Le trop-plein d'onglets provoque une submersion difficile à gérer. Les internautes craignent notamment qu'en supprimant un onglet, la page sera impossible à retrouver. C'est la peur de l'effet trou noir, selon une équipe de chercheurs.

Il n’est pas impossible qu’au moment où vous ouvrez cet article sur ordinateur, vous ayez déjà un bon nombre d’onglets ouverts dans votre navigateur. Certains le sont peut-être depuis plusieurs jours. Vous n’êtes pas solitaires dans cette situation : nous sommes légion à ne pas savoir que faire de tous ces onglets que nous n’osons pas fermer. Cette situation peut s’avérer épuisante en procurant une sensation de submersion dans l’usage du navigateur.

« Les onglets des navigateurs sont quasiment les outils les plus fondamentaux que l’on utilise sur Internet. Malgré leur omniprésence, nous avons remarqué que les gens avaient toutes sortes de problèmes avec eux », relève Joseph Chee Chang. Il est l’auteur, avec son équipe, de travaux de recherche dédiés aux défis des onglets.

Ce qui rend les onglets ingérables

Pour leurs recherches, dont ils détaillent les résultats le 7 mai 2021 sur le site de l’université de Canergie-Mellon, les auteurs ont mené une enquête et de nombreux entretiens individuels quant à l’usage des onglets. Ils ont pu lister ce qui poussait les répondants à garder énormément d’onglets ouverts, et pourquoi ils finissaient finalement par les fermer.

Navigateur. // Source : Pixabay

Ce qui pousse à laisser de nombreux onglets ouverts, parfois plusieurs jours de suite :

  • Garder les onglets à portée de main pour se rappeler d’y travailler ou de poursuivre les progrès réalisés ;
  • Conserver les onglets fréquemment utilisés pour un accès rapide ;
  • Éviter de fermer les onglets de peur de manquer des informations précieuses ;
  • L’espoir de traiter plus d’informations que ce dont on est capable (tout en étant conscient de cette situation inéquilibrée) ;
  • Pour organiser les tâches visuellement, comme modèle mémoriel ;
  • Difficultés à juger de la pertinence actuelle et potentielle des onglets dans le futur.

Les conséquences de ces onglets ouverts, et ce qui pousse finalement à les fermer :

  • Trop d’onglets rendent difficile la concentration, ce qui submerge et cause du stress ;
  • Trop d’onglets rendent la navigation difficile de l’un à l’autre, et complexifient alors la capacité à avoir un panorama global de la situation ;
  • La consommation en puissance de traitement (RAM) entraîne le ralentissement du navigateur et des autres applications, ce qui peut parfois faire crasher le navigateur ou l’ordinateur ;
  • Il peut y avoir une pression sociale et personnelle à finalement fermer les onglets, pour éviter « d’avoir l’air désorganisé ».

Les chercheurs relèvent que les personnes interrogées se sentent investies dans les onglets ouverts et, ce faisant, elles n’arrivent pas à les fermer, quitte à se retrouver submergées, souvent presque honteuses d’en avoir laissé autant ouverts. Dans l’enquête, les auteurs ont constaté que « les gens craignaient que dès que quelque chose disparaissait de leur vue, il était perdu. La peur de ce ‘black hole effet’ [effet trou noir] était si forte qu’elle obligeait les gens à garder les onglets ouverts même si leur nombre devenait ingérable. »

Ce type de surcharge dans les onglets provient tout particulièrement des tâches qui impliquent une prise de décision ou une analyse personnelle, nécessitant de combiner plusieurs sources afin de parvenir à une conclusion. Si vous cherchez à acheter un ordinateur, par exemple, vous allez probablement ouvrir plusieurs pages sur différentes boutiques ainsi que des guides pratiques, des critiques de sites tech, etc. Ce type de situations peut aussi advenir pour des tâches professionnelles.

Comment faire mieux ?

Pour les auteurs de ces travaux, la faute revient essentiellement aux navigateurs, dont l’organisation des onglets n’est pas assez adaptée ni efficiente par rapport à l’usage que les internautes en font. Pour ces chercheurs, il faudrait que la gestion des onglets soit orientée « tâches », pouvoir les regrouper et les classer à partir de ce principe. Ils développent ainsi un prototype d’extension — baptisée Skeema — qui utilise le machine learning pour prioriser et organiser les onglets. « Notre approche centrée sur les tâches a permis aux utilisateurs de gérer plus efficacement les onglets de leur navigateur, ce qui leur a permis de mieux passer d’une tâche à l’autre, de réduire l’encombrement des onglets », et d’être moins stressés, relèvent les auteurs.

Il faut cependant relever que des outils existent d’ores et déjà, mais qu’ils sont encore peu connus. Sous le navigateur Google Chrome, depuis fin 2020, il est possible de regrouper les onglets par thème, de donner un nom à ce groupe ainsi qu’une couleur. Toujours dans la version récente de Chrome, vous pouvez construire des listes de lecture pour les onglets s’il y a des pages que vous souhaitez lire plus tard ; ces listes affichent alors ce que vous avez lu et pas encore lu.

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