En théorie, les clients et clientes en intérieur des bars et restaurants doivent soit flasher un QR code soit remplir un carnet de rappel. En pratique, c'est beaucoup plus compliqué.

« Les carnets Covid c’était au déconfinement d’octobre, non ? » Numerama a demandé à une dizaine de restaurateurs parisiens ce qu’ils pensaient du dispositif déployé par le gouvernement le 9 juin pour réguler la présence de clients dans des établissements, en intérieur. Résultat : aucun ne respecte vraiment les règles demandées par le gouvernement.

En théorie, chaque restaurant, bar et salle de sport a l’obligation, pour accueillir du public dans un lieu fermé :

  • De générer et d’afficher des QR codes que les clients en intérieur pourront scanner avec TousAntiCovid.
  • De mettre à disposition un carnet de rappel papier comme alternative aux QR codes. Les clients en intérieur doivent y indiquer leur prénom, leur nom, l’heure d’entrée et leur numéro de téléphone.

En pratique, aucun établissement que nous avons visité ne proposait les deux options.

D’ailleurs, certains n’en proposaient aucune. Tous s’accordaient à dire qu’ils n’avaient reçu aucune directive particulière à la réouverture. «  On a dû chercher les informations nous-même pour être en règle en cas de contrôle », constate un gérant, un peu perdu. Ses équipes ont ressorti un carnet de rappel similaire à celui qu’ils utilisaient en octobre 2020, lors du lancement du dispositif. « Nous n’avons pas encore les QR codes, mais nous avons une affiche pour inciter à télécharger TousAntiCovid », ajoute-t-il. Sur la porte d’entrée du bistrot, une feuille imprimée de promotion de l’app côtoie les documents d’autorisation de la terrasse et l’affiche indiquant qu’il est obligatoire de porter un masque à l’intérieur.

Si le gouvernement n’a peut-être pas contacté tous les gérantes et gérants individuellement, il serait pourtant abusif d’affirmer qu’il n’a pas communiqué sur son dispositif : plusieurs conférences de presse ont été données et un site officiel, très clair, détaille la marche à suivre pour générer et afficher les QR Codes en intérieur.

Un cahier de rappel // Source : Numerama

« On ne va pas suivre chaque client »

Le système de QR code vient par ailleurs gommer les défauts des carnets de rappel. Il ne collecte pas d’informations personnelles, est facile à utiliser pour tout propriétaire de smartphone, et surtout, il ne fait pas reposer la charge du traçage des contacts sur les gérants d’établissement.

Ce système n’a qu’une seule limite : pour être efficace, il doit être adopté par le plus grand nombre. Imaginons qu’un restaurant reçoive 4 clients le vendredi entre 12h et 13h, et que le client A se déclare positif au covid dans TousAntiCovid le lendemain. Le client C, qui n’a pas scanné le code, ne sera pas averti qu’il est cas contact, au contraire des clients B et D qui l’ont scanné. Problème : si le client C est contaminé, il va lui-même contaminer d’autres personnes, car il ne prendra pas les précautions nécessaires. Pire, si tous les clients ont scanné le QR code sauf le client A, aucun des trois autres ne sera averti qu’il est cas contact. Autrement dit, le dispositif sera inutile.

« Les gens font ce qu’ils veulent, je ne vais pas les forcer »

Il faut donc non seulement que les QR codes soient affichés (ce qui n’est souvent pas le cas), mais aussi qu’ils soient scannés. Accoudé au comptoir, un gérant rouspète : «  Moi, je suis en règle, je ne vais pas faire plus. Les gens font ce qu’ils veulent, je ne vais pas les forcer ». La plupart ignorent en effet le QR Code, pourtant placés en évidence à 6 endroits. Le restaurateur nous explique avoir appris le retour du dispositif « sur Internet », et malheureusement, il n’a reçu qu’une information partielle : « Je pensais que les QR codes avaient remplacé les carnets. C’est bien, car les clients ne voulaient pas les remplir le carnet. On se l’est même fait voler, à un moment. »

Un visuel de QR code affiché dans un lieu // Source : tousanticovid

L’impossibilité de « fliquer » les clients

À une terrasse un peu plus loin, une serveuse occupée à nettoyer les tables s’agace : « Ils flashent, ils ne flashent pas, nous, on ne va pas suivre chaque client. On a les QR Codes, on a fait notre part du travail ». Elle nous montre les feuilles imprimées, disposées bien en évidence à l’entrée du bar. « On a déjà eu un problème similaire en octobre avec les carnets de rappel. Il fallait leur faire rentrer les adresses email, le nom, le numéro de téléphone… C’était intenable, irréalisable  », se rappelle-t-elle. Son bar a également laissé tomber le format papier.

Quelques minutes plus tard, le barman de l’établissement voisin nous tient des propos similaires « Nous, on a sorti le carnet les deux premiers jours, mais c’était intenable. On les a encore là, regardez », dit-il en pointant vers une pile juste derrière la caisse. Quant au QR Code TousAntiCovid, le barman nous affirme n’en avoir jamais entendu parler.

À qui la faute ? Le gouvernement pourrait mieux communiquer ; les gérants pourraient mieux s’informer ; les clients pourraient participer plus activement au dispositif ; les médias pourraient mieux en parler. Pour fonctionner, le nouveau dispositif de traçage des contacts a besoin de conditions idéales ou presque… et il ne les a pas. Résultat : à grande échelle, le système de QR Code de TousAntiCovid semble voué à l’échec. Mais il suffit qu’un restaurateur comprenne son fonctionnement et parvienne à mobiliser ses clients pour qu’il devienne efficace, au moins à petite échelle.

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