L'application de conversation audio a réussi à faire beaucoup parler d'elle en France. Mais dans les faits le nombre de téléchargements de l'app est très faible chez nous, comme Numerama l'a appris auprès d'AppAnnie. Pire, sur Android, l'app n'a été téléchargée que 13 000 fois en deux semaines.

Clubhouse par-ci, Clubhouse par-là… Depuis février 2021, l’application de conversations audio est sur toutes les lèvres médiatiques et entrepreneuriales françaises. Pourtant, l’app n’avait au final été téléchargée que 187 000 fois à la date du 21 mai 2021 en France, comme Numerama l’a appris auprès d’AppAnnie, site spécialisé dans les analyses des applications mobile.

Pire, alors que l’application est arrivée sur Android le 10 mai 2021 après plus d’un an d’exclusivité sur iOS, elle n’avait été téléchargée que 18 000 fois au bout de deux semaines en France depuis le Google Play Store, soit une goutte d’eau dans l’océan des installations d’applications sur mobile.

Avec 187 000 téléchargements, la France se classe bien loin derrière l’Italie (494 000), l’Allemagne (811 000) ou les États-Unis (3,7 millions). C’est paradoxal, tant Clubhouse a été mise en avant par de très nombreux médias français comme « l’application à suivre » depuis le début de l’année.

Revenons en arrière.

Comment l’app Clubhouse a été sur-médiatisée en France

Alors que le New York Times en parle depuis le printemps 2020, Clubhouse gagne soudain en popularité fin janvier 2021, lorsqu’elle commence à être présentée comme une « licorne », ce qui signifie qu’elle serait valorisée à un milliard de dollars, ou plus. En France, l’emballement a débuté à cette période, avec un pic d’attention autour du 15 février, comme on peut l’observer dans les Tendances Google.

L’application — que Numerama avait testée pour comprendre l’engouement — avait deux gros avantages pour percer en France (ou donner l’impression qu’elle perçait) :

  • Le sentiment des utilisateurs de faire partie d’un « club sélect’ », à la fois provoqué par le fait que l’app n’était disponible que sur iPhone pendant près d’un an, et qu’il fallait, pour y accéder, obtenir une invitation d’une personne qui l’utilisait déjà.
  • L’affection du monde de la French Tech, qui est très enthousiaste lorsqu’il s’agit d’échanger sur les bonnes pratiques entrepreneuriales et s’est rapidement emparé du média pour proposer de nombreux contenus assez suivis dans ce milieu (débats entre CEO, échanges de bonnes pratiques managériales, conseils pour lancer sa startup, etc)

Le succès a été amplifié par de très nombreux articles de presse, notamment celle spécialisée dans le numérique, la tech et l’économie. Mais les généralistes y sont allés aussi : la radio Europe 1 a même décidé d’y lancer un programme à titre d’expérimentation. Au point où l’on avait l’impression que Clubhouse était en train de devenir le nouveau TikTok, l’app de vidéos mondialement célèbre et très prisée des jeunes. En France, l’ouverture de Clubhouse à Android avait généré un nombre phénoménal d’articles, fantasmant une explosion encore plus massive de son utilisation — vu que les Français sont à 77 % sous Android, contre seulement 23 % sous Apple).

Il n’en est visiblement rien. Avec 13 000 téléchargements en deux semaines depuis le Google Play Store, Clubhouse fait un piètre score en France. On pourrait suggérer que le nombre est faible à cause du système d’invitations et de parrainages, toujours en vigueur (mais qui va disparaître à l’été), mais cela n’a pourtant pas empêché l’app sur iOS de gagner des utilisatrices et utilisateurs il y a quelques mois. Au niveau mondial, de surcroit, Clubhouse semble mieux s’en sortir : son compte officiel a vanté une hausse d’un million d’utilisateurs Android d’une semaine à l’autre.

Quel avenir pour Clubhouse ?

Faut-il pour autant enterrer l’application ? Il n’y aurait pas beaucoup de sens à s’adonner à des prédictions enflammées, alors même que l’on vient de souligner les dérives d’un gros « buzz » médiatique qui a eu lieu quelques mois plus tôt. Ce qui est certain, c’est que la croissance de nouveaux téléchargements de Clubhouse est en nette baisse (-72 % entre février et mars 2021 dans le monde).

En France, l’app est encore utilisée quotidiennement par des internautes qui organisent des conférences et des discussions aux thématiques variées, sur les longues études, la place des femmes dans le foot professionnel ou encore le télétravail à la campagne. On ne sait pas, en revanche, combien d’utilisateurs et utilisatrices en France vont sur Clubhouse par jour, ou par mois. Tout juste sait-on qu’ils et elles ne viennent probablement pas beaucoup d’Android, au vu du très faible nombre de téléchargements.

Capture d’écran de l’app Clubhouse

Du côté des spécialistes d’AppAnnie, on se montre d’ailleurs optimiste : début mai, Lexi Sydow, la responsable des perspectives marketing, anticipait un «  marché potentiel sur les appareils Android énorme », dans une analyse que l’entreprise a transmise par mail à Numerama. «  Rien qu’au premier trimestre 2021, les téléchargements de Google Play ont été 2,8 fois plus nombreux que les téléchargements d’iOS dans le monde. Nous nous attendons à voir une vague de nouveaux utilisateurs télécharger l’application en juin, après son lancement grand public sur Android. »

Trois semaines plus tard, l’évolution semble pourtant moins exponentielle qu’anticipée. D’autant plus que les réseaux sociaux bien établis (et très très fréquentés) ont riposté rapidement : de Twitter à Facebook en passant par Linkedin, de nombreuses plateformes ont depuis lancé leurs « rooms audio » à elles, où les utilisateurs et utilisatrices peuvent discuter… Coupant l’herbe sous les pieds de Clubhouse, dont la popularité peine à exploser à nouveau, même avec son arrivée sur Android.

L’intérêt pour Clubhouse en Tendance Google depuis un an en France // Source : Google Trends

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