Alors que Messenger et Instagram sont désormais interconnectés, Facebook essaie d'ajouter dans la boucle WhatsApp. Mais comment faire lorsque les applications n'ont pas la même approche en matière de confidentialité des discussions ?

Voilà plus de deux ans que Facebook a dans les cartons un vaste chantier d’ingénierie consistant à rendre interopérables les services de discussion de ses trois plateformes, à savoir Messenger, Instagram et WhatsApp. Or, si le réseau social est parvenu en 2020 à interconnecter les deux premières, la troisième continue de faire bande à part. Cela dit, le réseau social n’entend pas renoncer.

Le site WABetaInfo, qui s’efforce de savoir avant l’heure les fonctionnalités à venir du service de messagerie instantanée, pointe, dans son édition du 16 avril, des indices de rapprochement entre Messenger et WhatsApp. Le visuel qui a été partagé à cette occasion montre une intégration d’un tchat WhatsApp au sein de Facebook Messenger.

Les travaux initiés par Facebook visent à créer une plateforme commune de tchat, indépendamment du service sur lequel on est inscrit : on pourrait ainsi parler avec quelqu’un sur Messenger, en étant soi-même sur Instagram. Cela exigerait certaines concessions, comme accepter d’interconnecter ses données pour retrouver des contacts ailleurs, en échange de quoi Facebook offrirait un tchat global.

Un service est chiffré par défaut, l’autre non

Contrairement à Instagram et Messenger, WhatsApp repose sur un principe technique particulier : le chiffrement de bout en bout, qui vise à rendre inaccessible le contenu des discussions aux personnes qui n’en font pas partie. Or, il n’existe pas de chiffrement de bout en bout par défaut sur les deux premiers services, contrairement à WhatsApp, qui en fait un argument depuis 2016.

Sur Messenger, il existe pourtant une option permettant de profiter des discussions chiffrées de bout en bout. Ce sont les conversations secrètes. Cependant, celles-ci ne sont pas activées par défaut. Par ailleurs, si vous en lancez une avec une personne avec qui vous discutez déjà, ce sera une discussion à part, qui sera séparée du fil que vous avez déjà avec elle.

Il parait inconcevable que Facebook sacrifie le chiffrement de bout en bout sur WhatsApp. Cela risquerait, en effet, de faire fuir certains utilisateurs  — l’application s’est déjà retrouvée au cœur d’une polémique plus tôt cette année, parce que les nouvelles conditions d’utilisation de la plateforme, qui entreront en vigueur mi-mai, resserrent un peu plus les liens avec Facebook.

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Depuis 2016, le chiffrement de bout en bout par défaut est opérationnel sur WhatsApp. // Source : Illustration Lucie Benoit pour Numerama

Dès lors, la seule solution réaliste et envisageable à court terme est d’aligner Messenger et Instagram sur le standard de WhatsApp, à savoir le chiffrement de bout en bout par défaut, basé sur le même protocole — en l’occurrence le protocole Signal, qui est très réputé et dont plusieurs autres services de premier plan se servent, à l’image de Skype ou Google Messages.

En allant dans cette direction, Facebook donnerait, de fait, un sacré coup d’accélérateur à la sécurité et à la confidentialité des discussions en ligne. Cela redorerait, au passage, son blason terni par les polémiques régulières sur son modèle économique, basé sur la publicité ciblée. L’ampleur de cette bascule serait toutefois considérable, car elle affecterait des milliards de conversations, littéralement.

Le chiffrement de bout en bout garantit en effet que seuls l’expéditeur et le destinataire d’un message peuvent le lire — si le protocole de chiffrement est bien implémenté et est assez robuste pour résister aux attaques. Même Facebook, dans cette situation, ne peut avoir accès aux fils de discussion chiffrés de bout en bout.

Évidemment, cette méthode n’est pas infaillible dans tous les cas de figure : par exemple, la cryptographie ne peut pas faire grand-chose si l’assaillant a accès au smartphone d’un des deux correspondants, ou à son ordinateur — vu qu’il utiliserait des sessions connectées et authentifiées. Idem si le droit s’en mêle. Néanmoins, le chiffrement de bout en bout s’avère être une protection suffisante pour répondre à de nombreuses situations.

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