conduit ce personnage et ses acolytes à essayer de les prévenir à l’avance — avant d’affronter Samaritan, une IA similaire mais aux objectifs moins éthiques que ceux qui pilotent la Machine. Ce scénario structure d’autres œuvres de science-fiction, comme Minority Report, où le système policier met des gens à l’arrêt avant qu’ils aient commis leur crime. Mais on peut remonter encore plus loin : l’écrivain Isaac Asimov avait imaginé un ordinateur surpuissant, nommé Multivac, et lui aussi capable de prédire un certain nombre d’événements bien à l’avance.

Fin juillet 2021, le département de la défense américain — le Pentagone — a donné une conférence de presse aux allures futuristes. Ils ont présenté, à cette occasion, un système nommé GIDE — Global Information Dominance Experiments. Ce système, testé depuis un an, mobilise l’intelligence artificielle et le machine learning, ainsi que les données stockées sur le cloud, pour «  voir plusieurs jours à l’avance », c’est-à-dire anticiper certains événements ou certaines configurations. On ne parle ici « pas de minutes ou d’heures, mais de jours », révélait la présentation.

Selon le général de l’US Air Force Glen D. VanHerck, cela permettrait une meilleure marge de manœuvre dans les choix à faire. Il explique que le système GIDE «  incarne un changement fondamental dans la façon dont nous utilisons l’information et les données pour accroître l’espace de décision des dirigeants, que ce soit au niveau tactique ou au niveau stratégique — non seulement pour les dirigeants militaires, mais aussi pour les dirigeants civils ».

« Cela nous met en alerte plusieurs jours à l’avance »

Lors de la conférence de presse, Glen D. VanHerck donne ainsi un exemple : « Nous utilisons l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique pour examiner et évaluer, par exemple, le nombre moyen de voitures dans un parc de stationnement qui pourraient se trouver à un endroit précis pour un concurrent ou une menace. Et nous surveillons cela sur une période de temps donnée. » En clair, sur le plan militaire, cela permet de savoir à l’avance quelle est l’ampleur des forces « ennemies » en présence, afin d’adapter la logistique et la stratégie en conséquence. Dans son vocable, le général met avant tout l’accent sur la capacité de réaction, mais évoque également une capacité à être « proactif ».

Finch (Michael Emerson) et Root (Amy Acker) dans Person of Interest. // Source : Person of Interest

Le système GIDE ne semble toutefois pas faire des miracles par rapport à ce qui est déjà réalisé par l’armée. Le Pentagone, comme d’autres pays, est déjà capable d’observer un sous-marin quitter son port pour se diriger vers une autre destination, dressant ainsi une carte de ce qu’il se passe. Les algorithmes d’intelligence artificielle et de machine learning viennent surtout rassembler ces informations à une vitesse inédite pour dresser un panorama prédictif global à un moment T de la situation à venir. On est donc encore bien loin des récits de SF, mais les questions éthiques peuvent certes déjà se poser.

Il s’agit avant tout d’une collecte massive de données, puis de leur mise en cohérence logique. « Cela nous met en alerte plusieurs jours à l’avance en procurant une capacité à réagir. Là où, par le passé, nous n’aurions peut-être pas pu repérer une image satellite GEOINT avec un analyste, nous le faisons maintenant en quelques minutes ou presque en temps réel », explique le général.

Le cloud apporterait des « avantages significatifs »

Mais de quelles données est-il question ? Il fallait s’en douter : l’armée américaine reste peu loquace sur le fonctionnement du système. Le Pentagone a surtout insisté, durant cette conférence de presse, sur l’usage du cloud, c’est-à-dire le stockage en ligne d’informations, que ce soit pour communiquer en interne à l’armée, choisir ce qui est partagé ou non aux puissances étrangères, ou bien pour collecter des données. De fait, le cloud apporterait des « avantages significatifs ».

Glen D. VanHerck assure que le système GIDE utilise « les données et les informations disponibles de nos jours » : « Nous ne créons pas de nouvelles capacités pour aller chercher des données et des informations. Ces informations existent déjà grâce aux satellites d’aujourd’hui, aux radars d’aujourd’hui, aux capacités sous-marines d’aujourd’hui, à l’informatique d’aujourd’hui, aux capacités de renseignement d’aujourd’hui. » Cela concerne aussi bien la surveillance radar militaire que les données « commercialement disponibles », précise le général. « Les données existent. Ce que nous faisons, c’est rendre ces données disponibles et les partager dans un cloud où l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle les examinent. Et elles les traitent très rapidement puis les fournissent aux décideurs. »

Le général a par ailleurs indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle technologie, mais d’un nouvel usage de ce qui existe déjà. « Vous savez, Amazon l’a fait, Google aussi. Beaucoup de gens ont trouvé comment mettre en commun et partager des données et des informations », indique-t-il, ajoutant plus loin qu’« il s’agit d’une infrastructure qui utilise une technologie facilement disponible aujourd’hui ». Le système GIDE 3 ayant été un succès selon le Pentagone, GIDE 4 devrait être testé prochainement.

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